Les fans de paranormal peuvent se préparer à une nouvelle plongée dans l'étrange et l'inexpliqué. La nouvelle est tombée comme un couperet dans le paysage télévisuel : The X-Files, la série mythique des années 90, revient sur nos écrans. Mais attention, chers lecteurs, arrêtez-vous immédiatement si vous espériez retrouver Fox Mulder et Dana Scully interprétés par David Duchovny et Gillian Anderson. Ce n'est pas un revival, ni une suite – c'est un reboot complet porté par l'un des réalisateurs les plus en vue d'Hollywood : Ryan Coogler. Décryptage d'un projet audacieux qui divise déjà la communauté des fans.

Ryan Coogler aux commandes : le réalisateur de Black Panther réinvente X-Files
Clarifions immédiatement les choses pour éviter toute déception : non, Mulder et Scully ne sont pas de retour. Ce projet n'a rien à voir avec les saisons 10 et 11 sorties en 2016 et 2018, qui avaient ressuscité les personnages originaux pour quelques aventures supplémentaires. Cette fois-ci, c'est un redémarrage total de la franchise, avec de nouveaux personnages, une nouvelle vision, et surtout un nouveau créateur à la manœuvre. Le choix de Ryan Coogler pour porter cette réinvention peut sembler surprenant au premier abord, mais il révèle une ambition claire de la part de Disney et 20th Television.
Ryan Coogler n'est pas n'importe quel réalisateur. L'homme derrière Black Panther et Creed a construit sa réputation sur une capacité remarquable à marier le cinéma de grand spectacle avec des récits intimes et émotionnellement résonnants. Sa filmographie démontre une sensibilité particulière pour les histoires qui transcendent le simple divertissement, qu'il s'agisse du drame bouleversant de Fruitvale Station ou de l'exploration de l'identité culturelle dans Black Panther. Pour The X-Files, c'est exactement ce mélange de genres qui sera nécessaire : la série originale brillait précisément par sa capacité à alterner entre épisodes horrifiques glaçants et mythologie de conspiration mondiale.
La connexion personnelle de Coogler avec la série ajoute une dimension particulièrement touchante à ce projet. Le réalisateur a confié avoir grandi en regardant X-Files avec sa mère, créant un lien affectif profond avec l'œuvre de Chris Carter. Cette relation sentimentale n'est pas anecdotique : elle suggère que Coogler ne s'approche pas de cette réinvention avec l'arrogance de celui qui veut « faire mieux », mais avec l'humilité de l'enfant devenu adulte qui veut honorer un souvenir précieux. Lors d'une récente intervention médiatique, il a d'ailleurs déclaré que sa mère avait lu certains des scripts en développement et avait donné son approbation – un détail qui en dit long sur l'investissement émotionnel du réalisateur dans ce projet.

De Fruitvale Station à X-Files : le parcours de Ryan Coogler
La trajectoire de Ryan Coogler dans l'industrie hollywoodienne est fascinante à plus d'un titre. En 2013, il fracasse les esprits avec Fruitvale Station, premier long-métrage bouleversant qui raconte les dernières heures d'Oscar Grant, jeune homme noir tué par la police dans la baie de San Francisco. Ce film intimiste, réalisé avec un budget minuscule, révèle un cinéaste capable d'une sensibilité rare et d'une maîtrise narrative impressionnante. Michael B. Jordan, déjà présent dans ce film, deviendra l'acteur fétiche de Coogler.
Le succès critique de Fruitvale Station ouvre les portes de franchises prestigieuses. Coogler relève le défi impossible de ressusciter la saga Rocky avec Creed en 2015, réussissant le tour de force de créer une suite spirituelle qui ne trahit pas l'œuvre originale tout en affirmant sa propre identité. Vient ensuite le phénomène Black Panther en 2018, film qui dépasse largement le cadre du simple blockbuster Marvel pour devenir un événement culturel majeur. La suite, Wakanda Forever en 2022, confirme son talent pour insuffler une profondeur émotionnelle inattendue au cinéma de super-héros.
Ce qui unit ces œuvres apparemment disparates, c'est ce que les critiques américains appellent la « cultural specificity » – la capacité de Coogler à ancrer ses histoires dans des réalités culturelles spécifiques sans jamais les enfermer. Ses protagonistes ne sont pas des archétypes universels abstraits, mais des personnages enracinés dans des communautés, des traditions, des histoires familiales. Cette approche s'annonce particulièrement pertinente pour une réinvention de X-Files qui, selon les premières indications, mettra en scène des personnages issus de la diversité américaine contemporaine.
