La 57e Solitaire du Figaro Paprec s'élance de Perros-Guirec le 17 mai 2026, avec un plateau exceptionnel mêlant vétérans et jeunes prodiges. Découvrez le Figaro Bénéteau 3, le monotype qui égalise les chances, et les talents qui feront la course.
Un départ printanier après 7 ans d'automne
Dimanche 17 mai, à 10 h 30 précises, les 36 concurrents s'élancent du port de Perros-Guirec, dans les Côtes-d'Armor, pour douze jours d'une course exigeante. La météo s'annonce capricieuse, les courants de la Manche sont traîtres, et le Golfe de Gascogne, traversé deux fois, promet son lot de dépressions brutales. Cette édition 2026 restera dans les annales, non seulement par la densité de son plateau, mais aussi par un choix calendaire inédit depuis sept ans.
Pourquoi un départ au printemps ?
Les organisateurs ont délibérément décalé le départ de la 57e édition au printemps, une première depuis 2019. Ce changement de saison répond à plusieurs logiques. En mai, les dépressions du Golfe de Gascogne sont moins violentes qu'en septembre, mais les systèmes météo restent instables, avec des bascules de vent fréquentes qui exigent une vigilance permanente. L'allongement des journées offre une visibilité accrue aux skippers, réduisant les risques de collision avec les cargos dans les zones de trafic dense. Ce calendrier permet aussi d'éviter la concurrence directe avec les grands rendez-vous de l'automne comme la Route du Rhum. Pour 2027, le retour à l'automne est déjà programmé, ce qui confère à cette édition un caractère exceptionnel.
Le choix du printemps modifie la stratégie de navigation. Les nuits plus courtes signifient moins de temps passé sous pilote automatique et davantage de réglages manuels. Les skippers doivent composer avec des gradients thermiques marqués entre la terre et la mer, surtout le long des côtes bretonnes où les brises thermiques peuvent faire basculer un classement en quelques heures. France 3 Régions souligne que cette édition est décrite comme « la plus exigeante des courses », un qualificatif que les conditions printanières ne feront que renforcer.
Un plateau de 36 marins de gala
Les 36 engagés forment sans doute le plateau le plus relevé de la décennie. En tête d'affiche, Nicolas Lunven, double vainqueur (2009 et 2017) et sixième du dernier Vendée Globe, effectue sa dixième participation. Loïs Berrehar, deuxième en 2024, revient avec l'ambition de conquérir le titre pour Banque Populaire. Adrien Hardy, onze participations au compteur, incarne l'expérience et la régularité. Martin Le Pape remplace au pied levé Yoann Richomme, vice-champion du Vendée Globe 2024, victime d'une fracture de trois côtes lors du Trophée Banque Populaire Grand Ouest. Tom Dolan, vainqueur irlandais de l'édition 2024, sera également de la partie.
Mais ce qui frappe dans cette liste, c'est le nombre de bizuths – dix exactement – et la jeunesse des rookies. Tom Goron, 20 ans, est le plus jeune skipper de l'histoire récente de la course. Paul Loiseau, 21 ans, débarque auréolé d'une victoire en Solo Guy Cotten. Ce mélange des générations promet des confrontations passionnantes entre la sagesse des ténors et l'audace des jeunes loups.
Le Figaro Bénéteau 3 : l'arme secrète des skippers pour briller en monotype
Pour répondre à la question « quel bateau pour la solitaire du figaro », il faut plonger dans les spécificités techniques du Figaro Bénéteau 3. Depuis la 50e édition en 2019, ce monocoque de 10 mètres de long équipe tous les concurrents. Loin d'être un simple support, il est le grand égalisateur de la course, celui qui met tous les marins sur un pied d'égalité matérielle.
10 mètres, foil, monotype : les secrets du Figaro Bénéteau 3
Le Figaro B3 est le premier voilier de série à foils produit en série. Ses deux appendices latéraux, fixés sous la coque, lui permettent de se soulever partiellement hors de l'eau au-dessus de 12 nœuds de vent, réduisant la traînée et augmentant la vitesse. Avec une jauge monotype stricte, chaque bateau est rigoureusement identique : mêmes voiles, même quille, même poids. Les seules variables sont les réglages fins – hauteur de mat, tension des haubans, position des safrans – et la capacité du skipper à lire la météo.
