
Une classe de Terminale pas si banale que ça
Cette classe, parlons-en. C'est tout ce qu'il y a de plus banal, sauf que :
- C'est une classe de 16 élèves
- Le lycée est désert
- Tout le monde est sociable
- Tout le monde est idiot
- Ils n'ont que trois cours différents
Très banal, donc.
Fiction ou réalité ? Le pari du mockumentary
Alors forcément, il faut savoir que c'est une fiction, que ce sont des acteurs et que les histoires sont scénarisées, même si j'ai ouï dire qu'il y avait beaucoup d'improvisation. J'avoue qu'au début je me suis bien fait avoir, jusqu'à ce qu'un trublion de service jette sa table par terre en appelant à la révolte nationale — là, j'ai commencé à douter.
Et avoir l'autorisation de filmer sa classe en permanence, c'est un peu gros (option cinéma, ben voyons), et ça n'a pas non plus l'air de gêner nos chers jeunes qu'une caméra les épie. Pour un souci de réalisme, on voit ces fameuses caméras, on voit ceux qui filment, et puis on admire la technique surtout : on fait exprès de bouger la caméra, on court avec, on fait de gros zoom baveux pour voir des yeux qui pleurent ! Bah ouais, souci de réalisme certains diront, moi ça me fait plutôt vomir toutes ces pirouettes, including sens figuré/sens propre (si on peut dire).
Des personnages stéréotypés à souhait
Les élèves qui peuplent cette classe, parlons-en : ce sont tous les archétypes possibles de djeunz. En bref : la salope, le noir sympa, le gothique, Mya Frye, etc. Regardez donc, vous serez tout de suite renseigné.
Certes, tout ceci est fait pour que l'on s'identifie aux personnages. L'ennui, c'est qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre vu que ce sont tous des imbéciles ; je propose une introspection rapide pour ceux qui ont eu le malheur de dire qu'untel leur ressemble (3, 2, 1, partez !). Les jeux d'acteurs sont à l'image de la série toute entière : vides.
Un scénario entre navets et voyeurisme
Et si je vous parlais du merveilleux scénario de cette série extraordinaire ? Alors c'est l'histoire d'une classe de jeunes cons, avec qui on vit les péripéties exaltantes du lycée. Mais je vous dis pas les péripéties quoi ! Toutes les histoires sentimentales qu'on peut avoir à cet âge sont en boîtes de concentré de navet ici !
On assiste à un exutoire de vannes, de rateaux, de roulages de pelloches, et de scènes d'amour dans des endroits incongrus (exemple : toilettes). Alors forcément c'est très crétin, m'enfin c'est dans la logique d'une série : il doit se passer des trucs sinon ce n'est pas intéressant (question : on fait comment s'il se passe des choses inintéressantes ?). On en revient à mon problème de réalisme, la situation est ici contradictoire car en réalité :
- Les garçons ne se font pas deux filles en deux jours
- Les filles ne sont pas toutes des inconscientes qui se laissent faire
- Il ne se passe pas une baston par jour
- J'ose croire qu'on n'est pas si débile
- En terminale, pas de secret, faut bosser
Pourquoi je regarde Ma Terminale quand même
Un vrai documentaire sur la vie dans un lycée aurait pu être intéressant mais il aurait montré la triste vérité : on se fait chier ! On n'est pas un groupe soudé par un objectif commun qui est l'accomplissement du bonheur personnel d'autrui. Nous, on est bien égoïste, ouais ! Nous, on cherche pas à savoir « Keskisaipassaih ? Keskiltadi ? Noncépavrai ? Leubatar ! ». Sans oublier les scènes voyeuristes de bas étage prises directement dans les vestiaires, à peine dissimulées.
— Mais pourquoi tu regardes c'te machin alors que tu déverses tant de bile dessus ?
Mais parce que c'est MAR-RANT ! Les filles qui courent dans la rue en minijupes aussi courtes que la mémoire d'un poisson rouge en criant « LACHMWAH LACHMWAAAAH ! », les projections lacrymales qui vous noient dans les bons sentiments, les confessions « j'te dis ça mais tu le répètes à personne HEIN HEIN HEIN ? » (ben non tu penses, les films sont des supports périssables) et ces bonnes gaudrioles dotées d'une dimension pathétique assez extraordinaire, l'ensemble perçu à travers un œil voyeur, tressautements de caméra à l'appui.
Le tout vous fera atteindre un état euphorique en phase (ma) terminal. Cette série est une vaste blague, d'une nullité crasse assumée et jouissive. Moins chiant que Les Feux de l'Amour, peut-être plus marrant que Smallville grâce à la forme (ne cherchez pas le fond : yapa), c'est le guilty pleasure du moment !
Twist final : la série ose tout
Ajout de dernière minute : on a carrément fait mourir un personnage ! Moi qui croyais que la série s'arrêtait aux préoccupations sub-ceinturiennes de la frange la plus parasitaire de la population (dixit P. Desproges), là voilà qu'elle vire vers du néo-trashisant des plus jouissifs, beuglements de vaches déguisés en pleurs inclus. Il reste encore deux épisodes, j'ose espérer que le meilleur (= le pire) est à venir.
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