« La vérité est ailleurs » : la promesse de Coogler aux fans
Les déclarations de Ryan Coogler concernant sa vision du reboot ont de quoi rassurer les fans les plus sceptiques. Le réalisateur a promis de créer quelque chose de véritablement mémorable pour les aficionados de la première heure, tout en espérant conquérir de nouveaux publics. Ses mots exacts méritent d'être cités : « Nous allons essayer de faire quelque chose de vraiment génial pour les vrais fans de X-Files et peut-être en trouver de nouveaux. »
Mais c'est une autre phrase qui a véritablement captivé l'attention des observateurs. Coogler a affirmé sans détour que certains épisodes du reboot seraient « vraiment putain d'effrayants ». Cette promesse d'horreur assumée rappelle les meilleurs moments de la série originale, ces épisodes « monstre de la semaine » qui ont traumatisé toute une génération de téléspectateurs. Qui peut oublier l'épisode « Aux frontières du réel » avec sa famille de monstres se déplaçant sur des chariots de supermarché ? Ou « L'Hostilité » et son chant funèbre sifflé par un tueur mutant ? Coogler semble déterminé à retrouver cette veine horrifique qui faisait une grande partie du sel de la série.
La consultation de Vince Gilligan n'est pas qu'une anecdote croustillante : elle révèle le sérieux avec lequel Coogler aborde ce passage du grand écran au petit. Gilligan, qui a fait ses classes sur X-Files avant de créer Breaking Bad et Better Call Saul, incarne l'exemple parfait d'un cinéaste qui a su maîtriser les deux formats. Ses conseils sur l'écriture télévisuelle, la gestion des arcs narratifs sur plusieurs épisodes et l'art du cliffhanger seront probablement précieux pour Coogler, qui a confié avoir soigneusement consigné ces recommandations dans un carnet qu'il consulte régulièrement.

Hulu valide le pilot : ce que ça signifie vraiment
L'annonce a fait les gros titres de la presse spécialisée : Hulu a officiellement commandé un épisode pilote pour ce reboot de X-Files. Ryan Coogler écrira et réalisera lui-même ce premier épisode, marquant ainsi son investissement total dans le projet. Mais il convient de tempérer l'enthousiasme : un pilot order n'est pas une commande de série complète. La route reste encore longue et semée d'embûches avant que les téléspectateurs puissent découvrir cette nouvelle version des affaires non classées.
Le processus de développement télévisuel à l'américaine suit un rituel bien établi que les profanes méconnaissent souvent. Une chaîne ou une plateforme peut commander un pilote – ce premier épisode qui sert de preuve de concept – sans s'engager au-delà. Ce n'est qu'après visionnage de ce pilote que les executives décideront ou non de commander une saison complète. De nombreux projets prometteurs s'arrêtent à cette étape, jugés insuffisamment convaincants ou ne correspondant pas aux attentes commerciales de la plateforme.
L'implication personnelle de Coogler à l'écriture et à la réalisation du pilote est un signal fort. Un réalisateur de son calibre, sollicité par les plus grands studios, aurait pu se contenter d'un rôle de producteur délégué tout en déléguant la réalisation à un autre. Son choix de prendre en charge directement ce premier épisode démontre son attachement au projet et sa volonté d'imprimer sa vision dès les premières images. C'est aussi un pari risqué : si le pilote ne convainc pas, c'est sa réputation qui sera partiellement engagée.
Pilote vs série : comprendre le processus hollywoodien
Le système de développement télévisuel américain peut sembler déroutant pour le public français, plus habitué aux commandes directes de saisons complètes. Aux États-Unis, le pilote fonctionne comme une maquette architecturale : il permet aux décideurs de visualiser le produit fini avant de s'engager dans un investissement majeur. Un épisode pilote coûte souvent plusieurs millions de dollars et sert à tester la chimie entre les acteurs, l'efficacité du concept et la viabilité commerciale du projet.
La production d'un pilote mobilise les mêmes équipes qu'une série complète : casting, décors, costumes, effets spéciaux, post-production. La différence réside dans l'incertitude qui plane sur l'avenir du projet. Les acteurs signent généralement des contrats conditionnels qui ne deviennent effectifs que si la série est commandée. Pour les créateurs, c'est une période d'angoisse particulière, où des mois de travail peuvent aboutir à un rejet définitif.
