Il y a des rendez-vous culturels qui sonnent comme un électrochoc, et l'exposition « Global Warning » au Jeu de Paume en fait indéniablement partie. En cette fin février 2026, Paris accueille la rétrospective ultime de Martin Parr, ce géant de la photographie britannique qui nous a quittés brutalement il y a seulement deux mois. Mais ne vous y trompez pas : ce n'est pas une simple célébration posthume d'un artiste respecté. C'est un véritable miroir tendu au monde, conçu par l'artiste lui-même pour nous forcer à ouvrir les yeux sur notre propre absurdité.

Parr voulait se débarrasser de l'étiquette de « photographe rigolo » qui lui collait à la peau, mais sans jamais perdre son sens de l'humour dévastateur. Situé place de la Concorde, le Jeu de Paume devient le théâtre de cette plongée vertigineuse dans cinquante années de création. C'est le moment de découvrir ou de redécouvrir pourquoi ce Britannique secret est devenu, par la seule force de son objectif, le chroniqueur le plus acéré de notre société de consommation.
Dernière ironie de Martin Parr : une rétrospective posthume au Jeu de Paume
Le calendrier a fait preuve d'une cruauté paradoxale. Martin Parr s'est éteint le 6 décembre 2025 à Bristol, à l'âge de 73 ans, soit à peine quelques semaines avant l'ouverture de cette grande exposition parisienne qu'il chérissait. Il supervisait encore activement la scénographie et le choix des accrochages, transformant cette rétrospective en son testament visuel. L'événement prend ainsi une teinte d'autant plus mélancolique que l'artiste savait son temps compté, suite à un diagnostic de cancer en mai 2021. Pourtant, loin de sombrer dans le tragique, « Global Warning » s'impose comme une démonstration de vitalité et d'intelligence.
L'installation au Jeu de Paume, ce temple de la photographie situé au cœur de Paris, confère une légitimité institutionnelle majeure à son travail. Ce n'est pas seulement l'histoire d'un photographe que l'on raconte ici, mais celle d'un regard qui a su évoluer avec son époque. L'exposition, ouverte au public depuis le 30 janvier 2026, se déroule sous les ors de la République, offrant un contraste saisissant avec les sujets populaires qu'elle dépeint. C'est peut-être là la dernière et la meilleure vengeance de Parr : voir ses clichés de frites grasses, de touristes en maillot de bain et de plats de fast-food occuper les cimaises prestigieuses de la capitale.

Mort en décembre 2025, il voulait se débarrasser du costume du « rigolo »
La disparition de Martin Parr a suscité une émotion considérable dans le monde de l'art et au-delà, laissant un vide que son œuvre immense ne comble que partiellement. Elliott Erwitt, son illustre confrère de l'agence Magnum, avait un jour résumé la perception qu'avaient certains puristes de la photographie en le qualifiant d'« autre petit rigolo ». Cette étiquette, bien que charitable, agaçait profondément Parr. Il ne voulait pas être réduit à un simple amuseur public, un bouffon de cour qui capturerait les excentricités britanniques pour le simple plaisir du spectateur.
Cette exposition était sa réponse préparée de longue date. Il souhaitait prouver que derrière le rire jaune que ses photos provoquent invariablement se cache une critique sociale et politique d'une rare violence. Malgré sa maladie, il a travaillé jusqu'au bout pour s'assurer que ce message soit reçu. Il ne cherchait pas la solennité, mais la reconnaissance de la profondeur de sa démarche. En nous quittant juste avant le vernissage, il a laissé à ses curateurs le soin de porter ce coup final à la critique, transformant l'expo en une déclaration d'intention posthume.
