Le rapport Raw 2025 de l'application de rencontre Feeld, relayé par Esquire India, a mis en lumière un chiffre remarquable : l'intérêt pour le pegging chez les hommes cisgenres a bondi de 200 % en une seule année. Dans le même temps, les personnes s'identifiant comme « hétéroflexibles » ont augmenté de 193 %, et l'intérêt pour les sextoys de 400 %. Parallèlement, Marie Claire rapporte que les ventes de stimulateurs prostatiques ont progressé de 56 % en cinq ans auprès des hommes hétérosexuels de plus de 45 ans, selon une étude de la marque HealthAndActive. Le pegging n'est plus une pratique de niche confinée aux marges de la sexualité. Il s'installe au cœur des conversations intimes des couples hétérosexuels, porté par une curiosité transgénérationnelle qu'il est temps de décrypter.
Les chiffres du pegging chez les hommes hétéros
Ces données méritent qu'on s'y arrête, car elles proviennent de sources complémentaires aux méthodologies différentes. Le rapport Feeld mesure des comportements réels sur une application fréquentée par des millions d'utilisateurs — centres d'intérêt cochés, profils consultés, recherches tapées. Quand un homme hétérosexuel ajoute « pegging » à ses préférences, il prend un risque calculé : celui de se rendre visible comme amateur d'une pratique encore stigmatisée. Que ce geste ait triplé en douze mois signale un basculement culturel. L'étude HealthAndActive, de son côté, documente des achats concrets de stimulateurs prostatiques, ce qui constitue un autre indicateur comportemental fort.
Un tabou qui s'effondre dans les algorithmes
La force des données de Feeld réside dans leur nature comportementale plutôt que déclarative. Sur une application conçue pour explorer les désirs hors normes, les utilisateurs naviguent librement sans se justifier devant un sondeur. Le fait que le pegging émerge comme l'une des tendances les plus fortes du rapport annuel signifie que la pratique a quitté le stade de la curiosité honteuse pour entrer dans celui de l'assumption revendiquée. Les algorithmes enregistrent une normalisation accélérée par la diffusion numérique, où l'anonymat relatif autorise des explorations que la vie sociale rendrait plus complexes.
Et les quinquagénaires s'y mettent aussi
Le phénomène ne se limite pas à une génération de jeunes urbains baignant dans la culture sex-positive. La hausse de 56 % des ventes de stimulateurs prostatiques chez les hommes de plus de 45 ans détruit l'argument de l'effet de mode éphémère. Un quinquagénaire qui achète un stimulateur en 2025 n'est pas un follower d'une tendance TikTok. C'est un homme qui, souvent après des décennies de sexualité conventionnelle, décide d'explorer une zone de son corps que l'éducation sexuelle lui a soigneusement dissimulée. La combinaison de ces deux données dessine un mouvement transgénérationnel, où le désir de découverte anatomique l'emporte sur la peur du jugement.
Ce que ces données ne disent pas
Toutefois, ces chiffres ont leurs limites. Les données de Feeld concernent une population d'utilisateurs déjà orientés vers l'exploration sexuelle, ce qui ne représente pas l'ensemble des hommes hétérosexuels. Les ventes de HealthAndActive ne reflètent que les acheteurs de cette marque spécifique. Il ne s'agit pas d'études épidémiologiques représentatives de la population générale, mais d'indicateurs de tendance. Elles montrent la direction du vent, pas le nombre exact de marins en mer.
Origine et définition du pegging
Le pegging, pour le définir simplement, c'est le fait pour une femme de pénétrer l'anus de son partenaire masculin à l'aide d'un gode ceinture, aussi appelé strap-on. Le Grivois le décrit comme la sodomie au féminin, une pratique où la femme porte un gode et fait l'amour à son partenaire. La pratique existe depuis des siècles sous diverses formes, mais elle est restée longtemps sans nom véritable dans la langue courante. On parlait de « sodomie au féminin » ou de « strap-on sex », des expressions soit trop cliniques, soit trop imprécises. Cette absence lexicale n'était pas anodine : nommer, c'est reconnaître l'existence.

1998 : le film qui a osé montrer l'impensable
En 1998, le film éducatif « Bend Over Boyfriend » a vu le jour. Produit dans le milieu de l'éducation sexuelle californienne, il montrait explicitement comment une femme pouvait pénétrer son partenaire avec un gode ceinture, en insistant sur la communication, le consentement et la préparation. Selon Jump Cut, à sa sortie, il est devenu la vidéo la plus rapidement vendue de l'histoire du sex shop Good Vibrations, basé à San Francisco. Le film ne se contentait pas de montrer un acte : il le déconstruisait, le normalisait, lui donnait un cadre éducatif. Avant lui, la pénétration anale masculine par une femme existait dans la réalité mais était absolument invisible dans les médias grand public.
