
Certains d'entre vous se demandent sûrement de quoi il s'agit. Commençons donc par une définition pour éclaircir la chose : une espèce exotique envahissante désigne toute espèce d'origine non locale qui, s'implantant dans un écosystème ou un habitat naturel ou semi-naturel, constitue un facteur de changement et menace la diversité biologique locale.
L'exemple de la Caulerpa taxifolia, l'algue tueuse
Cette définition peut sembler abstraite. Illustrons-la avec un cas d'actualité : celui de l'algue surnommée « tueuse » ou, pour les scientifiques, la Caulerpa taxifolia. Cette algue existe normalement en touffes réduites dans les eaux tropicales. Elle fut introduite dans les années 1980 dans l'aquarium de Monaco. En 1984, une première touffe d'un mètre carré est découverte sous le rocher de Monaco. En 1989 (soit 5 ans plus tard), 10 000 mètres carrés sont recensés. En 1994, 1,5 million de mètres carrés de Caulerpa sont recensés dans le bassin méditerranéen. On la trouve aujourd'hui dans toute la Méditerranée et elle est aux portes de Gibraltar. En 1996, son extension est évaluée à 30 millions de mètres carrés. Une expansion spectaculaire, non ?

Pourquoi les espèces exotiques envahissantes menacent-elles la biodiversité ?
Outre la destruction des habitats et des ressources alimentaires des espèces vivantes, les invasions d'espèces exotiques jouent un rôle majeur dans l'accélération de l'extinction des espèces. Pourtant, le phénomène reste trop méconnu. La préoccupation est récente, il est vrai (le concept de biodiversité a été consacré pour la première fois au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992), mais le problème posé n'est pas nouveau. Hormis quelques exceptions telles que l'introduction du lapin en Australie ou la disparition d'espèces autochtones en Corse, qui s'en soucie ? Il y a trois ou quatre siècles, introduire de nouvelles plantes ou de nouveaux animaux d'Outre-mer en Europe était même considéré comme une action utile, d'où la vogue des jardins botaniques.
Cependant, la situation est toute autre aujourd'hui ! Le phénomène s'est singulièrement accéléré à notre époque. Par exemple, il y a eu le même taux d'introduction de vertébrés en Nouvelle-Calédonie entre 1950 et 1990 qu'entre -800 et 1950 ! Une évolution qui se mesurait en millénaires se produit maintenant à l'échelle du siècle, voire du demi-siècle. Les écosystèmes n'ont pas le temps de s'adapter et les équilibres ne peuvent plus se réaliser.

Conséquences biologiques, économiques et sociales
Les espèces invasives sont devenues un problème biologique, économique et social.
L'impact biologique sur les écosystèmes
Ces espèces menacent les écosystèmes natifs que l'humain essaie de protéger. On observe une diminution de la richesse spécifique endémique et une perte de leur diversité. Les invasions entraînent la colonisation de niches écologiques, réduisant souvent l'espèce native à un habitat confiné. Ces espèces deviennent alors encore plus sensibles aux perturbations environnementales. Beaucoup d'études montrent l'impact des nuisibles sur le comportement ou la taille des populations. Cependant, peu d'études ont été réalisées sur l'impact au niveau de la diversité génétique des espèces touchées. De plus, le concept d'espèce invasive reste flou : il est difficile de déterminer avec précision à partir de quand une espèce peut être considérée comme envahissante.
L'impact économique des espèces envahissantes
L'impact économique des espèces envahissantes est considérable. Des milliards de dollars sont perdus chaque année et dépensés pour lutter contre ces espèces. En effet, des dommages ont lieu dans les récoltes (agriculture, apiculture, viticulture), dans les pâtures, les forêts et les mers. S'ajoute à cela le fait que les traitements pour réduire les populations d'espèces envahissantes sont coûteux.
L'impact social sur les populations
Ces espèces peuvent affecter la qualité de vie des populations vivant dans les régions infestées. La sensibilisation, qui a commencé tôt dans les milieux insulaires, n'a réellement progressé que grâce à la prise en compte de l'opinion publique sur la préservation des espèces en voie de disparition.
Comment prévenir les invasions biologiques ?
De nombreux moyens ont été investis pour lutter contre ces espèces. Mais la meilleure solution ne serait-elle pas de s'attaquer à la source, c'est-à-dire de limiter les responsables des introductions ? Le problème est que ces introductions se font surtout de manière involontaire, mais certaines d'entre elles auraient pu être évitées. Pour plus d'informations sur le sujet, vous pouvez consulter ce site en anglais (désolé, mais il existe très peu de sites francophones « valables » sur le sujet) : http://www.issg.org/booklet.pdf