« Global Warning » : plus de 50 ans de carrière sous les ors de la Concorde
Intitulée « Global Warning », un jeu de mots clinique entre « Global Warming » (réchauffement climatique) et un avertissement lancé à la face du monde, l'exposition balaie l'intégralité de la carrière de l'artiste. De 1970 à 2024, ce sont pas moins de 180 œuvres qui sont présentées au public, offrant une plongée exhaustive dans l'univers du photographe. C'est une traversée du temps qui nous mène de ses débuts en noir et blanc dans les hôpitaux psychiatriques aux visions saturées de l'anthropocène numérique, en passant par ses mythiques séries sur la plage de New Brighton.
Le titre choisi par Parr est tout un programme. Ce n'est pas une « Global Warning » anecdotique, mais une alerte rouge sur l'état de notre planète et de nos sociétés. Le parcours n'est pas organisé de manière chronologique stricte, mais thématique, ce qui permet de mieux saisir la cohérence de sa pensée. Chaque section agit comme une pièce à conviction dans le procès qu'il intente à la société de consommation. Cette structuration montre que Parr, loin d'être un simple témoin passif, était un penseur visuel qui a théorisé, par l'image, les dérives de notre mode de vie.

Quand des photos de vacances cachent une critique brutale de la société
Pour le néophyte, l'œuvre de Martin Parr peut d'abord dérouter. À première vue, ses photographies ressemblent à celles que l'on pourrait trouver dans le tiroir d'une grand-mère : des photos de vacances ratées, des plats de restauration rapide peu appétissants, des touristes en short. Mais cette ressemblance superficielle est précisément le piège tendu par l'artiste. Sous des dehors d'album de famille kitsch se cache une sociologie clinique de nos comportements collectifs. Parr utilise les codes de la photographie amateur pour mieux les détourner et en exposer l'absurdité.
Son style visuel unique, marqué par un flash puissant et des couleurs saturées à l'extrême, sert une ironie mordante. Il ne cherche pas l'esthétique flatteuse ni la grâce académique ; il cherche la vérité, même lorsqu'elle est laide. En grossissant les traits, en forçant les teintes et en s'approchant trop près de ses sujets, il nous empêche de détourner le regard. C'est une technique qui force à la confrontation : on ne peut pas rester indifférent devant un gros plan sur une nourriture en sauce qui semble déborder du cadre ou sur un visage déformé par l'excès de plaisir ou d'ennui.
Le flash en pleine face : pourquoi Martin Parr ne cherche pas la grâce
L'évolution stylistique de Martin Parr est une partie essentielle de sa compréhension. Au début de sa carrière, dans les années 70, il photographiait en noir et blanc, s'inscrivant alors dans une tradition documentaire plus classique, influencée par la photographie humaniste. Mais au début des années 80, le virage est radical. Il passe à la couleur, et surtout adopte l'usage intensif du flash, même en plein jour, couplé à des objectifs macro. C'est ce basculement qui a créé le « look Parr », immédiatement reconnaissable entre mille.
Cette technique du flash en pleine face permet d'éliminer les ombres et les nuances, offrant une lumière crue, chirurgicale, qui ne laisse rien dans l'obscurité. Les couleurs deviennent criardes, presque violentes, rappelant les estampes japonaises ou la publicité bon marché. C'est l'esthétique du « kitsch assumé ». Cette approche délibérée choque les puristes, mais capte instantanément l'attention. Refusant l'idéalisation propre à l'art traditionnel, Parr montre la réalité « telle qu'elle est », sans filtre, mais avec une intensité visuelle qui la transforme en cauchemar vibrant. C'est une violence faite au bon goût, mais nécessaire pour réveiller le spectateur.
« Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux »
La phrase culte de Martin Parr résume à elle seule toute sa philosophie artistique : « Je crée un divertissement, qui contient un message sérieux si l'on veut bien le lire ». Ce constat est crucial pour comprendre pourquoi son œuvre fonctionne à deux niveaux de lecture. Le premier niveau, superficiel, fait sourire. On rit du couple obèse mangeant des fish and chips, on rit de la femme à la coiffure extravagante, on rit des touristes prenant la pose devant des monuments. C'est ce rire qui nous fait entrer dans l'image, qui nous désarme.