Juin 2001 : Dan Savage et le mot qui manquait
Trois ans plus tard, le chroniqueur sexuel Dan Savage a constaté un problème : le film avait popularisé la pratique, mais aucun mot ne permettait d'en parler facilement. En juin 2001, il lance un concours dans sa colonne « Savage Love » pour trouver un néologisme. Les trois finalistes étaient « BOBing » (pour Bend Over Boyfriend), « punting » et « pegging ». C'est ce dernier qui l'emporte. « Peg » est un prénom féminin en anglais, ce qui rappelle qui initie l'acte. Il sonne léger, presque ludique, ce qui désamorce la charge taboue. Un participant au concours a avancé une origine historique liée à la marine britannique, où le « peg boy » désignait un jeune homme disponible pour les marins lors des longues traversées. Qu'elle soit exacte ou légendaire, cette étymologie a contribué à la fortune du mot.
De la marine britannique au lexique sexuel international
Depuis ce concours, le terme a largement dépassé les frontières américaines. En français, on trouve parfois « chevillage » comme traduction, mais « pegging » reste le terme le plus couramment utilisé, y compris dans les conversations francophones. Le mot a gagné les forums, les applications de rencontre, les articles de presse, et même la culture populaire avec des références dans des séries télévisées comme Weeds en 2006 ou le film Zack and Miri Make a Porno de Kevin Smith en 2008. Ce passage d'un néologisme de colonne de conseils sexuels à un terme internationalement reconnu témoigne de la vitesse à laquelle la pratique s'est banalisée.
Statistiques en France sur le pegging
Quand on cherche à mesurer la prévalence du pegging en France, on tombe sur deux chiffres qui semblent contradictoires. D'un côté, une étude Ifop de 2021, réalisée dans le cadre de l'observatoire européen de la sexualité féminine, indique que 22 % des Françaises ont déjà mis un doigt dans l'anus de leur partenaire masculin, mais que seules 12 % y ont introduit un objet. De l'autre, une étude menée conjointement par l'Ifop et la marque de sex toys LELO avance le chiffre de 30 % de Françaises ayant pénétré analement leur partenaire dans le cadre de rapports hétérosexuels.
Ifop 2021 vs Ifop x LELO : deux méthodologies différentes
La différence tient presque certainement à la formulation des questions et aux échantillons interrogés. L'étude de 2021 distinguait nettement « mettre un doigt » et « introduire un objet », ce qui produisait deux pourcentages séparés. L'étude Ifop x LELO, plus large dans sa définition, semble avoir regroupé toute forme de pénétration anale incluant les doigts sous une même question. Le contexte de l'enquête joue aussi : répondre à une étude commandée par une marque de sex toys peut libérer la parole d'une manière qu'une étude plus institutionnelle ne permet pas toujours. Dans les deux cas, on n'est plus dans des pourcentages marginaux. Entre une Française sur trois et une sur huit, le pegging a clairement quitté le domaine de l'anecdote.
Rémi, 50 ans : « C'est vraiment l'interdit ultime pour les mecs hétéros »
Les chiffres disent la fréquence. Les témoignages disent le vécu. Rémi, quinquagénaire interrogé par Le Parisien, résume en une phrase ce que les statistiques peinent à capter : « Dire que j'aime que ma compagne me sodomise crée toujours un petit malaise qui m'amuse beaucoup. C'est vraiment l'interdit ultime pour les mecs hétéros. Ils ne savent pourtant pas ce qu'ils ratent ! » Ce témoignage est révélateur à plusieurs niveaux. Le « malaise amusé » signale que Rémi a intériorisé le tabou mais qu'il a choisi de le traverser avec lucidité. L'expression « interdit ultime » pointe exactement vers le nerf psychologique de la pratique. Enfin, l'invitation implicite renvoie à la dimension de plaisir pur qui fait l'objet de la section suivante.
Au-delà des chiffres : une pratique en mouvement
Il est probable que ces pourcentages soient même sous-estimés. Le sexe anal masculin reste chargé de honte pour beaucoup d'hommes, et le biais de désirabilité sociale pousse certains répondants à minimiser leurs pratiques. Les enquêtes ne captent pas non plus les fantasmes non réalisés, qui sont probablement bien plus nombreux que les actes consommés. Ce qui est certain, c'est la direction : chaque nouvelle étude montre une courbe ascendante. Le pegging n'est pas en recul, il accélère.
