Couverture du comic book "The Umbrella Academy" n°1 publié par Dark Horse Comics : le groupe de super-héros au premier plan, une grande silhouette féminine coiffée d'une coiffe d'infirmière se dressant derrière eux dans un décor rocheux et sombre.
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"The Umbrella Academy" : pourquoi la fin inventée de la saison 4 divise encore

La fin de la saison 4 de The Umbrella Academy, mise en ligne le 8 août 2024, divise encore parce que la série a dû l'inventer : le comic ne comptait alors que trois tomes canoniques. Les Hargreeves choisissent de disparaître avec leur Marigold pour laisser une seule chronologie, un sacrifice que certains lisent comme nécessaire et d'autres comme l'effacement des arcs construits sur quatre saisons.

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Le 8 août 2024, Netflix mettait en ligne les six derniers épisodes de The Umbrella Academy. Deux ans plus tard, le sujet n'a pas vraiment changé : la conversation ne porte pas tant sur la série que sur son dernier plan. Une famille dysfonctionnelle de super-héros qui choisit de cesser d'exister pour que le monde arrête de finir - l'idée avait de la gueule. Cette fin a aussi mis une partie du public en colère, et cette colère ne s'est pas dissipée. Ce n'est pas un accident de réception : c'est la conséquence directe du fait que la série a dû inventer sa propre fin.

Affiche de la série Netflix "The Umbrella Academy" : six personnages de la famille Hargreeves rassemblés sous la silhouette d'une grande ombrelle noire portant le titre de la série, avec slogan et date de sortie.
Affiche de la série Netflix "The Umbrella Academy" : six personnages de la famille Hargreeves rassemblés sous la silhouette d'une grande ombrelle noire portant le titre de la série, avec slogan et date de sortie. - (source)

Ce que le final raconte, très concrètement

Rappel des faits, parce que la controverse se joue sur des détails. Dans cette quatrième saison, les Hargreeves ont perdu leurs pouvoirs et vivent des vies ordinaires, jusqu'à ce que la Marigold - la substance qui leur a donné leurs capacités - leur soit réinjectée. En face, une secte de conspirationnistes, les Keepers, menée par Gene et Jean (Nick Offerman et Megan Mullally), attend "le Cleanse", un nettoyage censé restaurer la seule chronologie légitime. Le mystère de la mort de Ben - "incident Jennifer" - remonte à la surface : Reginald avait abattu Ben et Jennifer, puis effacé le souvenir de ses enfants.

La révélation finale est cosmologique. Abigail, l'épouse de Reginald, a créé la Marigold ; son contraire, le Durango, a été injecté à Jennifer. Quand Ben et Jennifer fusionnent, ils deviennent le Cleanse, une chose qui absorbe tout. Et Five, coincé dans un métro temporel, rencontre ses doubles dans un delicatessen : il ne devrait exister qu'une seule chronologie, le monde a déjà été "sauvé" cent quarante mille fois, et la naissance des Hargreeves est à l'origine de la fracture. La seule sortie possible : que les enfants Hargreeves se laissent absorber avec leur Marigold. Ils cessent d'exister, une seule réalité subsiste, sans apocalypse. Lila sauve sa famille et Claire, puis rejoint les autres. Klaus lâche sa dernière réplique - "I love you guys, but you're all assholes" - et la voix off finale referme la boucle ouverte au pilote en 2019 : le douzième jour du huitième mois de 2024, absolument rien d'inhabituel ne s'est produit.

C'est net, c'est cohérent avec la logique interne de la série, et c'est exactement ce qui pose problème.

Deux lectures que rien ne réconciliera

Première lecture, défendable : le sacrifice est la seule fin que la série pouvait s'autoriser. Depuis 2019, The Umbrella Academy tourne autour d'un même moteur - une famille provoque l'apocalypse, puis se démène pour l'empêcher. Une série cyclique ne peut se conclure qu'en cassant le cycle. Les personnages renoncent à eux-mêmes pour offrir aux autres un monde banal, et la dernière image du monde sans eux est plus émouvante que n'importe quel combat final.

