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Pluribus : Vince Gilligan revient avec la série la plus étrange (et géniale) de l'année sur Apple TV+

Si vous pensiez avoir vu tout ce que la télévision moderne pouvait offrir, préparez-vous à être surpris. Le créateur du phénomène mondial *Breaking Bad*, Vince Gilligan, est de retour avec une nouvelle série exclusivement sur Apple TV+, et elle est...

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Si vous pensiez avoir vu tout ce que la télévision moderne pouvait offrir, préparez-vous à être surpris. Le créateur du phénomène mondial Breaking Bad, Vince Gilligan, est de retour avec une nouvelle série exclusivement sur Apple TV+, et elle est loin d’être une procédurale policière classique. Intitulée Pluribus, cette œuvre de science-fiction est le casse-tête télévisuel de l’année, mêlant humour noir, concepts philosophiques lourds et une imagerie déroutante. Accrochez-vous, car nous allons plonger dans un univers où le bonheur pourrait bien être la pire des choses qui puisse arriver à l’humanité.

Illustration pour Pluribus la serie de Vince Gilligan sur Apple TV+

Illustration pour Pluribus la serie de Vince Gilligan sur Apple TV+

Le retour du roi : Vince Gilligan change de registre

Il est rare qu’un créateur télévisuel atteigne le statut de “rockstar”, mais Vince Gilligan en fait indéniablement partie. Après avoir bouleversé l’histoire de la petite avec le transformation de Walter White, et avoir consolidé son génie avec le chef-d’œuvre qu’est Better Call Saul, l’attente pour son prochain projet était énorme. Pluribus répond à cette attente, mais pas de la manière qu’on pourrait imaginer.

L’ombre de Breaking Bad

On ne peut pas parler d’une nouvelle création de Gilligan sans ressentir l’ombre portée de ses précédents travaux. Breaking Bad a terminé sa diffusion en 2013, mais son influence se fait encore sentir aujourd’hui. C’est une série qui est couronnée comme l’une des meilleures jamais réalisées, souvent citée en exemple dans nos discussions sur l’âge d’or des séries TV. Cependant, au lieu de rester dans le drame criminel réaliste, Gilligan a décidé de prendre un virage radical vers la science-fiction.

Ce choix audacieux démontre une chose essentielle : Gilligan n’est pas un homme à se reposer sur ses lauriers. Il ne cherche pas à refaire Breaking Bad avec une autre coloration. Il cherche à innover, à déstabiliser son public et à explorer de nouveaux territoires narratifs. Pluribus n’est pas une histoire de meth ou de cartel, c’est une histoire d’idées, tout en conservant cette caractéristique gilliganienne : l’étude psychologique poussée de personnages en marge.

Une transition risquée vers la science-fiction

Passer du néo-réalisme du Nouveau-Mexique à la science-fiction pure est un pari risqué. Beaucoup de créateurs ont échoué en tentant ce saut, perdant l’ancrage émotionnel qui faisait leur force. Pourtant, avec Pluribus, Gilligan réussit le tour de force de garder une humanité palpable au milieu d’éléments futuristes et surréalistes. La science-fiction ici n’est pas un décor pour des explosions de vaisseaux spatiaux ; elle est un outil pour commenter notre société actuelle, nos dépendances et notre rapport à la technologie. C’est une transition qui rappelle que les meilleurs genres ne sont que des lentilles à travers lesquelles on observe la nature humaine.

Une stratégie marketing audacieuse : le mystère comme outil

Dans un monde où les studios inondent les réseaux sociaux de teasers, de bandes-annonces de trois minutes et d’extraits qui révèlent tout l’intrigue avant même la diffusion du premier épisode, Pluribus a adopté une approche radicalement opposée.

À l’ère des spoilers, le silence est roi

Il faut avouer que nous vivons une époque étrange où nous, les téléspectateurs, avons tendance à tout vouloir savoir à l’avance. Nous dévorons les résumés, nous analysons chaque frame des trailers. Apple TV+ et Vince Gilligan ont parié sur l’effet inverse : la curiosité. En ne communiquant presque rien sur l’intrigue réelle, ils ont créé un désir ardent chez les fans.

Trois mois avant la diffusion, le seul élément tangible dont nous disposions était une “logline”, une phrase résumant le concept, qui ressemblait plus à une devinette qu’à un synopsis : “L’homme le plus malheureux de la Terre doit sauver le monde du bonheur”. C’est tout. Pas de synopsis détaillé, pas de description des arcs narratifs. C’est rare pour une production de cette envergure, et c’est extrêmement rafraîchissant. Cela nous force, en tant que spectateurs, à abandonner notre besoin de contrôle et à simplement nous laisser porter par l’expérience, sans filet.

