En 2018, Ali Fazal était à un carrefour décisif de sa carrière. On lui proposait le rôle de Guddu Pandit dans « Mirzapur », une série criminelle se déroulant dans l’Uttar Pradesh rural. Mais l’acteur hésitait, terrifié à l’idée de plonger dans l’inconnu de l’OTT indien, un marché balbutiant que ses pairs du cinéma lui conseillaient d’éviter. Aujourd’hui, huit ans plus tard, alors que « Mirzapur : The Movie » s’apprête à sortir en salles le 4 septembre 2026, Ali Fazal revient sur cette décision qui a non seulement transformé sa carrière, mais aussi redéfini les contours du divertissement en Inde.
« Fais des films, pas de l’OTT » : les proches d’Ali Fazal ont tenté de le dissuader d’accepter Mirzapur

Quand Excel Entertainment a approché Ali Fazal pour incarner Guddu Pandit, l’acteur avait déjà un parcours respectable. Il avait joué dans « 3 Idiots » aux côtés d’Aamir Khan, fait une apparition dans « Furious 7 » et donné la réplique à Judi Dench dans « Victoria & Abdul ». Pourtant, le monde des séries web lui semblait un pari risqué.
« J’avais peur à l’époque. Je ne savais pas quel serait le format. C’était la première fois que les premières séries étaient fabriquées (en Inde) », a-t-il confié à PTI. Cette peur n’était pas irrationnelle. En 2018, Amazon Prime Video commençait tout juste à investir dans les créations originales indiennes. Personne ne savait si le public suivrait, si les critiques prendraient ces productions au sérieux, ou si les acteurs pourraient bâtir une carrière durable sur ce nouveau médium.
« J’avais peur à l’époque » : le témoignage choc d’Ali Fazal sur son hésitation
L’incertitude d’Ali Fazal était palpable. Il se souvient des nuits blanches passées à peser le pour et le contre. « Les cinéastes me disaient ce que je faisais (en disant oui). Ils disaient : “Fais des films” », raconte-t-il. Le message était clair : le cinéma était le seul chemin légitime vers la reconnaissance et le succès durable.
L’acteur de 39 ans décrit un état d’esprit partagé entre l’excitation et la crainte. Il voyait le potentiel du format long, la possibilité de développer un personnage sur plusieurs saisons, mais le risque financier et professionnel était immense. Les cachets proposés par les plateformes OTT étaient inférieurs à ceux du cinéma, et il n’y avait pas de box-office pour mesurer le succès.
Cette hésitation rappelle étrangement celle de Milly Alcock face au rôle de Supergirl, une autre actrice qui a dû surmonter ses doutes pour accepter un personnage qui a changé sa carrière. Comme Ali Fazal, Milly Alcock avait peur de ne pas être à la hauteur des attentes, de s’engager dans un projet dont l’issue était incertaine.
« Que fais-tu ? » : la pression du cinéma traditionnel face au pari du streaming
Les avertissements venaient de toutes parts. Des réalisateurs établis, des producteurs respectés, des collègues bien intentionnés : tous lui disaient la même chose. « Pourquoi quitter le cinéma pour une série sur Internet ? » « Tu vas ruiner ta carrière. » « Les gens ne regardent pas ce genre de contenu. »
Cette pression reflétait une époque où l’OTT était perçu comme un parent pauvre du cinéma, un espace pour les contenus de seconde zone. Ali Fazal se souvient avoir été traité avec condescendance par certains professionnels du milieu. « Ils me regardaient comme si je faisais une erreur monumentale », confie-t-il.
Mais l’acteur avait un avantage que ses détracteurs ne possédaient pas : il avait travaillé à Hollywood et vu l’évolution des plateformes aux États-Unis. « J’ai vu cette ère changeante de l’OTT et des séries. J’ai senti qu’une révolution était sur le point d’arriver », explique-t-il. Cette vision du futur allait faire toute la différence.
2018, l’année où Ali Fazal a senti la révolution OTT avant tout le monde
Malgré les mises en garde, Ali Fazal a pris une décision qui allait redéfinir sa carrière. Il a dit oui à Mirzapur. Ce choix, considéré comme risqué à l’époque, s’est avéré être l’un des plus judicieux de sa vie professionnelle.