Dans le cas de ce reboot X-Files, plusieurs facteurs jouent en faveur d'une commande complète. Le nom de Coogler apporte une légitimité artistique indéniable. La franchise X-Files possède une base de fans mondiale et une reconnaissance culturelle que peu de propriétés intellectuelles peuvent revendiquer. Enfin, l'implication d'Onyx Collective, la marque de contenu Disney dédiée aux créateurs de couleur, suggère un engagement stratégique de la part du géant du divertissement.
Disney+/Hulu : où voir le reboot X-Files en France
La question de la diffusion française mérite une explication détaillée sur l'écosystème complexe de Disney. Aux États-Unis, le reboot sera diffusé sur Hulu, la plateforme de streaming que Disney contrôle majoritairement depuis son acquisition de 21st Century Fox en 2019. Hulu occupe une position particulière dans la stratégie Disney : elle accueille le contenu plus adulte, tandis que Disney+ reste associé à l'image familiale de la marque.
Pour les spectateurs français, l'accès au contenu Hulu se fait via le hub Hulu intégré à Disney+. Depuis quelques années, Disney a progressivement déployé cette fonctionnalité en Europe, permettant aux abonnés Disney+ d'accéder à une sélection de programmes Hulu directement depuis leur interface habituelle. C'est par ce biais que le reboot de X-Files devrait être disponible en France, sans nécessité d'abonnement supplémentaire pour les détenteurs d'un compte Disney+.
Ce positionnement stratégique n'est pas anodin : il reflète la volonté de Disney de capitaliser sur les franchises acquises lors du rachat de Fox. X-Files rejoint ainsi une liste impressionnante de propriétés intellectuelles désormais sous le giron de Disney, des Simpson aux films Marvel en passant par les productions Searchlight. L'implication d'Onyx Collective, la structure créée par Disney pour soutenir les créateurs de couleur, confirme l'importance stratégique que le groupe accorde à ce projet.
Danielle Deadwyler : la première révélation du casting
Le premier nom officiellement attaché au projet a été dévoilé récemment : Danielle Deadwyler incarnera l'un des deux agents du FBI protagonistes. Ce choix n'est pas anodin et mérite une attention particulière, tant l'actrice représente une nouvelle génération de talents hollywoodiens portée par des performances intenses et mémorables.
Danielle Deadwyler n'est pas une inconnue pour les amateurs de séries et de cinéma indépendant. Sa carrière a connu une accélération spectaculaire ces dernières années, portée par des choix de rôles audacieux et une capacité à incarner des personnages d'une profondeur émotionnelle saisissante. Son interprétation de Mamie Till-Mobley dans Till (2022) lui a valu des éloges unanimes de la critique et une véritable reconnaissance internationale. Dans ce film bouleversant qui raconte le combat d'une mère pour obtenir justice après le lynchage de son fils Emmett en 1955, Deadwyler livre une performance d'une puissance rare, naviguant entre douleur indicible et détermination farouche.
Le casting de Deadwyler confirme l'orientation « diverse » annoncée par Chris Carter dès les premières rumeurs de reboot. Pour la première fois dans l'histoire de X-Files, le duo principal ne sera pas exclusivement blanc. Cette évolution était inévitable dans le paysage télévisuel contemporain, où la représentation de la diversité américaine est devenue une exigence autant qu'une richesse narrative. Le choix d'une actrice noire pour l'un des rôles principaux s'inscrit également dans la continuité de la filmographie de Coogler, qui a toujours placé les expériences des communautés noires au cœur de son travail.

De Till à Euphoria : le parcours de Danielle Deadwyler
L'ascension de Danielle Deadwyler dans l'industrie du divertissement est le fruit d'un parcours atypique et d'une détermination sans faille. Originaire d'Atlanta, l'actrice a d'abord construit sa réputation sur les scènes théâtrales du sud des États-Unis avant de se tourner vers le cinéma et la télévision. Sa formation d'artiste multidisciplinaire – elle est également poétesse et plasticienne – transparaît dans des interprétations qui refusent les facilités du jeu naturaliste conventionnel.
Avant Till, Deadwyler s'était déjà fait remarquer dans The Harder They Fall (2021), western noir produit par Netflix qui revisite le genre à travers une distribution entièrement noire. Son rôle de Cuffee, personnage inspiré d'une figure historique du Far West, démontrait sa capacité à habiter des personnages aux antipodes les uns des autres. On l'a également vue dans la série acclamée Station Eleven sur HBO, adaptation du roman de Emily St. John Mandel qui explore les survivances culturelles après une pandémie apocalyptique – une coïncidence troublante avec notre actualité récente.
