Promotional poster for Wonder Man series featuring Yahya Abdul-Mateen II and Ben Kingsley
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Wonder Man sur Disney+ : notre critique complète

L'univers cinématographique Marvel ne cesse de s'étendre, et avec la Phase Six, la Maison des Idées prend un virage résolument plus intimiste avec la bannière "Marvel Spotlight". Au cœur de cette nouvelle stratégie, *Wonder Man* débarque sur notre...

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L’univers cinématographique Marvel ne cesse de s’étendre, et avec la Phase Six, la Maison des Idées prend un virage résolument plus intimiste avec la bannière “Marvel Spotlight”. Au cœur de cette nouvelle stratégie, Wonder Man débarque sur notre petit écran, portée par un Yahya Abdul-Mateen II au charisme explosif. Cette série n’est pas simplement une nouvelle aventure superheroïque, c’est une comédie dramatique satirique qui déconstruit avec brio les codes d’Hollywood et de la célébrité. Entre hommage au monde du spectacle et récit initiatique, ce programme de huit episodes parvient à se distinguer nettement de ses prédécesseurs. Plongeon sans retenue dans les coulisses de la production du siècle et dans l’esprit tourmenté de Simon Williams.

L’arrivée d’un nouveau venu dans l’univers étendu

Depuis des années, les fans attendaient l’adaptation de Simon Williams, alias Wonder Man, un personnage complexe et ambigu des comics. Avec cette série, Marvel Studios choisit une approche radicalement différente de ses débuts télévisuels : l’ambiance est ici résolument “grounded”, ancrée dans une réalité presque crue, celle de la jungle des studios de Los Angeles. On est loin des batailles spatiales apocalyptiques, et c’est ce qui rend la proposition aussi rafraîchissante. Le personnage arrive à point nommé pour diversifier un MCU qui avait parfois besoin de souffler un peu plus en dehors des affrontements titaniques.

Qui est Simon Williams ?

Pour ceux qui ne connaîtraient pas les bandes dessinées, Simon Williams est un personnage fascinant. Né dans une riche famille, il a souvent oscillé entre le statut de méchant récurrent et celui de héros racheté. La série s’empare de cette dualité pour en faire le moteur narratif principal. Ici, il n’est pas encore un super-vilain ou un justicier confirmé, mais un acteur en mal de reconnaissance. Cette transposition du conflit intérieur du personnage vers le monde du spectacle est une trouvaille géniale de scénario. Elle permet d’explorer ses failles, son ego démesuré et sa quête de validation sans avoir recours à des effets visuels envahissants.

Une intégration inédite

Ce qui marque immédiatement le spectateur, c’est la manière dont la série s’intègre au MCU sans en avoir l’air air. Les références aux Avengers ou aux événements passés sont là, mais elles servent la toile de fond plutôt que l’intrigue principale. On entend parler de la bataille de New York comme on parlerait d’un vieil événement historique ou, plus ironiquement, d’un vieux film dont tout le monde connaît la twist. Cette approche “slice of life” dans un monde de super-héros donne une crédibilité immédiate à l’histoire de Simon. On comprend que pour un acteur lambda, le fait de côtoyer des dieux ou des génies en armure peut être à la fois terrifiant et frustrant professionnellement.

Le duo explosif Abdul-Mateen II et Kingsley

Promotional poster for Wonder Man series featuring Yahya Abdul-Mateen II and Ben Kingsley

La force vitale de la série repose incontestablement sur les épaules de ses deux acteurs principaux. Leur alchimie, à la fois drôle, touchante et parfois électrique, propulse chaque épisode au-dessus du moule habituel des séries de super-héros. C’est un jeu de miroirs constant entre deux générations d’acteurs qui, paradoxalement, cherchent la même chose : une seconde chance.

Une rencontre improbable

Le scénario orchestre la rencontre entre Simon Williams et Trevor Slattery avec une maestria qui rappelle les grandes comédies buddies des années 80. Trevor Slattery, interprété par un inénarrable Ben Kingsley, est une figure tragique du MCU. Ancien imposteur se faisant passer pour le Mandarin, il est ici un acteur déchu dont la gloire s’est effacée. Lorsqu’il croise la route de Simon, jeune acteur ambitieux mais dont la carrière stagne, l’étincelle se produit immédiatement. Leur relation part de la méfiance pour évoluer vers une amitié fraternelle, construite sur leurs échecs respectifs et leur amour commun pour le jeu d’acteur. C’est ce duo improbable qui donne à Wonder Man son cœur palpitant.

La chimie à l’écran

Yahya Abdul-Mateen II livre une performance titanesque. On avait déjà vu son potentiel dans Aquaman ou Matrix Resurrections, mais ici, il déploie une palette émotionnelle plus large. Il oscille entre la comédie physique, le drame existentiel et une énergie brute qui captive. En face, Ben Kingsley ne joue pas de la figuration. Il reprendre son rôle avec une mélancolie désopilante, servant de mentor involontaire à Simon. Chaque scène partagée est un petit bijou de rythme et de dialogues ciselés. On rit de leurs maladresses, mais on compatit aussi à leur solitude face à une industrie impitoyable qui les a rejetés.