« J’ai vu l’évolution de l’OTT et des séries. J’ai senti qu’une révolution était sur le point d’arriver », a-t-il déclaré. Cette intuition ne venait pas de nulle part. Ali Fazal observait les marchés américain et britannique, où Netflix, Amazon et d’autres plateformes produisaient déjà des contenus originaux de grande qualité. Il savait que l’Inde suivrait inévitablement cette tendance.
Parier sur l’inconnu : l’état naissant du marché OTT indien en 2018
En 2018, le paysage OTT indien était encore embryonnaire. Amazon Prime Video venait de lancer ses premières productions originales en Inde, avec des séries comme « Inside Edge » (2017) et « Breathe » (2018). Netflix avait commencé ses expérimentations avec « Sacred Games » (2018), mais le marché restait incertain.
Les acteurs étaient réticents pour plusieurs raisons. D’abord, l’absence de sortie en salles signifiait qu’ils ne pouvaient pas mesurer leur popularité auprès du grand public. Ensuite, les cachets étaient nettement inférieurs à ceux du cinéma. Enfin, il n’existait pas de modèle éprouvé pour transformer une série OTT en tremplin vers le cinéma.
Ali Fazal a compris que ce vide était une opportunité. « C’était un pari, mais un pari calculé », explique-t-il. Il voyait dans l’OTT la possibilité de créer des personnages complexes, développés sur plusieurs épisodes, une liberté que le cinéma ne pouvait pas offrir. Le scénario de Puneet Krishna l’a convaincu que Mirzapur avait le potentiel de devenir culte.
Puneet Krishna et l’écriture qui fait la différence
Ce qui a scellé la décision d’Ali Fazal, c’est la qualité de l’écriture. Puneet Krishna, le créateur de la série, avait bâti un univers sombre et authentique, inspiré des régions rurales de l’Uttar Pradesh. « La façon dont le scénario a été écrit par Puneet Krishna, le monde qu’il a créé pour Mirzapur, c’était vraiment remarquable », se souvient l’acteur.
Ali Fazal compare l’écriture de Mirzapur à celle de « Gangs of Wasseypur », un film culte d’Anurag Kashyap. « Gangs of Wasseypur était un film culte. Beaucoup de gens s’en sont inspirés. Ils ont créé de grands personnages », explique-t-il. Cette comparaison n’est pas anodine : elle montre que l’acteur voyait dans Mirzapur le même potentiel de devenir une œuvre marquante.
La noirceur de l’univers, la complexité des personnages, la violence poétique qui imprègne chaque scène : tout cela a séduit Ali Fazal. Il a compris que Guddu Pandit n’était pas un simple personnage de gangster, mais une figure tragique, un homme pris dans un engrenage qui le dépasse. « C’est ce qui s’est passé avec Mirzapur. Le cadre était comme ça. Les gens se sont attachés aux personnages », ajoute-t-il.

« Personne ne m’imaginait dans ce personnage » : l’histoire secrète du casting de Guddu
L’une des anecdotes les plus surprenantes concernant le casting de Mirzapur est qu’Ali Fazal n’était pas le premier choix pour incarner Guddu Pandit. En fait, personne ne l’imaginait dans ce rôle. « Personne ne m’imaginait dans ce personnage. Ça a été tout un voyage », confie-t-il.
L’acteur a appris récemment que c’est Mrighdeep Singh Lamba, le réalisateur de « Fukrey », qui avait recommandé son nom aux producteurs d’Excel Entertainment. Cette révélation tardive montre à quel point le destin peut tenir à une seule personne qui croit en vous.
Mrighdeep Singh Lamba, le réalisateur qui a tout déclenché
Mrighdeep Singh Lamba connaissait Ali Fazal depuis leur collaboration sur « Fukrey » (2013), une comédie déjantée qui avait rencontré un joli succès. Dans ce film, Fazal jouait un rôle comique, très éloigné du gangster brutal qu’il allait incarner dans Mirzapur. Pourtant, Lamba voyait en lui quelque chose que les autres ne voyaient pas.
« Il m’a recommandé aux créateurs de Mirzapur sans même m’en parler », raconte Ali Fazal. Cette recommandation discrète a changé le cours de sa carrière. Sans l’intervention de Lamba, l’acteur n’aurait peut-être jamais été contacté pour le rôle.