Le futur de Deadwyler s'annonce tout aussi prometteur. Elle rejoindra la distribution de la prochaine saison d'Euphoria, la série événement de HBO, confirmant son statut d'actrice incontournable du paysage sériel américain. Cette accumulation de projets prestigieux en dit long sur la confiance que les studios accordent à son talent. Pour X-Files, elle apportera sans doute cette intensité caractéristique qui a fait sa signature, capable de basculer du calme apparent à l'émotion la plus brute en une fraction de seconde.
La phrase de Chris Carter sur le « diverse cast » prend tout son sens
Revenons sur cette déclaration de Chris Carter en mars 2023 qui, rétrospectivement, apparaît comme une première pierre posée à l'édifice. Interrogé sur la radio canadienne CBC, le créateur de la série originale avait lâché cette phrase énigmatique : « Ryan Coogler va relancer X-Files avec un casting diversifié. » Ces quelques mots, prononcés presque incidemment, contenaient en germe la vision qui se concrétise aujourd'hui.
La notion de « diverse cast » mérite d'être interrogée dans le contexte spécifique de X-Files. La série originale, reflet de son époque, proposait un duo de héros blancs, même si des personnages secondaires comme les adjoints Skinner ou Doggett apportaient une certaine diversité. Le reboot de Coogler semble déterminé à aller plus loin, à refléter une Amérique plurielle où les agents du FBI peuvent avoir des origines variées.
Ce choix s'inscrit dans la logique d'Onyx Collective, la structure de production qui porte le projet. Créée par Disney en 2021, cette entité a pour mission de développer des contenus par et pour les créateurs de couleur, en explorant des récits qui sortent des sentiers battus de la représentation. Son implication dans le reboot de X-Files suggère que la série ne se contentera pas de modifier la couleur de peau de ses protagonistes, mais qu'elle intégrera peut-être des thématiques spécifiques aux expériences des minorités américaines – notamment dans le traitement des conspirations gouvernementales, un sujet qui résonne particulièrement avec l'histoire des communautés noires aux États-Unis.

Jennifer Yale showrunner et l'équipe créative
Derrière chaque grande série se cache une showrunner qui orchestre l'ensemble des opérations. Pour ce reboot de X-Files, c'est Jennifer Yale qui a été choisie pour endosser ce rôle crucial. Son CV dans le domaine du thriller et de l'horreur en fait une candidate idéale pour prendre les rênes créatives d'une série où le surnaturel côtoie le glauque.
Le métier de showrunner reste souvent méconnu du grand public français, habitué à un modèle où les créateurs conservent le contrôle artistique de leurs œuvres. Aux États-Unis, le showrunner est le chef d'orchestre qui supervise l'écriture des scénarios, coordonne les réalisateurs, participe au casting et veille à la cohérence globale de la série sur plusieurs saisons. C'est un rôle hybride, à mi-chemin entre le créateur artistique et le manager de production, qui demande des compétences aussi bien littéraires que managériales.
Jennifer Yale a fait ses armes sur des séries qui partagent des ADN communs avec X-Files. Sa participation à Dexter, la série Showtime mettant en scène un tueur en série qui travaille pour la police scientifique de Miami, lui a permis de maîtriser les codes du thriller psychologique et de l'horreur carnée. Plus récemment, elle a œuvré sur See avec Jason Momoa, série post-apocalyptique pour Apple TV+ qui explore un monde où l'humanité a perdu le sens de la vue – un terrain de jeu narratif où le surnaturel et le primitif se mélangent constamment.
De Dexter à X-Files : le CV genre de Jennifer Yale
L'expérience de Jennifer Yale dans l'univers du thriller et de la série noire constitue un atout précieux pour ce reboot. Sur Dexter, elle a appris à naviguer entre les exigences narratives d'une série qui devait maintenir une tension constante tout en développant des arcs psychologiques complexes. La série, qui suivait un médicolégaliste tueur de serial killers, exigeait un équilibre délicat entre l'empathie pour un protagoniste moralement ambigu et l'horreur de ses actes.
Avec See sur Apple TV+, Yale a exploré un autre registre du fantastique : celui d'un monde régi par des règles différentes, où le surnaturel n'est pas une intrusion de l'étrange mais le cadre même de l'existence. Cette expérience de world-building – la construction d'un univers cohérent avec ses propres lois – sera précieuse pour développer la mythologie du reboot de X-Files, qui devra à la fois honorer l'héritage de la série originale et proposer une vision rafraîchissante de son univers.
