
Un match nul n'est jamais réellement une satisfaction en soi, enfin pour les vrais amoureux de leur équipe, mais après trois défaites de rang, ce match sans qu'aucune des deux équipes n'ait pris l'avantage se révèle avoir un goût un peu meilleur, comme ne tardait pas à le souligner le sélectionneur : « En juin, on avait perdu mais plus que ça, j'avais été énervé par le contenu très faible de ces deux matches, tant techniquement que dans l'état d'esprit. Ce soir, j'ai vu une équipe plus agressive qui avait envie de bien jouer. Alors, c'est vrai, on n'a pas gagné mais pour un match de reprise, à trois semaines de deux rencontres extrêmement importantes, c'était vraiment pas mal. Il y a des sources de satisfaction. »
La première d'entre elles est le fait de ne pas s'être incliné chez nos voisins Belges, premiers de leur groupe de qualification et à qui on prédit un avenir à la hauteur de sa génération dorée. Marc Wilmots avait aligné une équipe très compétitive, forte d'individualités, ce qui est indéniable, mais sans montrer encore une réelle force collective capable de renverser la « maison bleue » que tous ses supporters souhaitaient, si l'on en croyait les sifflets qui accompagnaient la Marseillaise. Mais ne nous inquiétons pas pour la Belgique. Une équipe a besoin de temps pour se construire, mais elle a également besoin de talent, et les Diables Rouges n'en manquent certainement pas. Un gardien, Thibaut Courtois, qui n'est pas le dernier à sauver son équipe, comme a pu le constater, amèrement est-il important de préciser, Karim Benzema sur ses deux occasions qui se seraient converties en buts s'il n'avait pas été là. Une charnière complémentaire dans tous les sens du terme. Mais aussi des joueurs offensifs qui ont le bagage technique nécessaire pour faire la différence. Entre ses Londoniens Eden Hazard, Kevin De Bruyne, Romelu Lukaku et l'attaquant d'Aston Villa Christian Benteke, on se dit que les prochains adversaires qui se mettront, à leurs dépens, en travers du chemin de la Belgique devront mettre un verrou à leur cage, sinon de fortes déconvenues pourraient leur arriver.

Abidal convaincant aux côtés de Koscielny
On comprend donc que le fait d'avoir terminé cette rencontre avec sa cage inviolée soit une source de joie pour Didier Deschamps, qui peut toujours se fier à Hugo Lloris pour contrôler la circulation dans sa surface. Il fut une nouvelle fois propre sur chaque sortie, et même les plus périlleuses, et très habile sur les quelques tentatives de De Bruyne ou de Lukaku. Mais l'ancien entraîneur Monégasque peut aussi compter sur un néo-Monégasque, Eric Abidal, qui a fait hier une très honorable performance pour son premier match avec la tunique bleue depuis février 2012 et une victoire en Allemagne (2-1). Son histoire, son combat contre la maladie n'étaient pas la seule raison pour laquelle le banc français joignait à chaque bonne intervention de l'homme aux soixante-et-une sélections quelques applaudissements. Et si la quête d'une charnière type n'est pas la principale préoccupation de Didier Deschamps, il se pourrait qu'il l'ait trouvée car l'expérience d'Eric Abidal combinée à la solidité et la clairvoyance de Laurent Koscielny a clairement convaincu hier soir. Lukaku fut muselé la plupart du temps et les deux ne furent jamais pris dans le dos. Alors, il faut l'avouer, le défenseur de Monaco n'a plus autant de vitesse que lors de ses plus belles années bleues, n'empêche que sa science du placement est intacte et avec quelques minutes de plus pour parfaire les automatismes avec le Gunner, on se dit que l'association pourrait devenir habituelle. « Ça faisait longtemps que je n'avais plus porté ce maillot. Ça s'est plutôt bien passé, j'ai eu l'impression d'être bien. On n'a pas encaissé de buts donc c'est pas mal. Avec Laurent, on s'est beaucoup parlés et c'est vrai que l'on s'entend bien. Il faudra du temps pour que je retrouve toutes mes qualités physiques mais j'ai confiance », avouait Abidal.

Un milieu de terrain à confirmer
L'autre interrogation concernait la prestation d'un milieu de terrain à seulement deux sélections avant le coup d'envoi. Joffrey Kondogbia découvrait les Bleus tandis que Joshua Guilavogui continuait sur la lancée d'une tournée sud-américaine printanière pendant laquelle il avait été l'une des très rares satisfactions. Ce milieu inédit ne devrait être qu'une expérience éphémère tant il semble que le Sévillan et le Stéphanois soient peu complémentaires, évoluant dans des styles similaires. On voyait chez les deux cette même envie de propreté dans les relances. Leurs interventions offensives furent d'ailleurs intéressantes dans l'ensemble mais dès que les Belges se retrouvaient en possession du cuir, la naïveté des deux pousses montrait le bout de son nez. Kondogbia sortait sur le porteur pendant que Guilavogui... faisait la même chose. Même registre et même tendance à être pris dans le dos, ce qui pourrait être fâcheux en septembre, mais au moins un des deux devra aller sur le banc : « Ils sont jeunes et n'ont pas fait un mauvais match. Ils leur manque un peu d'expérience mais c'est une bonne base de travail en vue des prochaines échéances. »
Mais bien que la défense ait convaincu, on ne peut pas en dire autant du secteur offensif, en panne d'essence depuis maintenant quatre matches, ce qui n'était plus arrivé aux Bleus depuis les années 20. Autant en juin les occasions n'avaient pas été nombreuses — et c'était peu de le dire — hier soir il y en a eu et sans Courtois, des occasions auraient pu se métamorphoser en buts. Et le retour de Franck Ribéry ne devait pas être étranger à cette embellie, lui qui allait toujours au duel sur son côté gauche sans l'efficacité due à un manque de compétition. Valbuena fut plus transparent qu'à l'accoutumée et Payet nous refit le coup du Brésil. Le Marseillais bouge bien, trouve des situations intéressantes mais ne tire pas pour trouver absolument Benzema. C'est ça aussi d'en faire autant sur l'absence de but de Benzema depuis juin 2012 et les matches amicaux pré-Championnat d'Europe. Tout le monde veut débloquer le Madrilène et tente de le chercher à tout prix. Résultat, l'équipe de France ne marque plus depuis mars et n'a inscrit que onze buts lors de ses quatorze derniers matches.
Dans trois semaines, le match ne sera plus amical — même si un match n'est jamais vraiment amical dans le football — et il faudra absolument faire sauter le verrou. Benzema devrait être confirmé à la pointe. Ribéry, n'en parlons pas. Dimitri Payet pourrait céder son couloir droit à Samir Nasri qui fut l'auteur d'une entrée non dénuée d'intérêt. De toute façon, l'avion qui mènera les Bleus de l'autre côté de l'océan Atlantique ne décollera pas sans buts. Alors les gars, vous savez ce qu'il vous reste à faire...