Mais une fois que l'on a ri, le second niveau s'impose. On réalise que l'on rit de soi-même, de nos propres habitudes, de notre propre consommation. Les photos de Parr ne cherchent pas à convaincre par l'argumentaire logique ; elles montrent ce que les gens savent déjà mais refusent de voir. Elles agissent comme un révélateur photographique, exposant les dérives de l'anthropocène : notre surconsommation alimentaire, notre dépendance aux transports polluants, notre rapport destructeur à la nature. C'est une pédagogie de l'image subtile et efficace, qui utilise l'humour comme cheval de Troie pour faire passer une critique féroce du capitalisme et de l'aliénation moderne.
On en apprend plus sur l'Angleterre avec lui qu'avec des sociologues
Bien que son rayonnement soit international, le socle de l'œuvre de Parr reste profondément, viscéralement britannique. Il est d'ailleurs fascinant de constater que l'on en apprend souvent plus sur un pays en observant ses caricaturistes ou ses comiques qu'en lisant des rapports officiels. Martin Parr l'avait parfaitement compris, affirmant un jour qu'on apprend souvent plus sur le pays où l'on vit en allant voir un spectacle d'humour qu'en assistant à une conférence de sociologues.
C'est cette dimension d'ethnologue de la « société des loisirs » qu'il faut apprécier. Il documente avec une précision millimétrée les rituels de la classe ouvrière et moyenne britannique. Il ne se moque pas d'eux, il les observe avec la distance de l'anthropologue découvrant une tribu lointaine. Que ce soit dans les dancings, les stades de cricket ou les plages de galets, Parr capture l'essence de l'identité britannique, faite de retenue, de bizarre et d'un penchant pour l'absurde. C'est un regard qui rappelle l'humour British si présent dans la culture populaire actuelle, où le second degré est une forme de défense face aux vicissitudes du monde.
L'Angleterre populaire, théâtre du grotesque et du tendre
Si l'exposition au Jeu de Paume est globale, elle ancre profondément ses racines dans le terroir britannique. Martin Parr est le roi de l'Angleterre au sens où personne n'a mieux su capter l'âme de ce pays en mutation au tournant du millénaire. Ses photos ne sont pas de simples documents géographiques, mais de véritables drames en miniature. Elles racontent l'histoire d'une nation confrontée à la fin de l'industrie lourde et à l'avènement de la société de consommation triomphante.
C'est ce mélange unique de grotesque et de tendre qui rend son travail si attachant. Il ne dénie pas ses sujets, il leur offre une visibilité rare dans un monde de l'art souvent élitiste. Les gens qu'il photographie sont souvent ordinaires, parfois marginaux, mais toujours traités avec une égale intensité. L'Angleterre de Parr n'est pas celle de la reine et des châteaux, c'est celle des fish and chips emballés dans du journal, des caravanes sous la pluie, des drapeaux britanniques un peu fanés flottant au-dessus des jardins ouvriers. C'est une Angleterre vivante, rugueuse et terriblement humaine.

De New Brighton à la classe moyenne anglaise : anatomie d'un pays
Le point de bascule de sa carrière, c'est incontestablement la série « The Last Resort », réalisée entre 1983 et 1985 à New Brighton, une plage populaire située en face de Liverpool, sur l'estuaire de la Mersey. C'est là que le style de Martin Parr a explosé au grand jour. Face à un paysage industriel en déclin et à une plage de galets grise, il photographie les familles ouvrières en vacances. Ce travail a révélé au monde son talent singulier : capacité à trouver la beauté (ou l'intérêt visuel) là où d'autres ne voyaient que la grisaille.
Avec « The Cost of Living » (1987-1989), il a tourné son objectif vers la classe moyenne, scrutant ses aspirations, ses vanités et ses codes sociaux. Ces deux séries fondatrices montrent comment Parr a commencé par cartographier les îles britanniques et irlandaises avant de conquérir les cinq continents. Ses photos du Royaume-Uni restent pourtant ses plus emblématiques, car elles sont le terreau de son inspiration. Elles décrivent une société en transition, coincée entre ses traditions et le désir effréné de consommation moderne, une tension que Parr a su capturer avec une justesse effrayante.