Seconde lecture, tout aussi défendable, et c'est celle qui a dominé les réseaux : en effaçant les personnages, le final efface aussi leurs arcs. Les réconciliations, les deuils, les rédemptions de quatre saisons n'ont plus eu lieu, puisque leurs protagonistes n'ont jamais existé. Et il y a plus gênant, que la série n'affronte jamais frontalement : ces héros sont des enfants abusés, élevés comme un projet scientifique par un père qui les traitait en instruments. Le récit leur explique que leur existence est l'anomalie cosmique, et que la paix du monde exige qu'ils disparaissent. Lire cela comme un sacrifice héroïque ou comme le message qu'un survivant doit s'effacer pour que l'ordre revienne change tout. La série ne tranche pas. C'est peut-être sa vraie faute : elle a laissé le spectateur faire le travail à sa place, sur un sujet qui ne s'y prêtait pas.

Les chiffres, et ce qu'ils ne mesurent pas

La critique professionnelle a sanctionné la saison sans la massacrer. Sur Rotten Tomatoes, 56 % d'avis favorables sur 34 critiques, avec le consensus suivant : la saison "gâche un peu la fête" tout en offrant de jolis moments de grâce. Metacritic affiche 59 sur 100 pour onze critiques. IGN donne 7 sur 10, en jugeant la saison "précipitée" mais en créditant un mérite réel : pas d'épisodes de remplissage, contrairement aux saisons précédentes.

La critique française est plus dure dans la formulation - "un goût d'inachevé" chez Arrête ton cinéma, six ultimes épisodes "gentiment bâclés" pour Écran Large, une "dernière virée décevante" pour Les Numériques. Le point commun de tous ces avis, y compris des plus indulgents, tient en un mot : le rythme.

Les scores du public, eux, ne permettent aucune affirmation précise. Selon les relevés disponibles, la note des spectateurs de cette saison oscillerait entre 17 % et 28 %, avec des écarts qui tiennent surtout à des relevés effectués à des dates différentes et à des méthodologies floues. On peut retenir la tendance, documentée : la série, qui enchaînait jusque-là les avis critiques positifs, a vu cette dynamique s'interrompre avec cette saison. Le reste - les pourcentages exacts - relève du bruit.

Des membres du casting de la série "Umbrella Academy" posent debout face à la caméra dans un entrepôt encombré, dont un homme en costume noir au premier plan et plusieurs acteurs en vestes et manteaux
Des membres du casting de la série "Umbrella Academy" posent debout face à la caméra dans un entrepôt encombré, dont un homme en costume noir au premier plan et plusieurs acteurs en vestes et manteaux - (source)

Ce qui circule à propos de cette saison tient d'ailleurs souvent de la boutade plus que de la mesure. Sur les réseaux, une formule revient comme un refrain : "tellement triste que The Umbrella Academy ait été annulée après la saison 3". Le déni est une manière de refuser la canonisation d'un final qu'on n'accepte pas. Certains vont plus loin et comparent la déception à celle des lecteurs de Game of Thrones face aux dernières saisons - "une course vers une fin qu'elle ne se donne pas la peine de mériter", écrivait l'un d'eux le jour de la sortie. Ce sont des réactions individuelles, pas un vote : elles disent l'état d'esprit d'une partie du public, elles ne le mesurent pas.

Six épisodes au lieu de dix

Il faut remettre le contexte de production dans l'équation, parce qu'il explique une bonne part de la déception. Les trois premières saisons comptaient dix épisodes chacune ; la quatrième en compte six, la plus courte de la série. La série a été officiellement reconduite en août 2022 pour une quatrième et dernière saison, avec un nombre d'épisodes réduit. Aucune déclaration publique n'établit qu'un format plus long ait été demandé puis refusé : la réduction est documentée, sa raison ne l'est pas.