La vie à bord est spartiate. Le cockpit, minuscule, oblige les marins à dormir par tranches de vingt minutes, lovés dans un coin du roof. Pas de cuisine, pas de douche : les repas se résument à des lyophilisés réchauffés au brûleur. L'habitacle, large d'à peine 1,50 mètre, sert à la fois de poste de navigation, de dortoir et de salle à manger. Cette promiscuité avec les éléments forge le caractère des skippers. Sur le site de l'IMOCA, Nicolas Lunven explique que cette configuration rend la compétition particulièrement exigeante.
« C'est probablement plus difficile que l'IMOCA » : le paradoxe du monotype
Nicolas Lunven, qui connaît aussi bien le Figaro que l'IMOCA, résume parfaitement le paradoxe de cette classe. Dans une interview publiée sur le site de l'IMOCA, il déclare : « D'un côté, il est beaucoup plus simple de mettre en place tout le projet, parce que le bateau est beaucoup plus petit et qu'il s'agit d'une classe monotype, donc on ne peut rien développer sur le bateau. D'un autre côté, une fois en mer, c'est probablement plus difficile que l'IMOCA parce que tout le monde a le même bateau. »
Cette citation éclaire la véritable nature de la Solitaire. Sur un IMOCA, les différences de budget, de voiles ou de quilles peuvent expliquer des écarts de performance. Sur un Figaro B3, ces différences s'effacent. Le vainqueur est celui qui a le mieux anticipé les bascules de vent, le plus précis dans ses virements de bord, le plus endurant dans les phases de pétole. La dimension humaine est poussée à son paroxysme. Les skippers doivent constamment arbitrer entre vitesse et sécurité, entre attaque et prudence.
Tom Goron, Paul Loiseau : les pépites de la filière espoirs défient les vétérans
Après avoir présenté le bateau, il est temps de parler des hommes – ou plutôt des jeunes hommes – qui incarnent le renouveau de la course au large française. Tom Goron et Paul Loiseau ne sont pas de simples participants : ils sont les symboles d'une filière de formation qui produit chaque année des talents capables de rivaliser avec les meilleurs.
Tom Goron (20 ans) : de la 14e à la 7e place, le plan de route d'un prodige
Tom Goron, originaire d'Aucaleuc près de Dinan, dans les Côtes-d'Armor, n'a que 20 ans mais déjà deux Solitaires au compteur. En 2024, il termine 14e. En 2025, il grimpe à la 7e place. Cette progression linéaire cache des nuits blanches passées à analyser les routages, des erreurs de jeunesse transformées en leçons, et une maturité précoce. « Cette année, je sais que j'ai les moyens de faire une belle Solitaire », confie-t-il au Monde, conscient que ses erreurs passées lui ont appris l'humilité et la rigueur.
Son parcours illustre la difficulté d'accès à la course au large pour les jeunes talents. Soutenu par un mécène discret et son sponsor Xplorassur, un assureur voyage, Tom doit financer un quart de sa participation de sa poche. Il ne peut pas s'offrir un préparateur professionnel, contrairement aux têtes d'affiche. Cette précarité économique ajoute une pression supplémentaire sur ses épaules. Sur une course où chaque détail compte, l'absence d'un préparateur peut faire perdre des places précieuses.
Paul Loiseau (21 ans), la « pépite » du Pôle Finistère prête à briller
Paul Loiseau, 21 ans, a suivi un parcours plus institutionnalisé. Vainqueur du challenge Région Bretagne – CMB Espoir en décembre 2025, il a immédiatement confirmé en remportant la première course côtière de la Solo Guy Cotten en mars 2026 – sa toute première course en Figaro. Issu du Pôle Finistère Course au Large, il bénéficie d'un cadre d'entraînement structuré, avec des coachs, des analystes météo et un accès régulier à la mer. Comme le rapporte ScanVoile, il se décrit comme « hyper compétiteur ».
Sa préparation pour la Solitaire a inclus le Trophée Banque Populaire Grand Ouest en double, une course de 48 heures qui l'a confronté aux conditions musclées du Golfe de Gascogne. Les observateurs le décrivent comme une « pépite », un talent brut qui ne demande qu'à éclore. Son parcours montre l'importance des filières de formation régionales dans l'émergence des nouveaux talents de la voile française.
Les ténors dans le viseur : Lunven, Berrehar et le fantôme de Richomme
Pour ces jeunes loups, la concurrence est féroce. Nicolas Lunven, double vainqueur, connaît chaque recoin du parcours. Loïs Berrehar, deuxième en 2024, ronge son frein depuis un an. Et puis il y a le fantôme de Yoann Richomme, forfait sur blessure mais dont l'ombre plane sur la course. Martin Le Pape, qui le remplace, a l'occasion de marquer les esprits.
