
La publicité, on n'y coupe pas, elle est présente partout. Elle fait partie intégrante de notre mode de vie qui consiste à travailler pour acheter des trucs afin d'assurer sa survie et de s'intégrer à la société. Ce souci d'intégration fait que le nombre de gens qui n'ont pas la télé doit être insignifiant, et quoi de mieux que cette boîte à images que l'on regarde passivement parfois des heures durant pour nous renseigner sur les mille et une façons de dépenser du fric ?
La télé est une invention extraordinaire. Elle peut à la fois informer, éduquer et divertir les gens, c'est une fenêtre ouverte sur le monde... que créent pour nous ceux qui sont derrière l'écran. Les différents programmes s'y enchaînent rapidement et les grandes questions de notre temps s'y situent exactement au même niveau que la dernière pub de Coca-Cola.
Pourquoi les coupures pub sont-elles si agaçantes ?
Moi, ce qui m'embête le plus, ce sont les coupures pubs à l'intérieur des programmes. Par exemple, vous regardez un film. Au bout de 35 minutes, vous êtes à fond dans la peau du personnage et vous cogitez sur la suite possible des événements. L'histoire est bien en place et le film va de rebondissement en rebondissement, la tension est à son paroxysme lorsque soudain : toc toc toc, hé, c'est la pub ! Achetez une Peugeot 367 parce que c'est une bonne caisse, achetez cette lessive parce qu'elle lave bien, bouffez ce jambon parce qu'il est bon... Aaarg ! À quand les coupures pub au milieu du journal télévisé, comme c'est le cas au Québec ?
Le regretté Coluche disait : « La publicité, ça s'adresse uniquement aux débiles mentaux. » Dans un sens, il avait raison, car toutes les pubs à la télé pourraient être remplacées par ceci : les marques machin, truc et bidule veulent vous dire : « Achetez nos produits, vous irez mieux. »

La pub tient-elle ses promesses ?
Ah bien sûr, personne n'est parfait. Moi aussi j'y ai cru au début (quand j'étais petit), mais j'ai rapidement constaté qu'il y avait un problème, qu'on se foutait de ma gueule en fait. J'ai pu confirmer mon intuition en effectuant des tests dont voici les résultats. J'ai acheté du savon Zest que j'ai utilisé en me douchant le matin : je n'étais pas pour autant de meilleure humeur que d'habitude, contrairement à ce que me laissait penser la pub. Ensuite, j'ai mis du déodorant Axe et j'ai pris les transports en commun. Là encore, aucune fille ne s'est jetée sur moi (euh, je veux dire pas plus que d'habitude 😉) comme elles l'auraient fait si j'avais été dans la pub. Vous trouvez ça normal, vous ?
Il y a quelques perles aussi, comme cette marque d'ordinateur qui dit fièrement : « Ce n'est pas à l'homme de comprendre l'ordinateur, mais c'est à l'ordinateur de comprendre l'homme. » Alors là, je suis mort de rire. Ils ont dû inventer un microprocesseur révolutionnaire, d'un niveau de technologie ahurissant ! Nan nan, ils ont simplement mis un autocollant avec leur marque sur un bête ordinateur.
Comment la publicité manipule-t-elle les consommateurs ?
Bon, trêve de plaisanterie. Aujourd'hui, la publicité ne se contente pas d'informer de l'existence d'un produit, elle se doit d'être inventive et divertissante, de transmettre au consommateur les « valeurs » de la marque. À travers les armes de la séduction et la valorisation de soi, la pub veut surtout vendre à tout prix.
Les publicitaires imaginent des tas de choses, comme par exemple utiliser des grands classiques musicaux : « Woaaa t'as vu la pub pour cette eau minérale, là, où les gens différents ont une voix de gamin et ils chantent : We will, we will rock you, elle est super ! » Certaines publicités misent sur la surenchère de débilité pour plaire aux « djeun's », parce que c'est top déliiiiiire : « Va acheter bonheur chez ton marchand de journaux, va, va », d'autres encore exploitent nos instincts primaires : « T'as vu la meuf/le mec de cette pub, elle/il est trop sex ! »
Mais finalement peu importe, du moment que la marque s'est fait connaître, puisqu'après on vous balance une pub qui dit : « Achetez des marques, vous n'aurez pas de mauvaises surprises et vous aurez l'esprit tranquille, blablabla une marque c'est bien, blablabla, une marque y a que ça de vrai, blablabla... »
Donc pour le consommateur, la pub est un gage de qualité : « T'achètes ça toi ? Ben ouais c'est connu, ils font de la pub à la télé ! » Évidemment, ceci n'est pas totalement faux, mais c'est destiné à nous maintenir dans une illusion, le monde merveilleux de la publicité et de la consommation, la course à l'argent pour se payer toutes ces choses. Sachez par ailleurs que les publicitaires travaillent en collaboration avec des neuropsychologues et étudient scientifiquement la meilleure communication possible pour atteindre les zones sensibles du cerveau.
Un petit bémol cependant concerne les publicités utiles, pour la sécurité routière, l'usage du préservatif, les Restos du Cœur, etc. Mais elles ne représentent pas la majorité, loin de là.
Le regretté Coluche, encore lui, disait : « Les pauvres c'est les gentils et les riches c'est les méchants, mais tout le monde veut devenir méchant. »