Cette anecdote illustre un phénomène bien connu dans l’industrie du cinéma : parfois, une seule personne, en croyant au potentiel d’un acteur, peut ouvrir des portes insoupçonnées. Mrighdeep Singh Lamba a vu en Ali Fazal la capacité de se transformer, de devenir quelqu’un d’autre. Il a eu raison.
De l’incompréhension au cultissime Guddu Bhaiya
Quand Ali Fazal a finalement été choisi pour jouer Guddu Pandit, le scepticisme était général. « Les gens me disaient : “Toi ? Guddu ? Tu es trop doux, trop gentil. Tu ne peux pas être un gangster” », se souvient-il.
L’acteur a dû se réinventer physiquement et mentalement. Il a pris de la masse musculaire, changé sa coiffure, adopté un regard plus dur. Mais la transformation la plus importante était intérieure. « J’ai dû trouver la colère en moi, la violence contenue. Guddu n’est pas un méchant, c’est un homme qui fait ce qu’il faut pour survivre », explique-t-il.
Le travail sur la voix a été crucial. Ali Fazal a adopté un ton plus grave, plus rocailleux, avec l’accent de la région de Mirzapur. Il a étudié les gestes des bodybuilders locaux, leur façon de marcher, de se tenir. Chaque détail comptait pour rendre le personnage crédible.
Le résultat a dépassé toutes les attentes. Guddu Bhaiya est devenu un personnage culte, aimé des fans pour sa complexité et son humanité. Ali Fazal a prouvé que tout le monde avait tort : il était parfait pour ce rôle.

De 3 Idiots à Guddu Bhaiya : comment Mirzapur a métamorphosé la carrière d’Ali Fazal
Avant Mirzapur, Ali Fazal était un acteur talentueux mais discret, connu pour ses seconds rôles dans des productions prestigieuses. Après Mirzapur, il est devenu une superstar, un nom que les producteurs hollywoodiens et bollywoodiens s’arrachaient.
La transformation est radicale. En huit ans, Ali Fazal est passé d’un acteur de composition prometteur à une figure incontournable du divertissement indien, avec une carrière internationale florissante.
Avant Mirzapur : un acteur talentueux dans l’ombre des stars de Bollywood
Ali Fazal a débuté sa carrière en 2009 avec « 3 Idiots », l’un des plus grands succès du cinéma indien. Mais dans ce film, il jouait un rôle secondaire, celui d’un étudiant de l’Imperial College of Engineering. Le public retenait surtout Aamir Khan, R. Madhavan et Sharman Joshi.
En 2015, il fait une apparition dans « Furious 7 », l’un des blockbusters les plus rentables de l’histoire. Mais là encore, son rôle est mineur. Il incarne un mécanicien, à peine présent à l’écran. « J’étais content d’être dans le film, mais je savais que ce n’était pas mon moment », confie-t-il.
En 2017, il obtient un rôle plus consistant dans « Victoria & Abdul », aux côtés de Judi Dench. Il joue Mohammed, un serviteur indien. Le film est nominé aux Oscars, mais Ali Fazal reste dans l’ombre des stars occidentales. « J’étais un acteur de composition, pas une star. Les gens connaissaient mon visage, mais pas mon nom », résume-t-il.
Après Mirzapur : Hollywood, paternité et statut de superstar
Tout a changé avec Mirzapur. Le rôle de Guddu Pandit a propulsé Ali Fazal dans une nouvelle dimension. Son visage est devenu reconnaissable dans les rues de Mumbai, de Delhi, de Calcutta. Les offres ont afflué.
Hollywood a frappé à sa porte. En 2022, il joue dans « Death on the Nile », l’adaptation d’Agatha Christie par Kenneth Branagh, aux côtés de Gal Gadot. En 2023, il donne la réplique à Gerard Butler dans « Kandahar », un thriller d’action. « Mirzapur m’a ouvert des portes que je n’aurais jamais imaginées », dit-il.