Le point P et les terminaisons nerveuses de la prostate
L'anatomie est sans appel : la prostate est une glande en forme de noix située sous la vessie, autour de l'urètre. Comme le précise Jean-Claude Piquard, sexologue clinicien cité par Santé Magazine, on n'y accède que par voie anale. Elle se trouve à environ 5 cm à l'intérieur du rectum, sur la paroi antérieure, en direction du nombril. Sa texture rappelle celle d'une noix ou d'une coquille d'huître — ferme mais légèrement donneuse sous le doigt. Et c'est là que la bascule s'opère : cette petite glande interne concentre un réseau de terminaisons nerveuses d'une densité exceptionnelle.
Localiser la prostate : guide anatomique
Pour ceux qui envisagent une exploration, la localisation est précise. Healthline détaille le protocole : en introduisant un doigt lubrifié dans l'anus, à environ deux phalanges de profondeur, on perçoit sur la paroi avant (côté nombril) une légère saillie, une texture différente du reste du rectum qui est plus lisse. C'est la prostate. Florence Giannetto, sexologue citée par Marie Claire, insiste : « Concentrée en terminaisons nerveuses, la prostate reste de fait une zone extrêmement érogène pouvant être la source de plaisirs intenses et d'orgasmes en tout genre. » Pour aller plus loin sur cette exploration, le Massage prostatique et point P : guide complet du plaisir anal masculin offre des détails approfondis.
Presque autant de terminaisons que le clitoris
Alicia Sinclair, sexologue certifiée et fondatrice de b-Vibe, l'affirme dans Men's Health : « La prostate est chargée de terminaisons nerveuses — en fait, elle en a presque autant que le clitoris. » Or tout le monde s'accorde à dire que le clitoris est l'organe le plus innervé du corps humain. Comparer la prostate au clitoris, c'est lui donner le rang de zone érogène majeure, pas secondaire. La prostate est parfois appelée point P ou point G masculin, et sa stimulation peut provoquer une éjaculation sans stimulation de la verge, un phénomène qui surprend beaucoup d'hommes lors de leur première expérience.
Orgasme prostatique vs orgasme pénien
L'orgasme prostatique est qualitativement différent de l'orgasme obtenu par stimulation du pénis. Les hommes qui l'ont expérimenté le décrivent souvent comme plus profond, plus diffus dans tout le bassin, plus prolongé — parfois pendant plusieurs dizaines de secondes. Alicia Sinclair précise que la stimulation prostatique peut aider à maintenir l'érection plus longtemps et décupler l'intensité de l'orgasme. Lola Jean, sexologue éducatrice, va plus loin : « Si vous aimez les orgasmes traditionnels, vous allez encore plus aimer ceux-là ! » Piquard nuance cependant : « L'orgasme par voie prostatique est perçu différemment en fonction des hommes : certains aiment beaucoup, d'autres moyennement, d'autres pas du tout. Il n'y a pas de normalité. »
Pegging et virilité : déconstruire les mythes
L'anatomie justifie le plaisir. Alors pourquoi tant d'hommes hétérosexuels bloquent-ils encore devant l'idée du pegging ? La réponse est entièrement psychologique. Elle tient à un schéma mental profondément enraciné dans notre culture : l'équation entre pénétration, domination et masculinité. Beaucoup d'hommes considèrent le fait d'être pénétré comme une perte de virilité, un signe de soumission, d'infériorité — et d'homosexualité. Sexualités-info-santé.fr rappelle que ces idées prennent racine dans des principes obsolètes où la femme qui se fait pénétrer est inférieure à l'homme qui pénètre.
Pénétrer = dominer, être pénétré = se soumettre
Dans la représentation classique héritée de siècles de patriarcat, l'actif est supérieur, le passif est inférieur. Celui qui pénètre possède, celui qui est pénétré se soumet. Ce schéma est non seulement faux mais terriblement restrictif pour les deux partenaires. Il enferme l'homme dans un rôle exclusivement actif et pénétrant, ce qui coupe court à toute exploration réceptive de son propre corps. Il enferme aussi la femme dans un rôle exclusivement réceptif. Le pegging vient littéralement faire exploser cette logique : si la femme pénètre, la hiérarchie implicite s'effondre. L'acte ne dit plus rien sur qui domine qui. Pour mieux comprendre les ressorts psychologiques de cette fascination, l'article sur Pourquoi le sexe anal fascine-t-il tant ? Les aspects psychologiques expliqués offre un éclairage complémentaire.