Pourquoi on ne voit (presque) personne sourire chez Martin Parr

L'une des observations les plus frappantes en parcourant les cimaises du Jeu de Paume est le silence des visages. Les conservateurs de l'exposition l'ont noté avec justesse : « Il n'y a quasiment aucun sourire dans les photographies de Martin Parr. Nous en avons compté trois dans toute l'exposition. » Ce chiffre, s'il est approximatif, pointe une vérité centrale du travail du photographe. Pourtant, le contexte de ses photos est souvent festif : plages ensoleillées, buffets gargantuesques, fêtes nationales, mariages.
Ce paradoxe est la clé de voûte de son génie. Il montre l'ennui, la fatigue, la mélancolie ou l'absorption au cœur même de la célébration. On ne sourit pas parce que l'on est pris dans le tourbillon de la performance sociale, parce que l'on est trop occupé à consommer ou à faire semblant de s'amuser. Cette absence de joie affichée contraste violemment avec l'abondance matérielle environnante. C'est un miroir tendu à notre propre condition : une humanité entourée de confort, mais désespérément seule, perdue dans ses propres rituels.
Bristol, dernière demeure d'un génie secret
Derrière l'objectif, il y avait un homme que l'on connaissait finalement très peu. Martin Parr vivait depuis plus de trente ans à Bristol, dans le sud-ouest de l'Angleterre, une ville qui n'a jamais cessé de l'inspirer. C'est là, dans sa maison retirée sur les hauteurs, qu'il s'est éteint paisiblement, entouré des siens. Il avait épousé Susie, qui était aussi sa collaboratrice de confiance, et avait une fille, Ellen, qui poursuit la tradition familiale dans le domaine des arts visuels.
Ceux qui l'ont côtoyé décrivaient un homme secret, qui « ne faisait pas de petite conversation » (Martin Parr doesn't do small talk), comme le racontent ses proches. Il était courtois, mais d'une réserve à toute épreuve, détestant parler de sa vie privée pour ne parler que de son travail. Cette dualité entre l'artiste public, mondialement célèbre pour ses images voyardes, et l'homme privé, discret et presque timide, ajoute une couche de mystère à l'exposition. En visitant « Global Warning », on a l'impression de pénétrer dans l'intimité d'un génie qui s'est exprimé par images interposées, laissant ses clichés dire ce que ses mots refusaient d'avouer.
Du tourisme de masse à la junk food : les 5 chapitres de l'apocalypse joyeuse
Une fois passé le seuil de l'exposition, le visiteur est immergé dans un parcours structuré en cinq chapitres majeurs, qui agissent comme autant de scènes d'une pièce de théâtre absurde. C'est ici que l'on comprend toute l'ambition de la scénographie conçue par Parr. On quitte le biographique pour entrer dans une réflexion systémique sur notre ère, l'anthropocène. Chaque thème est un coup de projecteur sur une dérive spécifique de la modernité, mais tous sont reliés par un fil conducteur : l'excès.
Cette structure permet de saisir la cohérence de la critique parrienne. Il ne s'agit pas d'une accumulation de clichés sensationnalistes, mais d'une enquête approfondie sur les mécanismes de notre autodestruction. Du tourisme qui ravage les paysages à la nourriture qui nous étouffe, en passant par nos écrans qui nous hypnotisent, chaque chapitre sonne comme un avertissement. C'est une vision circulaire, où le début rejoint la fin, celle d'une planète saturée par la présence humaine et ses déchets.
« Petite Planète » : quand le tourisme saccage les paysages
Le premier grand chapitre, « Petite Planète », est une exploration du tourisme de masse. Martin Parr a parcouru le monde pour documenter ce phénomène, du bord de piscine à Benidorm aux croisières géantes qui envahissent la Méditerranée. Ses photos montrent une humanité en mouvement, mais surtout une humanité en flux, transformant les plus beaux paysages du monde en décors de fond pour des photos d'identité.