Sur le plan personnel, Mirzapur a aussi changé sa vie. C’est sur le tournage de la série qu’il a rencontré Richa Chadha, l’actrice qui jouait sa femme dans la série. Leur relation a commencé dans les coulisses, et ils se sont mariés en 2023. En juillet 2024, ils ont accueilli leur première fille. « Mirzapur m’a donné une carrière, une famille, une vie », résume Ali Fazal.
Mirzapur : The Movie : le pari fou d’une série qui devient un film événement
Le 4 septembre 2026, « Mirzapur : The Movie » sortira dans les salles de cinéma indiennes. C’est un événement sans précédent : pour la première fois en Inde, une série OTT est transformée en film. Ali Fazal est aux anges.
« C’est la première fois en Inde qu’une série est transformée en film. C’est une expérience à l’échelle nationale », déclare-t-il. Le film explorera un chapitre inédit de la saison 1, offrant aux fans un contenu totalement nouveau.
« Une expérience nationale » : les ambitions du film pour septembre 2026
Ali Fazal ne cache pas son enthousiasme pour ce projet audacieux. « C’est une expérience à l’échelle nationale », répète-t-il. L’idée de passer du streaming au cinéma est risquée, mais l’acteur est confiant. « Les personnages sont bons, l’histoire est bonne. Nous sommes excités de partager chaque (promotion) », ajoute-t-il.
Le film sera distribué en salles dans toute l’Inde, une première pour une franchise née sur une plateforme OTT. Les producteurs d’Excel Entertainment, Ritesh Sidhwani et Farhan Akhtar, ont misé gros sur ce projet. Le teaser officiel, dévoilé cette semaine, promet une expérience cinématographique à la hauteur des attentes des fans.
Ali Fazal voit dans ce passage au cinéma une nouvelle étape dans l’évolution de l’OTT indien. « Nous montrons que les séries web peuvent aussi vivre sur grand écran », explique-t-il. C’est une revanche pour tous ceux qui, en 2018, lui disaient de « faire des films ».
Nouveaux visages et chapitres inédits : ce que le film va explorer
Le film se déroule pendant la saison 1, mais explore des événements qui n’ont pas été montrés dans la série. Les fans découvriront des scènes inédites, des dialogues supplémentaires, des personnages qui n’apparaissaient pas à l’écran.
Le casting original est de retour : Ali Fazal (Guddu Pandit), Pankaj Tripathi (Kaleen Bhaiya) et Divyenndu (Munna Tripathi) reprennent leurs rôles emblématiques. Mais il y a aussi des changements. Jitendra Kumar remplace Vikrant Massey dans le rôle de Bablu Pandit, une décision qui a suscité des débats parmi les fans.
Ravi Kishan rejoint la distribution, apportant une nouvelle dimension au film. Les producteurs ont promis que le film serait fidèle à l’esprit de la série, tout en offrant une expérience cinématographique unique.
Conclusion : Mirzapur, le pari risqué qui a redéfini une carrière
Le parcours d’Ali Fazal avec Mirzapur est un cas d’école sur la prise de risque dans un marché en mutation. En 2018, il a choisi de faire confiance à son instinct plutôt qu’aux conseils de ses pairs. Il a vu dans l’OTT une opportunité là où d’autres ne voyaient qu’un risque.
Huit ans plus tard, le pari est gagnant. Mirzapur est devenue l’une des séries les plus populaires de l’histoire de l’OTT indien, avec trois saisons et un film à venir. Ali Fazal est passé du statut d’acteur de composition à celui de superstar internationale. Il a rencontré sa femme sur le tournage, fondé une famille, et construit une carrière qui dépasse les frontières de l’Inde.
L’histoire d’Ali Fazal est aussi celle de l’OTT indien. En 2018, personne ne croyait que les séries web pouvaient rivaliser avec le cinéma. Aujourd’hui, Mirzapur : The Movie prouve que les frontières entre les médias sont en train de s’effacer. Les acteurs qui, comme Ali Fazal, ont eu le courage de dire oui à l’inconnu, ont gagné leur pari.
Pour les jeunes acteurs qui hésitent aujourd’hui, Ali Fazal a un message : « Faites confiance à votre instinct. Parfois, les meilleures décisions sont celles que personne d’autre ne comprend. » Guddu Bhaiya n’est pas seulement un personnage culte : c’est la preuve vivante que le courage professionnel paie, même quand tout le monde vous dit que vous avez tort.