Le pegging comme révélateur d'angoisse masculine
Le refus du pegging chez certains hommes hétérosexuels en dit plus sur l'insécurité masculine que sur la sexualité elle-même. Le pegging fonctionne comme un révélateur : il expose la peur du jugement social, la crainte d'être perçu comme « moins homme », l'angoisse de sortir d'un script de genre appris depuis l'enfance. Le Grivois le formule crûment mais justement : « Un homme qui se fait baiser par sa partenaire n'est pas forcément un homo. C'est un rapport avec leur femme. » L'enjeu n'est pas l'orientation sexuelle mais la capacité à lâcher prise sur un rôle stéréotypé. Travis, 44 ans, ouvrier du bâtiment interrogé par Mamamia, le dit avec une brutalité rafraîchissante : « Je ne suis pas petit. Je travaille dans les mines, ça n'a rien à voir avec votre masculinité. Tous les gars devraient le faire. »
Ce que les hommes découvrent après le pas
Et les hommes qui franchissent le pas découvrent presque tous la même chose : leur identité hétérosexuelle survit très bien à l'expérience. Mieux, elle s'en trouve souvent renforcée, car elle repose désormais sur une confiance intime plutôt que sur la conformité à une norme extérieure. Le pegging ne transforme pas l'orientation sexuelle. Il transforme la relation qu'un homme entretient avec sa propre vulnérabilité, et c'est précisément cette transformation que beaucoup décrivent comme libératrice.
Renversement des rôles et dynamique de couple
Une fois le blocage psychologique levé, que se passe-t-il concrètement dans la dynamique du couple ? Le pegging ne se contente pas d'ajouter une position au répertoire. Il modifie la relation elle-même. Javay Frye-Nekrasova, sexologue certifiée citée par Men's Health, l'explique : « Cela permet aux gens d'explorer différentes dynamiques de pouvoir et des renversements de rôles dans le sexe. » L'homme quitte sa position habituelle de celui qui initie, qui conduit, qui « fait » à sa partenaire. Il apprend à recevoir. La femme quitte sa position de réceptrice pour endosser un rôle actif de pénétration.
La femme qui pénètre : un pouvoir inédit
Le versant féminin du pegging est trop souvent ignoré dans les discussions publiques. Pourtant, porter un gode ceinture et pénétrer son partenaire peut représenter une découverte sensorielle et psychologique majeure. L'inversion du « celui qui donne / celui qui reçoit » modifie radicalement la perception qu'elle a de sa propre sexualité. Elle n'est plus dans l'attente ou la réception : elle est dans l'action, le mouvement, la décision. Le Grivois souligne que « baiser un homme avec un gode ne permet pas de ressentir le plaisir pour son sexe, comme si c'était son pénis. Mais c'est un plaisir différent. » Ce plaisir psychologique, visuel et émotionnel peut être considérable, même sans stimulation directe du clitoris.
Vulnérabilité masculine et confiance renforcée
Se mettre en position de réceptivité anale demande une confiance considérable en sa partenaire. L'homme expose une zone de son corps à la fois intime, fragile et chargée de tabous. Hims rapporte que des études associent le pegging à des bénéfices relationnels significatifs, notamment une communication améliorée, la confiance et le plaisir mutuel. Cette vulnérabilité, quand elle est accueillie avec soin, produit un effet bonding puissant. L'homme sait que sa partenaire a vu un côté de lui que personne d'autre ne verra jamais. La partenaire sait qu'elle a été choisie comme dépositaire d'une confiance absolue.

Intimité émotionnelle bien au-delà du lit
Beaucoup de couples rapportent que cette expérience partagée renforce leur intimité émotionnelle bien au-delà du lit. Ce n'est pas simplement une pratique sexuelle supplémentaire, c'est un moment de connexion profonde qui modifie la qualité du dialogue dans le couple. Quand deux partenaires ont traversé ensemble un tel niveau de vulnérabilité, les conversations sur les désirs, les limites, les fantasmes deviennent plus fluides. Le pegging agit comme un amplificateur d'intimité, un accélérateur de confiance qui déborde largement du cadre de la chambre à coucher.
Préparation et sécurité pour un premier pegging
Le pegging est anatomiquement légitime et psychologiquement libérateur. Il n'en reste pas moins une pratique qui exige une préparation sérieuse. L'anus ne produit pas sa propre lubrification, contrairement au vagin. La paroi rectale est plus fine et plus fragile que la paroi vaginale. Ces deux réalités biologiques imposent des règles strictes que personne ne devrait ignorer. Les conseils qui suivent sont compilés à partir des recommandations de WebMD, de Sexualités-info-santé.fr et de Healthline. Pour un guide complet sur la préparation, le Sexe anal : préparation, hygiène et conseils de proctologue est une ressource essentielle.
