
Manifestation historique du 1er mai 2002 à Paris
Arrivée place de la République le mercredi 1er mai, la stupéfaction fut grande. Quelques heures plus tôt, il était impensable d'imaginer qu'autant de monde se serait déplacé.
La foule est dense et devient de plus en plus compacte. À 16h, nous n'avions toujours pas bougé d'un mètre. Aux alentours de 16h30, la pression de la foule commence à devenir insoutenable : 400 000 manifestants selon les autorités, 1 000 000 selon les organisateurs.
Gestion de la foule et tensions place de la République
Une trentaine de malaises viennent de survenir et les autorités commencent à craindre des mouvements de foule — une hantise et une réelle menace pour la vie des gens qui se retrouvent au cœur de cette marée humaine. Cependant, les manifestants gardent une bonne humeur apparente malgré la tension qui ne cesse de monter.
La mairie de Paris et les autorités décident alors de diviser la foule en créant deux itinéraires bis : le premier partant de la place de la République (où nous nous trouvions) et le second au niveau de la Bastille. Très rapidement et dans le calme, les manifestants se sont dirigés vers ces itinéraires dans une sérénité qui, je pense, se doit d'être soulignée. Chaque personne a fait preuve de sang-froid et de respect vis-à-vis des autres. Car quand les chemins se sont ouverts, nous n'avions qu'une seule envie : sortir de cet enfer au plus vite.
De République à Nation : une marche engagée
Passé l'angoisse qui nous tenaillait depuis environ une heure, nous avons donc démarré notre marche protestataire vers la place de la Nation.
Les slogans scandés par la foule nous font oublier la fatigue qui commence à être pesante, surtout quand nous manifestons depuis plusieurs jours.
Un moment historique de fraternité et de civisme
C'est vraiment dans une ambiance bon enfant que notre marche s'est déroulée. Mais nous ressentions quelque chose d'inédit : le fait de se sentir fier de ses actes, d'avoir enfin la possibilité d'exprimer haut et fort nos idéaux, et de dire NON. D'avoir la sensation de participer à une page extrêmement importante de l'histoire.
Que notre heure, c'était ici et maintenant. Notre mai 2002, celui dont on dira à nos enfants plus tard : « J'y étais. » Ce sentiment de fraternité et de paix nous a transcendés.
Je tiens aussi à applaudir le civisme des gens qui se sont vraiment comportés correctement, évitant ainsi d'envenimer les choses, voire de les faire déraper.