
Pourquoi Michael Schumacher est-il un champion polémique ?
Trois fois dans sa carrière, pour remporter un titre, il a provoqué un accrochage dès que son rival lui passait devant les roues : en 1990 à Macao, en 1994 à Adelaïde et en 1997 à Jerez. Pour les deux premières fois, cela a marché. La troisième fois, le destin attendait Schumacher au tournant. C’est la Ferrari de Schumacher qui est restée sur le carreau alors que la Williams de Villeneuve filait vers le titre.
Un vilain geste reste virtuel tant qu’il n’est pas pris sur pellicule. À Macao, il n’y avait pas de caméra au bord de la piste ni dans les voitures quand Michael a envoyé la voiture d’Häkkinen dans le rail. En revanche, les images d’Adelaïde et de Jerez sont encore dans les mémoires et surtout sur la pellicule.

L'ombre de Senna et le vide des rivaux
À Imola, en ce 1er mai 1994, la F1 n’a pas seulement perdu son immense pilote. Elle a aussi perdu un duel Senna-Schumacher qui l’aurait tenu en haleine pendant encore plusieurs années. Les grands noms de la F1 – Senna, Prost, Mansell, Piquet – avaient tous quitté le monde de la F1 en l’espace de deux ans. En début de saison 1994, Schumacher était un outsider, mais après le grand prix d’Imola, il s’est retrouvé sous les feux des projecteurs.
Certes, les plus belles histoires de la F1 ont été écrites à quatre mains : Lauda contre Hunt, Senna contre Prost. Mais est-ce de sa faute si Schumacher n’a pas de rival de son calibre, une fois Senna disparu ? Longtemps, l’intérêt de la F1 a reposé sur ce fragile postulat : Schumacher se battait au volant d’une voiture inférieure à celle de son rival dans la course au titre. S’il avait piloté une Williams de 1994 à 1997 et une McLaren de 1998 à 2000, nul doute que les grands prix auraient été aussi passionnants que de regarder l’herbe pousser.
Un travail acharné qui déplaît aux autres
Mais l’amertume des pilotes à son égard traduit une faiblesse : ce qu’ils lui reprochent, sans l’avouer, c’est d’avoir changé les règles du jeu. Avant Schumacher, le métier était plutôt agréable. Michael n’est pas seulement le meilleur des pilotes de F1, il est aussi celui qui travaille le plus.
« J’aimerais que mes pilotes prennent exemple sur lui, a déclaré Frank Williams durant la saison 2002. Personne en F1 ne bosse davantage que lui. »
D’un autre côté, Schumacher n’est pas l’innocente victime d’une conspiration ourdie par ses pairs. Car chaque fois que Michael est mêlé à des incidents de course, ses piètres excuses lui reviennent à la figure comme un boomerang. « Jacques arrivait trop vite. S’il ne m’avait pas percuté, jamais il ne serait parvenu à passer. » S’il avait dit la vérité ce jour-là, le monde de la F1 lui aurait sans doute pardonné ces fautes.
Zeltweg 2002 : le refus de la grandeur
Dernier exemple en date, Zeltweg 2002 : Michael aurait été grand s’il avait refusé la victoire que son équipier Barrichello lui offrit contraint et forcé dans l’ultime virage de la course. Michael aurait dû rappeler Jean Todt et lui dire qu’il ne mangeait pas de ce pain-là, car l’ordre était tombé huit tours avant la ligne d’arrivée.
L'avenir du champion de F1
Dans la jungle de la F1, il est le loup. Ce n’est pas le plus beau rôle. Un jour, quand Montoya ou Räikkönen auront grandi, il deviendra cible, destin de tout champion vieillissant. Il n’aura plus de terres à conquérir, mais un royaume à défendre. C’est peut-être dans la défaite qu’il deviendra enfin populaire. À en juger par ce début de saison 2004, ce jour n’est pas encore venu.
La suite de mon dossier dans le prochain article.