Commencer par un doigt avant le gode ceinture
L'erreur la plus fréquente est de vouloir passer directement au strap-on. C'est le meilleur moyen de générer une douleur qui condamnera l'expérience avant même qu'elle n'ait commencé. La progression doit être graduelle. Hims recommande une approche en solo d'abord : allongé sur le dos, jambes ouvertes et genoux pliés, respirer profondément, masser la zone anale externe avec des petits mouvements circulaires, puis insérer lentement un doigt lubrifié. L'objectif n'est pas le plaisir immédiat mais l'habituation. Puis, à deux, la partenaire reprend ce même geste avant d'envisager l'introduction d'un petit jouet, puis d'un jouet de taille intermédiaire. Le Guide masturbation anale : sécurité, plaisir et techniques détaille cette approche progressive.
Les erreurs qui gâchent la première expérience
Plusieurs pièges guettent les débutants :
- Négliger le lubrifiant : sans lubrification abondante (à base d'eau ou de silicone selon le matériau du jouet), les micro-déchirures sont quasi inévitables. On en remet autant que nécessaire, sans se poser de question.
- Aller trop vite : l'anus est entouré de deux sphincters — un externe conscient et un interne involontaire. Ce dernier ne se relâche que si la personne est détendue. Forcer provoque une contraction réflexe de défense.
- Choisir un jouet trop gros : un gode de taille standard paraît raisonnable sur une photo mais peut être bien trop imposant pour une première fois. Commencer petit n'est pas un aveu de faiblesse, c'est du bon sens anatomique.
- Ne pas communiquer : le silence pendant une première expérience de pegging est dangereux. Chaque sensation doit pouvoir être verbalisée.
Préparation hygiénique et mot de sécurité
Du côté de l'hygiène, Hims recommande de manger beaucoup de fibres la veille et de bien s'hydrater pour assurer des selles régulières. Un lavement avec une poire à eau tiède quelques heures avant peut rassurer, mais n'est pas obligatoire selon Sexualités-info-santé. Jamais d'eau froide, qui provoque des crampes. On lave la zone externe avec de l'eau tiède et du savon doux, on coupe et lime les ongles soigneusement. Le mot de sécurité est une condition préalable : on choisit un mot qui n'interviendrait jamais naturellement dans le contexte sexuel. S'il est prononcé, tout s'arrête immédiatement. Les check-in permanents (« Tu vas bien ? », « On continue ? ») ne sont pas un frein à l'excitation mais un aphrodisiaque qui témoigne d'un souci de l'autre. Pour aller plus loin, Sodomie et douleur : pourquoi ça fait mal et comment l'éviter vraiment est une lecture recommandée.
Conclusion : le pegging interroge les limites, pas l'orientation
Revenons aux chiffres qui ouvraient cet article : +200 % d'intérêt pour le pegging chez les hommes cisgenres sur Feeld, +56 % de ventes de stimulateurs prostatiques chez les quinquagénaires hétéros. Ces données ne sont ni des anomalies ni des effets d'annonce. Elles sont la conséquence logique de trois facteurs convergents. L'anatomie d'abord : la prostate existe, elle est innervée comme le clitoris, et stimuler cette zone produit des orgasmes que beaucoup d'hommes décrivent comme les plus intenses de leur vie. La psychologie ensuite : le renversement des rôles de genre génère une excitation transgressive et une vulnérabilité qui renforcent l'intimité du couple. La culture enfin : les tabous s'effondrent dans les algorithmes, les témoignages se multiplient, les statistiques de l'Ifop placent la pratique dans une dynamique de croissance continue.
Le pegging ne dit rien sur l'orientation sexuelle d'un homme. Il dit quelque chose sur sa capacité à dépasser les scripts de genre hérités, à explorer son corps avec curiosité plutôt qu'avec peur, à faire confiance à sa partenaire suffisamment pour lui remettre le contrôle d'un acte intime. Ce n'est pas une question de virilité perdue, c'est une question de plaisir gagné. Pour les curieux qui hésitent encore, la première étape n'est pas d'acheter un gode ceinture. C'est d'en parler avec sa partenaire — pas forcément pour essayer, mais pour au moins ouvrir le dialogue. Le plaisir masculin a encore d'innombrables zones inexplorées. La prostate n'en est que la plus évidente.