Les bizuths devront aussi compter avec des marins expérimentés comme Adrien Hardy, Tom Dolan ou Hugo Dhallenne. La densité du plateau est telle que la moindre erreur se paie cash. Mais c'est précisément ce défi qui attire les jeunes talents : prouver leur valeur face aux meilleurs. Sur les 36 engagés listés par VoileetMoteur, la moyenne d'âge n'a jamais été aussi basse, signe que le renouvellement générationnel est en marche.
Le nerf de la guerre : comment financer sa place sur la ligne de départ
Derrière la gloire sportive se cache une réalité économique impitoyable. Participer à la Solitaire du Figaro coûte cher, très cher. Entre la location du bateau, l'équipement, la logistique et les frais d'équipe, le budget annuel d'un skipper Figaro oscille entre 150 000 et 300 000 euros. Pour les jeunes talents, trouver cet argent relève du parcours du combattant.
« Un quart de sa poche » : le témoignage brut de Tom Goron sur le coût de la course
Tom Goron ne cache rien de sa situation financière. « Je dois mettre un quart de ma poche », confie-t-il au Monde. Son sponsor principal, Xplorassur, couvre une partie des frais, complétée par un mécène discret qui préfère rester dans l'ombre. Mais ce budget ne lui permet pas d'embaucher un préparateur professionnel. C'est lui-même, aidé de bénévoles, qui bichonne son Figaro B3 avant chaque départ.
Cette précarité a des conséquences concrètes. Pas de simulateur météo dédié, pas de coach à terre pour analyser les routages en temps réel, pas de remplacement de voiles usées. Tom compense par une connaissance intime de son bateau et une détermination à toute épreuve. Mais il sait que ce modèle n'est pas viable à long terme. Pour durer dans le milieu, il devra trouver des partenaires plus solides ou décrocher un résultat qui attire les sponsors.
De la bourse au mécénat : le casse-tête du budget pour un skipper de 20 ans
Paul Loiseau bénéficie d'un cadre plus confortable grâce au challenge Région Bretagne – CMB Espoir. Ce dispositif, piloté par le Pôle Finistère Course au Large, offre un soutien financier et logistique aux jeunes talents bretons. Il comprend la location d'un Figaro B3, l'accès à des entraîneurs, et une aide à la recherche de sponsors.
Mais même avec ce filet de sécurité, le budget reste tendu. Une saison complète en Figaro coûte environ 200 000 euros. La Région Bretagne et le Crédit Mutuel de Bretagne couvrent une partie, mais Paul doit aussi trouver des partenaires complémentaires. Le système des challenges Espoirs, comme le Région Bretagne – CMB, est devenu un passage obligé pour les jeunes skippers. Il permet de faire ses preuves avant de décrocher un budget plus conséquent. Sans ces dispositifs, beaucoup de talents potentiels resteraient à quai.
Du golfe de Gascogne à la Manche : la route infernale des 3 000 km de la 57e Solitaire
Le parcours de cette 57e édition est un concentré de difficultés. Trois étapes, 3 000 kilomètres, des conditions météo changeantes et des zones de navigation techniques. Les skippers vont enchaîner les nuits blanches, les changements de voiles et les décisions stratégiques sous pression.
Le Golfe de Gascogne en double ration : le piège des deux premières étapes
La première étape relie Perros-Guirec à Vigo, en Espagne. La deuxième va de Vigo à Pornichet. Résultat : le Golfe de Gascogne est traversé deux fois. Cette zone est redoutée des marins pour plusieurs raisons. D'abord, le clapot croisé, généré par les courants de marée et la houle atlantique, rend la navigation inconfortable et éprouvante physiquement. Ensuite, les dépressions brutales peuvent transformer une mer calme en enfer en quelques heures. Enfin, le trafic maritime y est dense, obligeant les skippers à une vigilance constante.
Les deux premières étapes sont aussi les plus longues en distance. Les skippers passeront plusieurs jours sans véritable sommeil, enchaînant les réglages et les changements de voiles. La gestion de l'énergie devient un facteur clé : celui qui craque mentalement ou physiquement perd tout. Comme le souligne France 3 Régions, cette double traversée du Golfe de Gascogne est l'une des raisons pour lesquelles la Solitaire est considérée comme « la plus exigeante des courses ».