Une satire cinglante d’Hollywood

Au-delà de l’aspect super-héroïque, Wonder Man se pose comme une critique acérée de l’industrie du divertissement. La série n’épargne personne : producteurs sans scrupules, réalisateurs egocentriques, stars capricieuses, tout y passe. Cette dimension donne une profondeur inattendue au propos, transformant la série en une fable moderne sur l’art et la manière.

Le cinéma dans le cinéma

L’intrigue centrale tourne autour du tournage d’un remake du film Wonder Man par le légendaire et excentrique réalisateur Von Kovak. Ce dispositif permet aux scénaristes de multiplier les niveaux de lecture. On suit Simon qui tente de décrocher le rôle de sa vie dans un film sur un super-héros, alors qu’il est lui-même en train de devenir (potentiellement) ce super-héros dans la réalité. Cette mise en abyme est extrêmement ludique. On assiste aux castings absurdes, aux lectures de scripts qui n’ont aucun sens, et aux compromis moraux que les acteurs doivent parfois accepter pour rester dans le jeu. C’est un regard acerbe sur la mécanique hollywoodienne, dépeinte comme une machine à broyer les rêves pour en faire des produits formatés.

Les dérives de l’industrie

La série ne se contente pas de montrer les coulisses, elle s’attaque aux thèmes brûlants comme la cancel culture, l’importance de l’image sur les réseaux sociaux et la course à la rentabilité. Le personnage de Simon est constamment tiraillé entre son désir artistique et les exigences commerciales des studios. Von Kovak, le réalisateur, incarne cette folie des grandeurs artistique qui peut parfois tomber dans le ridicule. À travers ces figures, la série pose des questions pertinentes sur ce que signifie être une “star” aujourd’hui : est-ce le talent qui compte, ou la capacité à générer du buzz ? Wonder Man réussit le tour de force d’être à la fois une critique du système Marvel tout en étant produit par ce même système, avec une dose d’auto-dérision absolument délicieuse.

La patte de Destin Daniel Cretton

Après avoir prouvé sa maîtrise de l’action et de l’émotion avec Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, le réalisateur et co-créateur Destin Daniel Cretton apporte une sensibilité unique à ce projet. Il ne cherche pas à reproduire ce qui a été fait ailleurs, mais impose sa vision, faisant de cette série un objet hybride et singulier.

Il ne cherche pas à reproduire ce qui a été fait ailleurs, mais impose sa vision, faisant de cette série un objet hybride et singulier. On sent chez Cretton une volonté de déconstruire le mythe du super-héros pour mieux reconstruire l’humain qui se cache derrière le masque. Sa réalisation, souvent contemplative, tranche avec le rythme effréné habituel des productions Marvel. Il n’hésite pas à laisser du temps à l’image, à utiliser des plans-séquences immersifs lors des répétitions de théâtre ou des castings, nous plongeant dans l’intimité crue des personnages. Cette approche presque “indie” rappelle The Wrestler ou Birdman, où la caméra colle à la peau des protagonistes pour capturer chaque micro-expression, chaque hésitation. Cretton utilise la verticalité des plateaux de tournage pour étouffer Simon, lui donnant l’impression d’être un rat de laboratoire observé, tandis que les scènes d’action, bien que rares, sont filmées avec une fluidité acrobatique qui contraste violemment avec la rigidité du monde du spectacle.

Une mise en scène en miroir

L’un des plus grands défis de la série était de faire cohabiter deux réalités : celle du tournage du film Wonder Man dans l’univers de l’histoire, et celle de la “vraie” vie de Simon. Destin Daniel Cretton et son directeur de la photographie réussissent le tour de force de distinguer visuellement ces deux mondes sans tomber dans les clichés faciles. Les scènes du “film dans le film” sont baignées d’une lumière dorée, nostalgique, évoquant le prestige du Hollywood classique, avec des costumes chatoyants qui rendent hommage à la tenue iconique de Wonder Man dans les comics (ce fameux mélange rouge et vert qui, contre toute attente, fonctionne à merveille sur l’écran). En revanche, dès que Simon quitte le plateau, la palette se refroidit, devient terne et bleutée, soulignant son sentiment d’isolement et de décalage. Ce jeu de miroir visuel renforce le sentiment de schizophrénie du personnage, tiraillé entre sa volonté d’être une star et sa réalité de faire-valoir.

La musique, personnage à part entière

Si l’image est essentielle, la bande originale de Wonder Man joue un rôle tout aussi crucial dans l’immersion. Composée par une sommité qui a su mêler les orchestres symphoniques traditionnels du MCU à des sonorités plus synthétiques et urbaines, la musique ne sert pas seulement d’accompagnement, elle commente l’action.