L'impact environnemental est au cœur de cette section. On voit des centaines de touristes massés sur un minuscule îlot de sable, des files d'attente interminables pour des sites naturels majestueux, et la standardisation des cultures au profit du « selfie » souvenir. C'est une critique directe de l'industrie du voyage qui broie les populations locales et la nature sous les pieds des vacanciers. Comme le disait Parr, « On va vers la catastrophe, mais on y va tous ensemble », et ces photos en sont la preuve indéniable. Pour la jeune génération de 18 à 25 ans, soucieuse d'écologie, cette section résonne comme un constat accablant sur l'héritage que nous laissons aux générations futures.
« Terres de loisir, terres de déchets » et « Tout doit disparaître »
Dans une continuité logique, l'exposition fusionne la critique des loisirs avec celle de la pollution. « Terres de loisir, terres de déchets » montre comment les lieux de détente deviennent, paradoxalement, des lieux de déjection. Les photos de plages sont particulièrement poignantes : entre les chaises longues et les parasols, on distingue des montagnes de détritus, de bouteilles en plastique et de restes alimentaires. C'est la face sombre de nos loisirs, le prix caché de nos moments de plaisir.
Le chapitre « Tout doit disparaître » poursuit cette critique en se focalisant sur la consommation frénétique. Parr photographie l'accumulation d'objets, de produits alimentaires et de gadgets qui nous envahissent. C'est l'apothéose du jetable. Ses images de marchés, de supermarchés et de grands magasins montrent une société obnubilée par l'achat, possédée par une boulimie d'objets qui ne servent à rien. C'est une vision vertigineuse de l'abondance qui devient, paradoxalement, une source de dégradation morale et physique.
« Addictions technologiques » et « Le règne animal »
Les deux derniers chapitres abordent des thèmes plus contemporains, mais tout aussi cruciaux. « Addictions technologiques » explore notre dépendance aux écrans. Parr, qui a très tôt adopté le numérique, observe avec ironie la façon dont les humains sont désormais captifs de leurs téléphones. On voit des gens assis côte à côte dans un café, sans se parler, le nez collé à leur smartphone. C'est une vision très actuelle, qui parlera particulièrement aux jeunes visiteurs de la Gen Z, en illustrant une connexion paradoxale : hyper-connectés numériquement, mais déconnectés humainement.
Enfin, « Le Règne animal » propose une réflexion sur la relation absurde et souvent cruelle entre humains et animaux. Parr photographie les zoos, les foires agricoles, les concours d'élevage et les animaux de compagnie humanisés. On y voit des chiens en costumes, des touristes animaliers à l'affût, ou des animaux enfermés dans des cages qui nous observent à leur tour. C'est une conclusion ironique sur notre prétention à dominer la nature : en voulant nous approprier le règne animal, nous ne faisons que projeter nos propres absurdités et nos propres dérives sur eux.
Ce que l'exposition réserve à la Gen Z (au-delà de l'Instagrammable)
L'exposition « Global Warning » pourrait sembler, de prime abord, destinée à un public de photographes ou d'historiens de l'art. Pourtant, elle a été conçue pour accueillir un public beaucoup plus large, et en particulier les 18-25 ans. Le Jeu de Paume a mis en place une série de dispositifs interactifs pour que la visite ne soit pas une contemplation passive, mais une expérience vivante. C'est une manière de rendre hommage à l'esprit de Parr, qui détestait l'ennui et la complaisance.
L'approche est résolument « gamifiée ». L'objectif n'est pas de pousser les jeunes générations à une passive observation des œuvres accrochées, mais bien de les inviter à adopter la perspective de l'artiste. Cette expérience exceptionnelle permet de décortiquer les ressorts du regard et la genèse d'une photographie, tout en illustrant comment l'humour peut servir d'outil critique. En outre, la dimension « Instagrammable » de l'exposition, assumée par Parr lui-même, est un piège : on est tenté de prendre une photo de la photo, mais le dispositif pédagogique pousse à aller au-delà de l'apparence pour saisir le fond.