Autour de Yale, une équipe de producteurs délégués apporte des expertises complémentaires. Chris Carter, le créateur originel, occupe une position symbolique mais non créative. Ryan Coogler et sa femme Zinzi Coogler, productrice sur plusieurs de ses films, apportent leur vision. Sev Ohanian, collaborateur de longue date de Coogler, complète ce dispositif. Cette configuration suggère une réelle volonté de transmission entre les créateurs de la série originale et la nouvelle génération qui en prend les commandes.
Autumn Durald Arkapaw à l'image
La direction photographique d'une série joue un rôle souvent sous-estimé dans l'expérience du téléspectateur. Pour ce reboot, c'est Autumn Durald Arkapaw qui retrouvera Coogler derrière la caméra. Cette chef opératrice talentueuse a déjà collaboré avec le réalisateur sur plusieurs projets et apporte une esthétique visuelle distinctive qui pourrait définir l'identité visuelle du nouveau X-Files.
Lors du podcast Awards Circuit de Variety, Arkapaw a confirmé avoir déjà discuté du projet avec Coogler, suggérant que les travaux préparatoires sont bien avancés. Son style visuel, caractérisé par des contrastes marqués et une utilisation expressive de la lumière, pourrait s'avérer particulièrement adapté à une série qui navigue constamment entre ombre et lumière, entre rationnel et irrationnel, entre science et croyance.
La collaboration entre un réalisateur et son chef opératrice est un dialogue constant qui façonne l'identité visuelle d'une œuvre. Coogler et Arkapaw ont déjà démontré leur alchimie sur d'autres projets. Pour X-Files, cette entente sera cruciale pour créer ces atmosphères oppressantes qui ont fait le succès de la série originale – ces couloirs mal éclairés, ces sous-sols inquiétants, ces paysages nocturnes où l'inconnu guette à chaque recoin.

Monstres de la semaine ET mythologie globale : la promesse du format hybride
L'une des questions qui taraudait les fans concernait le format narratif du reboot : retrouverait-on cette structure hybride si caractéristique de la série originale, alternant épisodes autoconclusifs et épisodes avançant la mythologie globale ? Ryan Coogler a tranché sans ambiguïté : le reboot respectera cette dualité fondamentale. Ses mots étaient clairs : « Ce ne serait pas X-Files si nous ne faisions pas les deux. Nous avons l'intention d'avoir à la fois les monstres de la semaine et la conspiration globale. »
Cette confirmation est de bon augure pour les puristes. Le format hybride de X-Files était l'une de ses grandes innovations, permettant à la série de satisfaire deux types de publics distincts. Les épisodes « monstre de la semaine » offraient des histoires closes, accessibles aux téléspectateurs occasionnels, souvent ancrées dans l'horreur ou le fantastique pur. Les épisodes de mythologie, eux, développaient la grande conspiration gouvernementale et extraterrestre qui constituait la colonne vertébrale de la série.
La difficulté de ce format réside dans l'équilibre entre les deux types d'épisodes. Trop de mythologie peut repousser les nouveaux venus perdus dans des intrigues complexes. Trop de monstres de la semaine peut frustrer ceux qui s'investissent dans l'arc narratif principal. La série originale a parfois pêché par excès dans un sens ou l'autre, notamment dans ses dernières saisons où la mythologie était devenue si embrouillée que même les fans les plus dévoués avaient du mal à suivre.
Pourquoi le format « monstre de la semaine » est indissociable de X-Files
Les épisodes « monstre de la semaine » constituaient le cœur battant de la série originale. C'est dans ces épisodes autoconclusifs que X-Files pouvait expérimenter le plus librement, explorer des registres variés, de l'horreur pure à la comédie loufoque. Des épisodes comme « Le Musée de l'étrange » ou « Guerre des coprophages » restent dans les mémoires comme des petits joyaux de créativité télévisuelle.
Ce format permettait également aux scénaristes de jouer avec les codes du fantastique et de l'horreur sans les contraintes de continuité narrative. Un épisode pouvait explorer le folklore local d'une région reculée, tester une nouvelle créature, expérimenter un style de réalisation audacieux. Cette liberté créative a produit certains des moments les plus mémorables de la série, ces séquences qui ont hanté les nuits de toute une génération.
