La série DC "Lanterns" ne ressemble pas aux autres adaptations de super-héros. Plutôt qu'une opération spatiale spectaculaire, elle propose un thriller criminel ancré dans le Nebraska rural, où deux Green Lantern enquêtent sur un meurtre. Cette orientation, portée par des créateurs comme Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, attire un public bien au-delà des fans du comics.

Un concept ancré dans le réel, héritier du polar
"Lanterns" suit les Green Lantern Hal Jordan (Kyle Chandler) et John Stewart (Aaron Pierre), missionnés pour une enquête terrestre. Le producteur Peter Safran l'a décrite comme un "earthly crime thriller", explicitement influencée par des séries comme True Detective et Slow Horses.
Le format est celui du polar à deux personnages, où la tension ne vient pas seulement de l'intrigue criminelle, mais de la friction anxiogène entre les héros. Hal, vétéran pragmatique, et John, rookie idéaliste, incarnent deux visions de l'héroïsme confrontées à une réalité brutale. Cette dynamique est au coeur de la série, située résolument dans le monde réel et ses problèmes.
L'alégorie raciale, clé de la singularité
Ce qui singularise vraiment "Lanterns" dans le paysage saturé de super-héros, c'est l'utilisation de son contexte pour une réflexion sociale. La série transforme sa prémisse en allégorie puissante sur la race en Amérique.
Le dispositif est élégant : des aliens accordent des anneaux de pouvoir à des humains sans comprendre que ces dons auront des répercussions différentes selon la couleur de peau. Comme l'explique la critique, ces extraterrestres "ne saisissent pas le concept très humain de la race". La relation Hal-John devient alors le miroir de dynamiques de privilège et de désaccords profonds sur l'héritage historique. Cette ambition rappelle ce que la série Watchmen a fait avec la mémoire de Tulsa : utiliser le genre pour interroger les structures racistes persistantes.
Cette dimension a créé des remous. Le troisième épisode, poussant cette réflexion, a provoqué une controverse qui a fait chuter le score du public sur Rotten Tomatoes de 89% à 77%, un niveau inférieur à celui de The Penguin ou de Watchmen. Mais cette controverse elle-même témoigne de la capacité de la série à toucher des cordes sensibles.
Un succès d'audience qui valide l'approche
Malgré ces débats, le public a massivement répondu. En seulement trois jours, "Lanterns" a attiré 9,3 millions de téléspectateurs sur HBO Max, un record pour une série DC sur la plateforme, dépassant The Penguin et Welcome to Derry. Ce succès démontre qu'une intrigue adulte, ancrée dans des questions sociales, peut trouver un large auditoire.
La série hérite d'ailleurs du créneau dominical historique de Game of Thrones sur HBO, un gage de confiance. Elle affirme qu'une production de super-héros peut être avant tout un thriller pour adultes, où les anneaux de pouvoir servent à éclairer les conflits terrestres plus qu'à nourrir des batailles cosmiques.
Une présence française et un positionnement clair
En France, "Lanterns" est accessible via HBO Max (disponible en complément sur Prime Video) et dans les offres de Canal+. Son positionnement est clair : une série DC qui mise sur l'écriture et la tension dramatique plutôt que sur l'action frénétique.
"Trouve sa voix, sa raison d'être, dans une culture saturée d'oeuvres de super-héros moins distinguables" analyse la critique. En centrant son récit sur la relation fracturée entre ses deux héros et les tensions raciales qu'ils incarnent, elle parvient à toucher un public plus large, intéressé par un thriller social bien écrit autant que par l'univers DC.
"Lanterns" réussit l'exercice de la relecture en posant les bonnes questions. Plutôt que de simplement adapter des combats de comics, elle utilise ses héros et leur monde comme une lentille pour examiner la société réelle. La dynamique entre Hal et John, ancrée dans des enjeux de race et de privilège, offre un coeur émotionnel et intellectuel qui dépasse la simple pantomime héroïque.
Dans un paysage où la fatigue des super-héros se fait sentir, "Lanterns" montre qu'un renouvellement par le thriller social est possible.