Les cartels « Déclencheurs » : ne pas regarder les photos passivement
Le dispositif le plus innovant de l'exposition est sans doute l'installation de cartels spécialement conçus pour le jeune public à partir de 8 ans. En partenariat avec l'association « Les Déclencheurs », le Jeu de Paume propose des panneaux descriptifs dynamiques qui remplacent les textes habituels, souvent rébarbatifs. Ces cartels posent des questions, lancent des mini-défis et proposent des jeux d'observation.
L'idée est de transformer la visite en une chasse au trésor intellectuelle. Au lieu de lire biographie et technique, le visiteur est invité à trouver des détails, à analyser les expressions, à deviner le contexte. C'est une méthode idéale pour capter l'attention d'une génération habituée à l'interactivité numérique. Elle permet de dédramatiser l'art contemporain tout en aiguisant l'esprit critique. On ne regarde plus une photo de Martin Parr de la même manière après avoir essayé de retrouver les « trois sourires » de l'exposition ou après avoir compté les articles en plastique sur une table de pique-nique.
Le défi du photographe : oser prendre le style de Parr en photo
L'interactivité va encore plus loin avec des zones dédiées où le visiteur est invité à tester l'œil de Parr. C'est un défi lancé à chacun : pouvez-vous voir le monde comme lui ? Trouver le grotesque dans le banal ? L'ironie dans le sérieux ? C'est un exercice périlleux, mais formateur, qui force à changer de perspective. C'est aussi un rappel que la photographie n'est pas seulement un art technique, mais un art du regard.
C'est d'ailleurs une section idéale pour rappeler que l'exposition est accessible financièrement aux étudiants. À une époque où la culture devient souvent un luxe, le Jeu de Paume maintient une politique tarifaire progressive qui permet au plus grand nombre de découvrir cette œuvre majeure. C'est un acte de démocratisation culturelle qui aurait plu à Parr, qui a toujours défendu l'idée que l'art doit être accessible, comme les magazines de kiosque qu'il aimait tant collectionner.
Projections de films : voir Parr derrière la caméra
Enfin, l'exposition n'est pas limitée aux tirages papier. Des projections de films sont organisées, offrant une autre facette du travail de Martin Parr : le mouvement. Des documentaires comme « Teddy Gray's Sweet Factory » ou « Think of England » sont projetés, montrant l'artiste derrière la caméra vidéo. Ces films, avec une durée variable, permettent de saisir la dimension sonore et temporelle de ses enquêtes sociales.
Voir ses œuvres en mouvement renforce l'impact du message. On y entend l'ambiance sonore des usines ou des fêtes, on y voit les gestes répétitifs de la consommation, on y perçoit l'atmosphère lourde ou électrique des lieux photographiés. C'est une complémentarité parfaite avec les photos fixes, qui permet de varier les formats et de retenir l'attention d'un public moins habitué à la contemplation statique.
Visiter « Global Warning » : tarifs étudiants, accès et horaires pratiques
Après avoir fait le tour de la question artistique et philosophique, place à la logistique. Parce que voir une telle exposition ne doit pas être une corvée d'organisation, voici toutes les informations pratiques pour planifier votre visite au Jeu de Paume. Situé en plein cœur de Paris, le lieu est facilement accessible et propose des aménagements pour rendre l'expérience agréable, du début jusqu'à la pause café.
Que vous soyez un étudiant en quête de culture à petit prix, un touriste de passage ou un passionné de photographie, l'exposition « Global Warning » est pensée pour vous accueillir dans les meilleures conditions. L'objectif est simple : vous permettre de vous concentrer sur l'œuvre de Martin Parr sans vous soucier des problèmes de transport ou de budget.