Pour le reboot, la promesse de Coogler de livrer des épisodes « vraiment effrayants » s'inscrit dans cette tradition. L'horreur moderne a évolué depuis les années 90, et il sera passionnant de voir comment la nouvelle équipe adaptera ses codes aux sensibilités contemporaines. Les séries d'anthologie comme Black Mirror ou The Haunting of Hill House ont repoussé les limites de ce que la télévision pouvait montrer en termes de frayeur – le nouveau X-Files pourra-t-il rivaliser ?
La logique de la « surprising bond » entre les deux agents
La description officielle du reboot précise que la série suivra « deux agents du FBI hautement décorés mais radicalement différents qui forment un lien surprenant lorsqu'ils sont affectés à une division depuis longtemps fermée, consacrée aux affaires impliquant des phénomènes inexpliqués. » Cette formulation mérite une analyse attentive, car elle contient plusieurs indices sur la dynamique relationnelle au cœur du nouveau récit.
Le terme « lien surprenant » suggère une chimie inattendue entre les deux protagonistes, rappelant la relation Mulder-Scully qui a fait une grande partie du succès de l'originale. Ce qui rendait ce couple si fascinant, c'était précisément son altérité fondamentale : le croyant passionné contre la scientifique sceptique, l'intuitif contre la rationnelle, l'homme de cœur contre l'esprit cartésien. Le reboot devra inventer une nouvelle dynamique tout aussi convaincante.
La mention d'une « division depuis longtemps fermée » indique clairement que les nouveaux agents ne prennent pas la suite directe de Mulder et Scully, mais redécouvrent ce département des affaires non classées comme s'il s'agissait d'un secret oublié. Cette approche permet de faire table rase du passé tout en conservant le concept central de la série : ces enquêtes sur le paranormal que personne d'autre ne veut toucher.
Mulder et Scully officiellement absents : Gillian Anderson et David Duchovny ne participent pas
La question brûlait toutes les lèvres depuis l'annonce du projet : verrions-nous apparaître les icônes originales, fût-ce en caméos symboliques ? La réponse est maintenant claire et sans appel : David Duchovny et Gillian Anderson ne sont pas impliqués dans ce reboot. Chris Carter lui-même a confirmé son rôle limité à celui de producteur délégué « cheerleader », sans influence créative directe.
Cette absence n'est pas surprenante si l'on comprend la nature du projet. Un reboot, par définition, repart de zéro. Inclure les acteurs originaux créerait une confusion narrative et diluerait l'identité propre que Coogler cherche à bâtir. Les fans qui espéraient un dernier tour de piste avec leurs héros favoris devront se consoler avec les saisons 10 et 11 du revival, ou plus simplement, avec les neuf saisons originales qui restent disponibles en streaming.
Il faut également comprendre la position des acteurs concernés. Gillian Anderson a maintes fois exprimé son épuisement avec le personnage de Scully après les saisons de revival, déclarant qu'elle ne souhaitait plus endosser ce rôle. David Duchovny, de son côté, a poursuivi sa carrière dans d'autres directions. Pour aucun des deux, revenir dans une série où ils ne seraient que des figurants de passage n'aurait de sens artistique.

Chris Carter : « Ils n'ont pas besoin de ma bénédiction »
Les propos de Chris Carter en février 2024 ont définitivement enterré les espoirs d'une implication créative du créateur original. Interrogé sur son rôle dans le reboot, Carter a déclaré sans ambages : « Ils n'ont pas besoin de ma bénédiction. 20th Century Fox et Disney possèdent la série. » Cette franchise lucide rappelle que X-Files, comme toute propriété intellectuelle majeure, appartient à des entités corporatives qui en décident le destin.
Carter a précisé qu'il occuperait un rôle de « cheerleader » – ce qui, traduit du jargon hollywoodien, signifie essentiellement un poste symbolique avec une rémunération attachée mais peu d'influence réelle. Cette mise à l'écart peut sembler brutale pour le créateur d'une œuvre aussi emblématique, mais elle est logique dans la perspective d'un reboot qui doit s'affranchir de son héritage pour exister par lui-même.
Pour les fans inquiets, cette distance n'est pas nécessairement mauvaise nouvelle. Les derniers projets impliquant directement Carter – les saisons 10 et 11 du revival – ont reçu un accueil critique mitigé, certains reprochant au créateur de ressasser les mêmes thèmes sans parvenir à renouveler sa vision. Un regard neuf, libéré des contraintes de continuité avec l'œuvre précédente, pourrait au contraire insuffler une énergie nouvelle à la franchise.