Des teasers qui interrogent plus qu’ils ne renseignent

Les premières bandes-annonces ne faisaient qu’accentuer le mystère. On y voyait des images oniriques, des actions inexplicables. Pourquoi, par exemple, voyons-nous une femme lécher des beignets avec une intensité déconcertante ? Pourquoi Rhea Seehorn, l’actrice principale, semble-t-elle perdue dans un monde de couleurs saturées ? Ces clips ne cherchaient pas à expliquer, mais à créer une ambiance. C’est une forme de marketing qui respecte l’intelligence du public, en supposant que nous sommes capables d’apprécier une œuvre sans avoir besoin d’avoir déchiffré tous ses codes avant même d’avoir appuyé sur “play”.

Le pitch le plus étrange de l’année : déconstruire Pluribus

Entrons maintenant dans le vif du sujet, ou du moins, dans ce que nous pouvons en dépercevoir à travers le flou artistique initial. Le concept central repose sur une idée à contre-courant absolument fascinante : l’humanité est menacée non pas par une guerre nucléaire, une pandémie ou une invasion extraterrestre classique, mais par une forme omniprésente de bonheur.

Le paradoxe du bonheur forcé

Dans la plupart des récits héroïques, la quête du bonheur est l’objectif ultime. Ici, c’est l’antagoniste. Imaginez un monde où la tristesse, la colère et le malheur ont été éradiqués par une technologie ou une force que nous ne comprenons pas encore tout à fait. En apparence, c’est l’utopie. Mais comme tout bon scénario de science-fiction le sait, l’utopie parfaite cache souvent une dystopie cauchemardesque.

Notre protagoniste, décrit comme “l’homme le plus malheureux de la Terre”, devient par conséquent l’anomalie, le virus dans le système, ou peut-être le seul remède. C’est un retournement brillant. Cela soulève des questions philosophiques immédiates : le malheur est-il nécessaire pour être humain ? La souffrance donne-t-elle un sens à la joie ? Pluribus n’est pas seulement un divertissement ; c’est une expérience de pensée visuelle qui s’attaque à notre obsession moderne pour le positivisme toxique et la recherche constante du confort à tout prix.

Illustration pour Pluribus la serie de Vince Gilligan sur Apple TV+

Rhea Seehorn : L’âme blessée de Pluribus

Si le concept est séduisant, il fallait une actrice capable de le porter, de donner chair à ce monde étrange sans se perdre dans le décor. Le choix de Rhea Seehorn n’est pas seulement une excellente nouvelle pour les fans de Better Call Saul, c’est une décision artistique majeure.

De Kim Wexler à l’inconnu

Après avoir incarné Kim Wexler, l’un des personnages féminins les plus complexes et admirés de la décennie, Rhea Seehorn pouvait légitimement choisir n’importe quel projet. Le fait qu’elle suive Vince Gilligan dans cette aventure abstraite en dit long sur la confiance qu’elle lui accorde. Dans Pluribus, elle ne joue pas simplement un rôle ; elle guide le spectateur à travers ce “nouveau monde courageux”.

Sa performance est décrite comme celle d’une navigatrice dans un chaos organisé. Elle apporte cette gravité, cette capacité à communiquer mille émotions sans un mot, qui était sa marque de fabrique en tant qu’avocate brillante mais brisée. Face à des situations absurdes, comme ces fameuses scènes de lèche-froids ou des interactions avec des technologies déroutantes, sa réaction agit comme point d’ancrage pour nous. C’est elle qui rend la science-fiction accessible, humaine et terriblement touchante.

Une alchimie avec le créateur

La relation entre un showrunner et son acteur principal est cruciale. On sent que Gilligan écrit pour elle, exploitant sa gamme d’expressions faciales subtiles et sa présence magnétique. C’est une dynamique qui rappelle celle qu’il entretenait avec Bryan Cranston ou Bob Odenkirk, mais dans un registre totalement différent. Ici, il ne s’agit pas de transformation morale radicale (de M. White à Heisenberg), mais de survie émotionnelle dans un monde qui a perdu le sens de la réalité. Elle est la porte d’entrée de la série, et c’est une porte grande ouverte.

Une satire mordante de la Silicon Valley

Au-delà du divertissement et de la philosophie, Pluribus fonctionne comme une critique cinglante de la technologie moderne. Il ne faut pas sous-estimer la colère qui sous-tend la création de cette série. On a souvent l’impression que les géants de la tech vendent du bonheur en boîte, des algorithmes conçus pour nous garder accros et satisfaits, mais dans une passivité totale.