Moins de 25 ans ? L'entrée à 7,50 € à ne pas manquer
Le point noir habituel des grandes expositions parisiennes est souvent le prix de l'entrée. Ici, la bonne surprise est au rendez-vous, surtout pour les jeunes adultes. La grille tarifaire du Jeu de Paume pour cette exposition est conçue pour favoriser l'accès des jeunes. Le plein tarif est fixé à 14 €, ce qui reste raisonnable pour une rétrospective de cette ampleur, mais le tarif « Moins de 25 ans » est véritablement imbattable à 7,50 €.
Pour ceux qui ont un tarif réduit (enseignants, demandeurs d'emploi, etc.), le prix s'établit à 9,50 €. Mais le véritable atout, et non des moindres, est la gratuité des visites guidées. Le mercredi à 12h30 et le vendredi à 17h15, des conférenciers proposent des visites guidées gratuites, incluses dans le prix du billet. C'est l'occasion parfaite pour les étudiants ou les jeunes actifs de bénéficier d'un éclairage expert sur l'œuvre de Parr sans avoir à payer un supplément. Il suffit de se présenter sur place, billet en main, selon les places disponibles.
Métro Concorde et Vélib' : s'y rendre sans se ruiner
Le Jeu de Paume bénéficie d'une situation exceptionnelle au 1, place de la Concorde, 75008 Paris. En termes de transport, le choix est vaste et facile. La station de métro la plus proche est Concorde, desservie par les lignes 1, 8 et 12. Il suffit de prendre la sortie 1 pour se retrouver devant le musée. C'est l'option la plus rapide et la plus directe, surtout depuis n'importe quel point de la capitale.
Pour ceux qui préfèrent le bus, les lignes 42, 72, 73, 84 et 94 desservent également le secteur. Les amateurs de deux roues ne sont pas en reste : plusieurs stations Vélib' sont situées à proximité, notamment rue Cambon et place de la Madeleine. C'est une option idéale pour profiter de Paris et d'éviter les éventuels bouchons. Enfin, une info cruciale pour les visiteurs qui voyagent avec des bagages : le Jeu de Paume dispose de consignes, mais attention, la taille maximale acceptée est de 55x35x25cm. Un détail à prévoir avant de venir !
Le café Rose Bakery pour une pause après le choc
Une visite d'une telle densité visuelle et intellectuelle peut être épuisante. Heureusement, le lieu dispose d'un café sur place, le célèbre Rose Bakery. C'est l'endroit idéal pour faire une pause et digérer les images de Martin Parr autour d'un thé ou d'un plat sain. Le café est fermé le lundi, mais ouvert du mardi au dimanche avec des horaires qui s'adaptent à ceux du musée, permettant de s'y restaurer aisément.
En ce qui concerne les horaires du Jeu de Paume, sachez que le musée est fermé le lundi (un classique parisien). Les jours de semaine, du mardi au vendredi, l'ouverture s'étend de 11h à 19h, avec deux nocturnes importantes : le mardi et le mercredi jusqu'à 21h. C'est le moment idéal pour y aller après le travail ou les cours. Le week-end, les horaires sont légèrement décalés de 10h à 19h30.
Enfin, ne tardez pas trop : l'exposition a débuté le 30 janvier 2026 et se termine impérativement le 24 mai 2026. Vous avez donc quelques mois pour vous y rendre, mais n'attendez pas le dernier moment, surtout si vous souhaitez profiter des visites guidées ou éviter les affluences du week-end.
Conclusion
« Global Warning » au Jeu de Paume est bien plus qu'une exposition de photos. C'est le testament visuel d'un génie sarcastique, Martin Parr, qui nous force à rire jaune face à la catastrophe climatique et sociale qui s'annonce. En passant du statut de « photographe rigolo » à celui de sociologue de l'urgence, il nous lègue une œuvre d'une actualité brûlante. Entre humour et tragédie, ses images nous montrent le monde, enfin, sans filtre. Foncez au Jeu de Paume avant le 24 mai 2026 pour voir ce qui ne devrait pas être oublié.