Gillian Anderson : « Si quelqu'un doit le faire, c'est toi »
Gillian Anderson a néanmoins laissé une porte entrouverte, même si elle semble plus symbolique que réelle. Ses propos sur Coogler révèlent une bienveillance certaine : « Si quelqu'un devait le faire, je pense que tu es la bonne personne. Bonne chance, appelle-moi. » Cette dernière phrase – « call me » – a fait couler beaucoup d'encre, certains y voyant l'espoir d'une apparition cameo.
La prudence s'impose cependant. Anderson a répété à de multiples reprises qu'elle avait tourné la page de Scully. Dans une interview au TODAY show en avril 2024, elle a concédé avec ironie : « Peut-être que je le ferai pour toujours », tout en maintenant qu'elle ne souhaitait pas revenir dans la série de manière régulière. Son ouverture à un éventuel cameo ne signifie pas engagement réel, et aucune négociation en ce sens n'a été annoncée.
Pour les fans de The X-Files, il faudra se résoudre à l'évidence : ce reboot appartient à une nouvelle génération. L'absence de Mulder et Scully est le prix à payer pour une réinvention sincère, qui ne s'appuiera pas sur la nostalgie mais sur de nouvelles idées, de nouveaux personnages, de nouvelles peurs.

Trente ans d'X-Files : l'héritage que le reboot doit honorer
Pour mesurer l'enjeu de ce reboot, il faut revenir sur l'importance culturelle de X-Files dans le paysage télévisuel mondial. La série originale, diffusée de 1993 à 2002 sur la chaîne Fox, a révolutionné la science-fiction télévisée et établi des codes qui influencent encore la production contemporaine. Neuf saisons, plus de 200 épisodes, deux films au cinéma, et une omniprésence dans l'imaginaire collectif qui ne s'est jamais démentie.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : à son pic de popularité, X-Files rassemblait plus de 27 millions de téléspectateurs américains chaque semaine. Un score absolument colossal qui témoigne de l'emprise de la série sur le public de l'époque. Les dimanches soir, des millions de familles se réunissaient devant le petit écran pour partager frissons et interrogations métaphysiques. La phrase « The truth is out there » est devenue un mème avant l'heure, un mantra pour toute une génération en quête de sens.
La série a également lancé des carrières. David Duchovny et Gillian Anderson sont devenus des stars internationales. Des scénaristes comme Vince Gilligan ou Frank Spotnitz ont fait leurs classes avant de créer leurs propres œuvres majeures. La réalisation de nombreux épisodes a révélé des talents comme Kim Manners ou Michelle MacLaren, dont l'influence perdure dans le paysage télévisuel actuel.
De Kolchak à X-Files : une généalogie du paranormal
Toute œuvre s'inscrit dans une généalogie, et X-Files ne fait pas exception. Chris Carter a toujours reconnu sa dette envers Kolchak: The Night Stalker, une série des années 70 mettant en scène un journaliste d'investigation confronté à des phénomènes surnaturels. Darren McGavin incarnait ce reporter à l'ancienne, en costume seersucker bleu, qui traquait vampires et sorcières pour un journal qui refusait de publier ses enquêtes les plus incroyables.
Ce que Carter a apporté au genre, c'est une sophistication narrative inédite pour l'époque. Là où Kolchak restait cantonné dans une structure d'anthologie, X-Files développait une mythologie continue, des personnages qui évoluaient, une mythologie gouvernementale qui faisait écho aux paranoïas post-Watergate. Le mélange d'horreur, d'humour et de conspiration politique créait un cocktail addictif que les téléspectateurs ne pouvaient quitter.
L'influence de la série sur la production télévisuelle ultérieure est incommensurable. Sans X-Files, pas de Lost avec ses mystères imbriqués, pas de Fringe avec son tandem scientifique confronté à l'impossible, pas de Stranger Things avec ses secrets gouvernementaux et ses créatures d'un autre monde. La série a inventé le concept de « mytharc » – cet arc mythologique qui court sur plusieurs saisons – et a démontré que la télévision de genre pouvait être prise au sérieux par la critique comme par le public.
Où revoir X-Files en France en attendant le reboot
Pour les lecteurs qui souhaiteraient (re)découvrir la série originale avant l'arrivée du reboot, plusieurs options s'offrent à eux en France. Disney+ constitue le choix le plus naturel, puisque la plateforme héberge l'intégralité des 11 saisons de la série, des épisodes originaux aux revivals récents. L'abonnement donnera également accès au reboot dès sa diffusion.