Le thème du “Trompe-l’œil”

Le leitmotiv de Simon est une partition complexe qui commence par une mélodie optimiste, presque enfantine, reflétant son désir innocent de plaire, mais qui se déroule progressivement en dissonances chromatiques à mesure que son frustration grandit. À l’inverse, chaque fois que Trevor Slattery apparaît, la musique adopte une tonalité plus british, mélancolique et jazzy, rappelant les grands classiques du drame britannique des années 60, ce qui ancre le personnage dans une certaine forme de noblesse perdue.

⚠️ ATTENTION SPOILERS IMPORTANTS ⚠️
L’un des moments musicaux les plus forts de la série survient lors du dénouement de l’épisode 6. Lorsque Simon, ivre de rage et d’alcool, saccage son propre trailer après avoir perdu un rôle crucial, la musique s’arrête brusquement. Il ne reste que le son de sa respiration lourde et des bruits de verre brisé. Ce silence est plus assourdissant que n’importe quel orchestre symphonique. C’est une leçon de réalisation : le vide sonore reflète le vide intérieur du héros. À l’opposé, la scène finale de la saison où Simon utilise pour la première fois ses pouvoirs ioniques de manière consciente est accompagnée d’une montée en puissance orchestrale absolument épique, mêlant des chœurs grégoriens à des synthétiseurs modernes, signifiant la naissance véritable de Wonder Man, non plus comme un acteur, mais comme une force de la nature.

FIN DES SPOILERS

Une mine d’or de références et d’Easter Eggs

Simon Williams and Trevor Slattery on a movie set in Wonder Man

Étant donné le thème de la série, il était logique que Wonder Man regorge de clins d’œil, mais ce qui est bluffant, c’est la profondeur de ces références. Julien, en tant que fan de longue date des comics, s’est régalé à les débusquer à chaque coin de rue.

L’héritage des West Coast Avengers

La série ne nous épargne pas les références à l’équipe des West Coast Avengers. Dans le bureau du producteur obsédé, on aperçoit une maquette du Compound des Avengers sur la côte Ouest, ce qui laisse présager que Simon pourrait un jour en être le fondateur, tout comme dans les comics. De plus, le nom de l’agence qui gère la carrière de Trevor est “Williams Enterprises”, une référence directe à l’empire industriel de la famille Williams dans les bandes dessinées.

Le clin d’œil tragique à Civil War

Il y a une scène particulièrement poignante où Simon regarde une vieille interview de Tony Stark (Iron Man) datant de l’époque de Civil War. Simon fixe l’écran avec une haine viscrale, murmurant : “Tu as tout ruiné”. Ce moment fait non seulement écho à l’impact des événements du MCU sur la vie des civils, mais il rappelle aux connaisseurs que Simon Williams a souvent été un antagoniste des Avengers, manipulé par d’autres, avant de devenir un héros. Cette relation amour/haine avec Tony Stark est un élément clé de la psychologie du personnage dans les comics, et voir cette graine plantée ici fait froid dans le dos tant elle est bien intégrée naturellement dans le dialogue.

Trevor Slattery et le “Mandarin”

Impossible de parler de Trevor sans mentionner les Easter Eggs liés à son passé. Dans son appartement encombré, on peut voir un exemplaire du livre The Mandarin posé sur une table de chevet, un souvenir amer de ses années d’emprisonnement forcé par le vrai Mandarin, Xu Wenwu. De plus, lors d’une discussion sur la “méthode” de jeu d’acteur, Trevor cite une phrase de son ancien ravisseur (“Le jeu ne suffit pas, il faut croire”), ce qui montre que bien qu’il soit physiquement libre, il reste psychologiquement marqué par cette expérience. C’est un petit détail qui ajoute une couche de tragédie supplémentaire à ce personnage que l’on pensait uniquement comique.

L’exploration de la relation fraternelle

Bien que la série se concentre sur la carrière et l’ego de Simon, elle ne néglige pas pour autant la dynamique familiale, pierre angulaire de l’histoire du personnage dans les comics.

⚠️ ATTENTION SPOILERS ⚠️
L’introduction d’Eric Williams, alias le “Grim Reaper” (le Faucheur), est gérée avec une subtilité absolue. Il n’est pas présent physiquement sous sa forme costumée avant la fin de la saison, mais sa présence plane sur l’ensemble de la narration comme une menace constante. Eric apparaît dans des flashbacks sous les traits d’un frère dominateur, un caïd de la finance qui méprise la carrière d’acteur de Simon.

Le lien entre Simon et Eric est dépeint comme toxique mais inextricable.

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cine-addict
Julien Cabot @cine-addict

Je regarde des films comme d'autres font du sport : intensément et quotidiennement. Toulousain de 28 ans, je travaille dans un cinéma d'art et essai la semaine, ce qui me permet de voir gratuitement à peu près tout ce qui sort. Mon appartement est tapissé d'affiches et mon disque dur externe contient 4 To de films classés par réalisateur. J'ai un superpouvoir agaçant : reconnaître n'importe quel film en moins de trois plans. Mon compte Letterboxd est une œuvre d'art en soi, avec des critiques de 2000 mots sur des nanars des années 80.

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