Reste une hypothèse assez lisible : six épisodes, c'est moins cher, plus dense, plus facile à boucler pour une plateforme qui préfère une fin nette à une série qui s'éteint. Sauf qu'une série dont toute la mécanique repose sur le temps long - les retrouvailles, les rancunes, les moments de respiration entre deux courses à l'apocalypse - avait précisément besoin de ce temps. L'arbitrage est classique : on sécurise la clôture, on perd la marge qui permettait à la conclusion d'être méritée. À la décharge du format court, IGN a raison sur un point : la saison ne traîne jamais. Mais un final de série n'a pas besoin d'aller vite ; il a besoin d'arriver quelque part.

À qui appartient la fin

C'est ici que la comparaison avec les autres adaptations de comics devient utile - à condition de ne pas la poser comme un classement. Sur Netflix, la vague est longue : Daredevil et Jessica Jones du temps de Marvel Television, puis Locke & Key, Sweet Tooth, The Sandman, One Piece. Ce qui distingue The Umbrella Academy, ce n'est pas la qualité, c'est la quantité de matériau disponible.

Le comic de Gerard Way et Gabriel Bá a débuté chez Dark Horse en 2007. En dix-sept ans, trois tomes canoniques. La série a donc épuisé sa source dès les premières saisons, et la divergence est documentée : dans Hôtel Oblivion, la Sparrow Academy n'apparaît que dans les cinq dernières pages, quand la saison 3 en fait le coeur de son intrigue ; Ben n'a aucun lien avec les Sparrows, où le comic place une certaine Carla ; l'hôtel s'appelle Oblivion, pas Obsidian ; il n'y a pas de Kugelblitz ; et les histoires d'amour - Diego et Lila, Luther et Sloane - sont des inventions de la série. Bref, dès la troisième saison, The Umbrella Academy n'est plus une adaptation : c'est une création originale qui emprunte un univers.

Couverture du comic book "The Umbrella Academy" n°1 publié par Dark Horse Comics : le groupe de super-héros au premier plan, une grande silhouette féminine coiffée d'une coiffe d'infirmière se dressant derrière eux dans un décor rocheux et sombre.
Couverture du comic book "The Umbrella Academy" n°1 publié par Dark Horse Comics : le groupe de super-héros au premier plan, une grande silhouette féminine coiffée d'une coiffe d'infirmière se dressant derrière eux dans un décor rocheux et sombre. - (source)

D'où le vrai noeud. Une adaptation qui suit un matériau encore en cours peut se permettre de finir en suspens ; une adaptation qui a dépassé sa source doit inventer sa destination, et hérite alors de tous les risques. One Piece en est au début de son histoire, The Sandman disposait d'une oeuvre achevée et d'un auteur impliqué. Umbrella Academy avait, elle, un créateur de comics comme producteur exécutif et une fin à improviser. Le résultat fut original - au meilleur sens du terme, avec ses combats chorégraphiés comme des numéros musicaux, son absurde assumé, ses comédiens (Elliot Page, Ritu Arya, Justin H. Min en tête) - mais, sur la dernière ligne droite, la série s'est retrouvée seule face à ses responsabilités.

Le papier n'a pas dit son dernier mot

Il y a une ironie que les débats passionnés laissent souvent de côté : la fin de la série n'est que celle de la série. Dark Horse a annoncé une nouvelle mini-série, The Umbrella Academy : Plan B - scénario de Gerard Way, dessin de Gabriel Bá, couleurs de Dave Stewart -, une annonce relayée par Variety, pour une sortie annoncée en juin 2025. L'univers papier continue de son côté, sans obligation de cohérence avec la série. S'y ajoute une scène post-générique que la presse spécialisée française a jugée énigmatique, et que certains lecteurs ont interprétée comme une porte laissée entrouverte.

Autrement dit : on discute depuis deux ans d'un dénouement que le matériau d'origine n'a jamais entériné. C'est à la fois la force et la faiblesse de la série - elle a osé une fin, ce que beaucoup d'adaptations évitent en s'arrêtant avant.