D'autres plateformes proposent également la série : Amazon Prime Video, Canal+, Apple TV, et même M6+ qui la propose gratuitement avec publicité. Cette multiplicité d'offres témoigne de la popularité persistante de X-Files, trente ans après sa création. Pour les nouveaux spectateurs qui découvriraient la franchise via le reboot, l'intégrale originale attend sagement, prête à révéler ses trésors de créativité et ses moments d'anthologie.
La recommandation aux novices serait de commencer par les premiers épisodes de la saison 1, malgré leur vieillissement technique évident. Le pilote « On ne croit que ce qu'on voit » pose toutes les bases de la série : la rencontre entre Mulder et Scully, leur premier affrontement avec l'inexpliqué, l'établissement de cette dynamique de croyance et de scepticisme qui portera l'œuvre pendant des années. Il y a quelque chose de magique à voir naître sous ses yeux une légende télévisuelle.
Conclusion : un reboot audacieux qui doit encore faire ses preuves
Au terme de cette analyse exhaustive, le bilan reste ouvert mais riche de promesses. Ce reboot de X-Files par Ryan Coogler rassemble des atouts indéniables qui méritent d'être pesés avec attention avant de se prononcer. Les raisons d'espérer sont nombreuses et solides, même si les inquiétudes demeurent légitimes.
Les raisons d'espérer
Le nom de Ryan Coogler constitue sans doute le meilleur gage de qualité. Rares sont les réalisateurs de son calibre qui acceptent de s'investir personnellement dans une série télévisée, et son choix d'écrire et réaliser lui-même le pilote démontre un engagement qui dépasse le simple intérêt financier. Sa filmographie prouve qu'il sait honorer des héritages tout en affirmant sa propre vision – Creed a ressuscité Rocky sans le trahir, Black Panther a transcendé le genre de super-héros. L'homme n'a jamais signé de projet médiocre, et son attachement personnel à X-Files, nourri par les soirées télévisées avec sa mère, suggère une motivation sincère.
L'équipe créative entourant Coogler inspire également confiance. Jennifer Yale apporte une expertise du thriller et de l'horreur parfaitement adaptée au matériel. Le choix de Danielle Deadwyler pour l'un des rôles principaux annonce des performances de haute volée – l'actrice a prouvé maintes fois sa capacité à incarner des personnages d'une profondeur émotionnelle saisissante. L'implication d'Onyx Collective garantit une approche réfléchie de la diversité, loin du simple tokenisme, avec des thématiques qui pourraient résonner de manière particulièrement pertinente avec notre époque.
Les raisons de craindre
Les inquiétudes restent néanmoins fondées. La commande d'un simple pilote et non d'une saison complète maintient le projet dans un flou artistique précaire. De nombreuses séries prometteuses s'arrêtent à ce stade, et rien ne garantit que Hulu validera la suite. L'absence des acteurs originaux, bien que logique pour un reboot, privera inévitablement les fans d'un lien affectif qui perdure depuis trois décennies.
Le risque de décevoir les puristes est réel. Toute réinvention d'une œuvre culte marche sur des œufs, et les attentes des fans de X-Files sont particulièrement élevées. Si le ton, l'atmosphère ou la chimie entre les nouveaux agents ne convainquent pas, le reboot sera jugé sévèrement, indépendamment de ses qualités intrinsèques.
Le verdict final : une confiance mesurée
En l'état actuel des informations, ce reboot mérite un optimisme prudent. Les ingrédients sont réunis pour une réussite : un créateur passionné et talentueux, une équipe solide, une volonté affichée d'honorer l'esprit de l'originale tout en proposant une vision fraîche. Les incertitudes – statut de simple pilote, absence de date de diffusion, réaction imprévisible des fans – ne doivent pas occulter ce potentiel.
Si la série est commandée après le pilote, une diffusion en 2026-2027 semble réaliste, le temps de produire une saison complète dans les règles de l'art. D'ici là, aux sceptiques comme aux enthousiastes, une seule recommandation : restez ouverts. La vérité, après tout, est souvent ailleurs que dans nos préjugés. Les agents Mulder et Scully ont transmis le flambeau, même sans apparaître à l'écran. À une nouvelle génération d'agents maintenant d'ouvrir ces dossiers poussiéreux, d'allumer les lampes torches, et de chercher la vérité dans l'obscurité.