
L'image de Clément Grenier, assis sur la pelouse du Stade Geoffroy-Guichard, en pleurs et inconsolable, donna une teinte mélancolique à ce premier quart d'heure de derby. Blessé après des contacts musclés avec Fabien Lemoine et Renaud Cohade, le jeune meneur de jeu savait qu'il devait céder sa place après seulement quinze minutes de jeu d'une intensité exceptionnelle. Heureusement, comme à la fin d'un bon film, du moins du côté des vainqueurs, les larmes avaient laissé place à un large sourire au coup de sifflet final. Une heure et demie plus tôt, Bafetimbi Gomis s'était installé à côté du jeune meneur de jeu des Gones pour le consoler, en vain. Mais après le match, c'est Grenier qui allait voir l'attaquant international pour l'étreindre, car entre-temps, Michel Bastos avait eu l'illumination en offrant la victoire à son équipe.
Saint-Etienne - Lyon : résumé d'un derby intense
Il ne faut pas s'y tromper : si les sanglots du meneur de jeu de vingt et un ans furent émouvants, l'histoire retiendra surtout la victoire lyonnaise. Ce nouveau succès à Geoffroy-Guichard a permis à Lyon de conforter sa place en tête de la Ligue 1 et de garder le moral avant de défier le Paris Saint-Germain au Parc des Princes, dimanche prochain.
Cette victoire mit toutefois du temps à se dessiner. Comme souvent lors de telles confrontations en championnat de France, les deux équipes ont tendance à se fermer pour sécuriser leur défense avant d'envoyer l'attaque, a fortiori dans un derby. Dans un match qu'il ne faut surtout pas perdre, l'intensité physique fut très forte lors des premiers instants et Clément Grenier en fit les frais. À part cela, les occasions furent rares. Un pressing constant des deux formations faisait que le ballon changeait souvent de côté. Côté stéphanois, pas une seule occasion ne put inquiéter durablement Rémy Vercoutre. Pour l'Olympique Lyonnais, on ne dénombra qu'une véritable opportunité d'ouvrir la marque à la suite d'un jeu à trois diabolique et en une touche de balle entre Alexandre Lacazette et Bafetimbi Gomis. Ce dernier lança parfaitement Anthony Réveillère, qui s'enfonça dans la surface de réparation des Verts mais ne parvint pas à piquer suffisamment son ballon pour tromper Stéphane Ruffier.
En début de seconde période, les événements ne se bousculèrent pas. Saint-Etienne continuait à jouer en contre-attaque sans résultat face à une défense solide. Si l'on n'a pas beaucoup vu Pierre-Emerick Aubameyang, c'est grâce aux excellentes prestations conjuguées de Milan Bisevac et Samuel Umtiti. De même, le gros travail d'Anthony Réveillère empêcha les déboulées de Gradel. De leur côté, les Lyonnais maintenaient leur mainmise sur le match sans pour autant multiplier les occasions claires.
Le coup franc décisif de Michel Bastos
Alors que l'on pensait que les deux équipes se satisfaisaient d'un partage des points, Mahamadou Dabo redistribua les cartes. Après s'être fait bousculer par Aubameyang, le latéral gauche de Lyon tomba et, en s'écroulant, Gradel laissa traîner ses crampons sur le crâne du Gone. Dabo réagit en assénant un léger coup de tête à l'attaquant ivoirien, un remake de Zinédine Zidane en finale de la Coupe du Monde 2006, mais ce dernier en rajouta et obtint l'exclusion de Dabo.
Saint-Etienne se retrouva en supériorité numérique pour la dernière demi-heure. On y voyait le retour potentiel des Verts dans le match, pensant qu'ils tenteraient de malmener une défense lyonnaise remaniée, avec Umtiti prenant le couloir gauche et Gonalons défenseur central. Mais au contraire, Rémi Garde montra son ambition en faisant entrer Michel Bastos à la place de Gourcuff. Ce choix s'avéra payant quelques minutes plus tard.
Après une obstruction inutile de Fabien Lemoine à vingt-cinq mètres de son but, Lyon obtint un coup franc idéal pour un tireur de la trempe de Michel Bastos. L'international brésilien se chargea de la frappe, trouva la faille dans un malheureux et trompa un Stéphane Ruffier surpris. Le ballon fila sous son avant-bras avant qu'il ne puisse réagir.
Il restait un peu plus de vingt minutes. Les hommes de Christophe Galtier, dos au mur et menés à domicile contre leur ennemi juré, firent de leur mieux pour revenir, mais en vain.
Lyon garde le cap avant Paris
La série stéphanoise de treize rencontres sans défaite, toutes compétitions confondues, devait s'arrêter et Sainté aurait tout donné pour que ce ne soit pas contre l'Olympique Lyonnais. Mais les limites des Verts furent visibles, notamment leur incapacité à maîtriser le jeu en misant tout sur les contres et la rapidité de leur attaque. Le club se retrouve désormais hors du podium, mais à la sortie de Geoffroy-Guichard, le discours des supporters était unanime : « On s'en fout de finir cinquième ou douzième. Il faut juste que l'on tape Lyon lors du match retour à Gerland ».
Pendant ce temps, Lyon garde le cap avec cinq longueurs d'avance sur son premier poursuivant, le Paris Saint-Germain, qu'il affrontera dimanche soir. Cependant, Rémi Garde gardait la tête froide : « C'est sûr que le match de Paris est un match au sommet, mais on a un match mercredi sur notre terrain contre Nancy qui n'est jamais facile à battre. On pense à Paris. Les supporters pensent au titre de champion d'Automne mais en cas de mauvais résultat contre Nancy, on peut perdre notre place de leader avant d'aller à Paris ». À Lyon, on refuse de brûler les étapes.