« Rase-cailloux » jusqu'au Havre : la dernière étape, un jeu d'échecs côtier
La troisième et dernière étape, de Pornichet au Havre, est un véritable jeu d'échecs côtier. Les skippers doivent naviguer le long des côtes bretonnes, avec des passages techniques comme le Chenal du Four et le Raz de Sein. Ces zones, surnommées « rase-cailloux », exigent une concentration extrême : les courants peuvent atteindre 8 nœuds, les rochers affleurent, et la moindre erreur de trajectoire peut envoyer le bateau au tapis.
Cette étape est souvent celle qui fait basculer le classement général. Après plusieurs jours de course, la fatigue accumulée rend les décisions plus difficiles. Les skippers doivent jongler entre la recherche de la vitesse et la sécurité. Un marin qui force trop peut casser du matériel ; un autre qui joue la prudence peut perdre des places précieuses. La dernière nuit en Manche, entre les caps de la Hague et d'Antifer, est un moment clé où tout peut se jouer. Les écarts se resserrent, et le vainqueur se décide souvent à quelques encablures de l'arrivée.
Route du Rhum, Vendée Globe : comment la Solitaire du Figaro devient le tremplin des champions
Au-delà de la compétition immédiate, la Solitaire du Figaro est surtout une institution formatrice. Depuis sa création en 1970, elle a servi de rampe de lancement pour les plus grands noms de la voile française. Comprendre son rôle, c'est saisir pourquoi elle reste un passage obligé pour tout skipper qui rêve de tours du monde.
Desjoyeaux, Beyou, Richomme : le panthéon des triples vainqueurs
Seuls six marins ont remporté la Solitaire à trois reprises. Michel Desjoyeaux, Jérémie Beyou, mais aussi des figures plus récentes comme Yoann Richomme. Leur palmarès parle de lui-même : tous ont ensuite brillé sur les plus grandes courses océaniques. Desjoyeaux a gagné deux Vendée Globe, Beyou a enchaîné les podiums sur la Route du Rhum, Richomme vient de terminer deuxième du dernier Vendée Globe.
Le lien entre la Solitaire et les grands tours du monde n'est pas une coïncidence. La course apprend aux skippers à gérer la fatigue, à prendre des décisions sous pression, à lire la météo avec précision. Ces compétences sont directement transférables sur un IMOCA. Jérémie Beyou, triple vainqueur de la Solitaire, revient régulièrement sur le circuit Figaro pour se préparer aux grands tours du monde. Il sait que rien ne remplace l'intensité d'une course en monotype.
De la Solitaire au Vendée Globe : le tremplin incontournable pour les jeunes loups
Pour les jeunes skippers, la Solitaire est un passage quasi obligé. Sam Goodchild, récent vainqueur de la 1000 Race en IMOCA, a fait ses armes sur le circuit Figaro avant de passer aux grands monocoques. Son parcours illustre parfaitement cette transition : la Solitaire lui a appris la navigation en solitaire, la gestion des risques et la stratégie météo. Ces compétences lui ont permis de décrocher sa première victoire en solitaire en IMOCA.
Yoann Richomme, qui devait participer à cette 57e édition avant sa blessure, considère la Solitaire comme une étape obligée pour tout skipper Imoca. « C'est là qu'on apprend vraiment à naviguer en solitaire », répète-t-il souvent. Le passage en Figaro permet de parfaire la navigation, la stratégie et la gestion mentale solo avant les tours du monde en IMOCA. Les jeunes talents comme Tom Goron et Paul Loiseau le savent : briller sur la Solitaire, c'est s'ouvrir les portes des plus grandes courses. La liste des anciens vainqueurs qui ont ensuite brillé sur le Vendée Globe ou la Route du Rhum est longue, et chaque édition ajoute un nouveau nom à cette liste.
Et après ? La Solitaire du Figaro 2026 ouvre la voie à l'automne 2027
Au terme de cette 57e édition, la Solitaire confirme sa place de juge de paix de la voile française. Entre un plateau relevé, la révélation de jeunes talents et le retour à l'automne en 2027, le monument de la course au large écrit une nouvelle page de sa légende. Les 36 skippers qui s'élancent de Perros-Guirec ne sont pas seulement des concurrents : ils sont les héritiers d'une histoire commencée en 1970, et les artisans d'un avenir qui s'écrit sur l'eau. La Solitaire, c'est plus qu'une course : c'est une école de la vie, un défi permanent, et pour beaucoup, le début d'une grande aventure océanique. Rendez-vous en 2027 pour le retour à l'automne, avec la promesse de nouvelles confrontations entre générations.