Reste ce constat, qui n'est pas une consolation mais un fait : trente-six épisodes en cinq ans, une identité visuelle et musicale immédiatement reconnaissable (la danse sur "I Think We're Alone Now", reprise pour le tout dernier plan), et une fin qui, bonne ou mauvaise, a été choisie. Une fin qui divise encore parce qu'elle pose une question que la série n'a jamais vraiment voulu affronter : peut-on sauver le monde sans se retirer de lui ? La réponse qu'elle a donnée est d'une tristesse tranquille, et c'est précisément ce qui l'empêche de disparaître.

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Questions fréquentes

Pourquoi la fin de la saison 4 de The Umbrella Academy divise-t-elle encore ?

Deux lectures s'opposent. Le sacrifice des Hargreeves peut être vu comme la seule conclusion possible d'une série cyclique : ils cessent d'exister pour laisser une chronologie sans apocalypse. Mais leur effacement annule aussi leurs réconciliations, leurs deuils et leurs rédemptions, et le récit n'affronte pas frontalement l'idée que des enfants abusés doivent disparaître pour que l'ordre revienne. La série ne tranche pas entre ces lectures.

Que raconte le final de la saison 4 de The Umbrella Academy ?

Dans le final, Ben et Jennifer fusionnent en une entité, le Cleanse. Five apprend dans le métro temporel qu'une seule chronologie est censée exister et que le monde a déjà été "sauvé" 140 000 fois. Les Hargreeves se laissent alors absorber avec leur Marigold : ils cessent d'exister, une seule réalité subsiste sans apocalypse, et Lila sauve sa famille et Claire avant de rejoindre les autres.

La saison 4 de The Umbrella Academy est-elle fidèle aux comics ?

Non. La série avait déjà largement dépassé le comic dès la saison 3 : dans Hôtel Oblivion, la Sparrow Academy n'apparaît que dans les cinq dernières pages, Ben n'a aucun lien avec les Sparrows, l'hôtel s'appelle Oblivion et non Obsidian, il n'y a pas de Kugelblitz, et les histoires entre Diego et Lila ou Luther et Sloane sont des inventions de la série. La saison 4 poursuit donc une création originale qui emprunte un univers.

Pourquoi la saison 4 de The Umbrella Academy ne compte-t-elle que six épisodes ?

Netflix a reconduit la série en août 2022 pour une quatrième et dernière saison avec un nombre d'épisodes réduit, six au lieu de dix. La réduction est documentée, mais aucune déclaration publique n'établit qu'un format plus long ait été demandé puis refusé.

Le comic The Umbrella Academy continue-t-il après la fin de la série ?

Une nouvelle mini-série, The Umbrella Academy : Plan B, a été annoncée par Dark Horse, avec Gerard Way au scénario, Gabriel Bá au dessin et Dave Stewart aux couleurs ; Variety l'a relayée et sa sortie était annoncée pour juin 2025. L'univers papier continue donc sans l'aval de Netflix et sans obligation de cohérence avec la série, qui a inventé sa propre fin.

Sources

  1. [PDF] The Umbrella Academy 3 - Marigold - 8FLiX · 8flix.com
  2. The Umbrella Academy - Making-Of : Une pépite pour les amateurs de (…) · actuabd.com
  3. Critique de la saison 4 de The Umbrella Academy sur Netflix · arrete-ton-cinema.com
  4. Quel est l'avis des lecteurs sur Umbrella Academy, tome 1 : La suite ... · babelio.com
  5. The Fall of The Umbrella Academy Season 4: What Went Wrong? · beniciapaw.com
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Vincent Charbot @retro-screen

Je suis nostalgique et je l'assume. Né à la mauvaise époque, j'aurais dû grandir dans les années 80. Projectionniste dans un cinéma de répertoire à Nice, je vis entouré de films que la plupart des gens n'ont jamais vus. Je compare les remakes aux originaux (spoiler : l'original gagne souvent), je redécouvre des classiques oubliés, et je collectionne les VHS. Le générique de Retour vers le Futur me donne encore des frissons.

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