Quand la technologie promet l’Eden

La série semble suggérer que la Silicon Valley a, selon l’expression crue qui a fait le tour des interview, “bien foutu le monde” (traduisons poliment). En promettant de résoudre tous nos problèmes grâce à l’IA, aux algorithmes ou à la médicalisation de l’humeur, nous risquons de perdre ce qui fait notre essence : nos défauts, nos colères, nos tristesses.

C’est une thématique qui résonne particulièrement fort aujourd’hui. Nous sommes dépendants de nos téléphones, de nos likes, de cette validation instantanée qui nous donne un hit de dopamine artificiel. Pluribus pousse ce concept à l’extrême : que se passe-t-il quand le système devient si efficace qu’il supprime toute douleur ? Est-ce que nous restons des êtres humains, ou devenons-nous des légumes souriants ? C’est une dénonciation violente de l’ambition démesurée des géants de la tech qui pensent pouvoir “optimiser” la nature humaine comme un code informatique.

Cette analyse rejoint d’ailleurs une réflexion plus large sur notre consommation de contenus. Si vous avez déjà eu l’impression de scroller sans fin à la recherche d’une distraction, vous verrez sans doute un parallèle troublant avec le monde de Pluribus. N’hésitez pas à consulter notre article sur Les séries TV : comprendre nos tendances de dépendants ? pour creuser ce sujet psychologique fascinant.

Esthétique et réalisation : La signature visuelle de Gilligan

On ne peut pas parler d’une série de Vince Gilligan sans évoquer l’aspect purement cinématographique. Même s’il change de genre, son œil de réaliste reste affûté, même au cœur du fantastique.

Une mise en scène au service du bizarre

La critique a noté que la “cinématographie signature” de Gilligan est pleinement employée au sein de l’ensemble. Cela signifie que même dans les moments les plus surréalistes, la caméra reste ancrée dans une certaine réalité physique. Il n’y a pas cet éclat clinique et froid qu’on retrouve souvent dans la SF moderne (comme dans certaines productions Disney ou Marvel). Au contraire, les textures sont rugueuses, les cadrages sont thought-provoking (qui font réfléchir), et l’éclairage joue un rôle crucial dans l’atmosphère oppressante mais colorée de la série.

Le réalisme des détails techniques s’oppose à la folie du scénario, créant une dissonance cognitive qui est le charme même de Pluribus. On ne sait jamais trop si ce que l’on voit est “réel” dans l’univers de la série ou une projection contrôlée. Cette ambiguïté visuelle est un outil narratif puissant qui nous maintient en haleine d’épisode en épisode.

Une sensibilité “quirky” assumée

Le terme “quirky” (excentrique, loufoque) revient souvent pour décrire le ton de la série. Il y a une drôlerie décalée, presque surréaliste, qui rappelle certains travaux indépendants américains des années 90 ou 2000, mais boosté aux hormones d’un blockbuster. Le mélange des genres est audacieux : on rit d’une situation absurde une seconde, pour être plongé dans une réflexion existentielle terrifiante la suivante. C’est ce rythme chaotique qui empêche la série de devenir ennuyeuse ou trop académique.

La critique versus l’audience : Un succès nuancé

Comme toute série ambitieuse, Pluribus ne fait pas l’unanimité parfaite, et c’est peut-être là le signe de sa qualité. Les avis sont partagés, mais ils convergent vers un point commun : l’originalité.

Une originalité parfois déroutante

Certains critiques soulignent que la série tombe parfois “en dessous de ses promesses à haut concept”. C’est le danger de ce type de SF : plus l’idée de départ est grande, plus il est difficile de tenir la promesse sur la durée. Il arrive que le spectateur se sente perdu, que la symbolisme devienne trop obscur ou que l’intrigue s’embourbe dans sa propre complexité. Pourtant, cette même complexité est célébrée par d’autres comme une bouffée d’air frais dans un paysage audiovisuel saturé de reboots et de suites sans âme.

Ce que les critiques s’accordent à dire…c’est que le résultat est une aventure visuelle et intellectuelle rare. Même lorsqu’elle ne répond pas à toutes les questions, Pluribus a le mérite immense de ne jamais être ennuyeuse. Dans un paysage médiatique où l’on a souvent l’impression de voir les mêmes histoires recyclées à l’infini, cette incapacité à coller parfaitement à un moule préétabli est, ironiquement, sa plus grande force. La critique admet volontiers que la série peut parfois trébucher sous le poids de ses propres idées ambitieuses, mais ces chutes sont toujours plus intéressantes que les courses plates d’autres séries convenues. C’est un produit imparfait, certes, mais d’une originalité qui brille mille fois plus que la perfection lisse de productions standardisées.