Quel est le système derrière la publicité ?
Voici donc rien que pour vous et en exclusivité la méthode à suivre pour avoir une vie de roi peinard : d'un côté, prenez des gens et ne leur laissez pas le choix, obligez-les à travailler pour pas un rond dans des conditions très dures. De l'autre, prenez des gens à qui vous laissez juste assez de liberté et de rêves (amour, possessions, divertissements) pour qu'ils soient conciliants avec le système et participent à l'élaboration de trucs biens (belles maisons, voitures de luxe, services divers, etc.). Il ne vous reste plus qu'à fourguer la marchandise (par exemple, des chaussures et vêtements de sport...) fabriquée par les premiers aux seconds à vingt fois ce qu'elle vous en aura coûté, en leur faisant croire que c'est ça la vraie vie et que s'ils l'achètent pas ils seront des loosers. Ensuite, profitez de tout ce que vous pourrez leur acheter avec les bénéfices. Merci la publicité !
Pourquoi les enfants sont la cible préférée des publicitaires
En général, le public le plus visé est jeune car il est le plus réceptif, et il faut habituer très tôt les enfants à cette logique de consommation afin qu'elle fasse partie de leur éducation et de leur personnalité.

Les kids, les enfants de quatre à douze ans, sont ainsi devenus la dernière frontière du marketing américain. Leur pouvoir d'achat global était évalué à 14,3 milliards de dollars en 1991, deux fois plus qu'en 1980. Et ils influenceraient les achats de leurs parents à hauteur de 128 milliards de dollars par an. Enfin, ils constituent une cible de rêve pour les publicitaires du fait qu'ils sont beaucoup plus influencés que les autres groupes d'âge par les messages des annonceurs.
Une telle vulnérabilité provoque l'enthousiasme de Mme Barbara Caplan, vice-présidente de l'entreprise de marketing Yankelovich Partners : « Ils pourraient bien être le dernier marché restant sur Terre. Face à la publicité, les adultes sont circonspects, flairent l'arnaque et le baratin. Les enfants, eux, regardent la télé et s'exclament juste : c'est super ! » (extrait d'un article du Monde diplomatique)
Comment se protéger de la pub ?
Bon, voilà, j'espère avoir éclairci le fait que pour tous les gens qui ont des intérêts dans la télé, nous ne sommes rien de plus que des portefeuilles sur pattes. Je vous conseille de couper le son de votre télé lorsqu'il y a des pubs (autant que possible). Au début, vous vous sentirez mal à l'aise, mais une fois que vous aurez surmonté votre accoutumance, vous irez beaucoup mieux. Et pis, regardez la télé le moins possible d'ailleurs.