
Si 22 heures passées dans Wisteria Lane nous ont fait découvrir l'évidente incertitude de l'existence d'une forme de vie derrière les portes de chacune de nos rues, il ne nous en a pas fallu plus pour démasquer la Bree de notre quartier.
En effet, il s'avère que la « Madame Figaro » est finalement une espèce extrêmement répandue...
Qui est vraiment la « Madame Figaro » ?
Souvenez-vous : c'est elle qui est toujours habillée comme si elle était l'égérie de Cyrillus, c'est elle qui est toujours impeccablement peignée, c'est aussi elle qui s'investit tant dans la vie sociale de notre quartier. C'est elle qu'on fond... nous haïssons aimablement.
Et pourtant, Desperate Housewives va plus loin, peut-être sans le vouloir, dans la profondeur du personnage. En faisant de son fils un homosexuel, de son mari un survivor d'infarctus raté, bref de son foyer une famille cible de Prozac S.A., les scénaristes ont satisfait notre envie malsaine de voir le sang couler de cette icône de la bienséance puritaine.
Mais n'en ont-ils pas finalement fait une martyre, faisant de cette série un subtil cheval de Troie des Églises évangélistes américaines ? Je ne pense pas que le raisonnement doive être poussé aussi loin. Néanmoins, quelque chose s'est manifesté en moi à son égard : de la pitié, ou pire, de la sympathie...
Pourquoi éprouver de la sympathie pour Bree Van de Kamp ?
Moi, je transpose ce sentiment à la « Madame Figaro » qui vit près de chez moi. Comment éprouver cela envers cette névrosée qui ne sait que diriger la chorale de l'école catholique de mon quartier et organiser le stand pâtisseries et fruits rouges de la kermesse annuelle au profit des enfants de Lima ?
Après réflexion, voici la vérité : Madame Figaro mérite nos égards parce qu'au final, c'est la seule qui ose avoir une vie au-delà du seuil de sa porte. Probablement pour compenser le manque derrière cette même porte, certes, mais qui peut se vanter d'en faire autant ?
Madame Figaro : un vestige des liens sociaux
La « Madame Figaro » est une espèce qui ne vit que dehors, par dehors et pour dehors, et c'est la dernière en son genre. Dans cette rue sans vie où les portes semblent toujours fermées, c'est elle la dernière qui, si elle ferme soigneusement la porte de chez elle à clé, ne vit que sous nos regards. Et qui, aujourd'hui, accepterait d'en faire autant ?
La « Madame Figaro » est le dernier vestige des liens sociaux qui régnaient autrefois. Et si l'on aime profiter des témoins d'époques passées, de Versailles aux Pyramides, on doit aimer la « Madame Figaro ». On devrait même pouvoir la visiter.
Finalement, la « Madame Figaro » fait siennes, sans le vouloir, les paroles d'un grand homosexuel : « The Show Must Go On ».
Alors, pour ce petit show, gratuit de surcroît, que vous jouez depuis toujours sous mes fenêtres, « Madame Figaro », Bree Van de Kamp, je vous aime.