L’attente interminable pour la suite

La première saison s’est conclue en beauté lors d’une diffusion spéciale le soir de Noël, une date traditionnellement réservée aux grandes fresques familiales, mais qui ici a servi de creuset à une explosion narrative complexe. Si les téléspectateurs ont été conquis, la fin du dernier épisode a laissé tout le monde sur sa faim, avec un nombre vertigineux de questions en suspens. La réaction immédiate de la communauté de fans a été unanime : quand pouvons-nous avoir la suite ? Les spectateurs trépignent d’impatience à l’idée dedécouvrir une deuxième saison qui s’annonce pleine de rebondissements et, ils l’espèrent, de réponses concrètes.

Mais pour les fans inquiets, l’actualité récente a apporté une dose de réalité bien amère : il va falloir patienter. Interrogé par la presse spécialisée, le créateur a fait preuve d’une prudence déconcertante concernant la date de sortie de la suite. Il a estimé que lui et son équipe devaient prendre tout le temps nécessaire pour être pleinement satisfaits du résultat, sous-entendant qu’à l’heure actuelle, le travail est loin d’être terminé.

Le temps, allié et ennemi de la création

C’est une position qui peut frustrer, mais qui est typique de l’éthique de travail de Vince Gilligan. On sait tous que les délais de production ont été bouleversés récemment dans l’industrie, et ce n’est un secret pour personne que le contexte de la Grève à Hollywood a eu des répercussions durables sur l’élaboration des scénarios et le tournage des nouvelles saisons. Cependant, au-delà des problématiques syndicales, c’est ici une recherche artistique qui dicte ce rythme. Gilligan refuse de livrer un produit “à moitié cuit”.

Dans un univers où les plateformes pressent souvent les showrunners pour sortir du contenu rapidement afin de satisfaire l’abonné instantané, cette résistance est presque héroïque. Cela nous rappelle que la télévision de qualité ne se décrète pas à la va-vite. On a vu trop de séries prometteuses dérailler faute de préparation suffisante ou être sacrifiées sur l’autel des impératifs commerciaux. Le risque, bien sûr, c’est que l’attente finisse par refroidir l’engouement du public. Mais si la qualité est au rendez-vous, comme ce fut le cas pour Better Call Saul, les spectateurs finissent toujours par pardonner le retard.

L’incertitude de l’avenir de la série

Cette prudence nous amène aussi à nous interroger sur la viabilité à long terme de projets aussi coûteux et complexes. Si Apple TV+ a prouvé qu’elle était prête à investir dans des créations de prestige, l’industrie reste volatile. On se demande parfois si le modèle économique actuel permet de soutenir des séries aussi “niches” dans leurs ambitions, un sujet que nous avons déjà abordé en analysant Les séries TV à la casse ?. Espérons que le géant de la pomme aura la patience de laisser Gilligan finir son chef-d’uvre.

Verdict : Pluribus mérite-t-elle votre temps ?

Alors, face à toutes ces incertitudes, à ce flou artistique et à cette attente interminable pour la suite, la question reste de savoir si Pluribus vaut le coup. La réponse est un grand oui, mais avec quelques réserves.

Une série pour l’âge adulte (vraiment)

Même si elle peut sembler colorée et parfois ludique dans son absurdité, Pluribus s’adresse à un public matures, capable de suivre des narrations non-linéaires et de réfléchir aux implications morales de l’intrigue. Ce n’est pas la série facile que l’on regarde en scrollant sur son téléphone. C’est une expérience immersive qui demande de s’investir.

En explorant les frontières du bonheur artificiel, la série touche aux grands thèmes du fantastique et de la science-fiction, questionnant notre propre réalité avec une acuité rare. Pour les amateurs du genre qui ont l’habitude de décortiquer chaque épisode, c’est un véritable paradis. Si vous aimez les univers qui stimulent l’imagination, vous apprécierez probablement notre dossier sur Les grands thèmes du fantastique dans les séries TV pour mettre Pluribus en perspective avec d’autres œuvres majeures.

L’avis final de Camille

Pour moi, Pluribus est une pépite absolue. Elle est imparfaite, parfois confuse, mais elle possède cette étincelle de génie que l’on retrouve rarement ailleurs. C’est la preuve que même dix ans après la fin de Breaking Bad, Vince Gilligan a encore des choses à dire et une manière unique de les dire. Avec Rhea Seehorn en capitaine de navire, la série est entre de bonnes mains.

Alors, ce soir, si vous hésitez entre un reboot fatigué ou une émission de télé-réalité, faites le choix de l’originalité. Plongez dans le monde déroutant de Pluribus. Acceptez de ne pas tout comprendre tout de suite. Laissez-vous porter par le concept de l’homme le plus malheureux du monde devant sauver l’humanité d’une joie toxique. C’est un voyage bizarre, dérangeant, mais c’est exactement ce dont nous avions besoin pour pimenter notre catalogue de streaming habituel.

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Camille Hubot @binge-guide
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