Un technicien portant un gilet jaune avec le logo TERRATIS tenant des contenants transparents remplis de moustiques tigres mâles stériles lors d'une expérimentation à La Verpillière.
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Moustique tigre : cinq villes testent la stérilisation, mais l’horizon 2030 reste un défi industriel

La stérilisation des mâles moustiques tigres montre des résultats encourageants dans cinq villes françaises, avec des réductions de nuisance de 50 à 90%…

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La stérilisation des mâles est une arme biologique contre le moustique tigre. Elle ne tue pas l’insecte mais vide sa descendance d’œufs viables. Cette technique, testée en France depuis 2025, promet une réduction significative de la nuisance et des risques de transmission de maladies. Mais pour que la méthode fasse mouche à grande échelle d’ici 2030, des verrous industriels et réglementaires doivent sauter.

Un technicien portant un gilet jaune avec le logo TERRATIS tenant des contenants transparents remplis de moustiques tigres mâles stériles lors d'une expérimentation à La Verpillière.
Un technicien portant un gilet jaune avec le logo TERRATIS tenant des contenants transparents remplis de moustiques tigres mâles stériles lors d'une expérimentation à La Verpillière. — (source)

Des mâles irradiés aux rayons X pour des œufs vides

Le principe de la Technique de l’Insecte Stérile (TIS) repose sur un fait biologique précis : les femelles du moustique tigre (Aedes albopictus) ne s’accouplent qu’une seule fois dans leur vie. Si cet accouplement unique a lieu avec un mâle stérile, les œufs qu’elles pondent sont vides.

La start-up Terratis, basée à Montpellier, produit ces mâles en élevage. Ils sont irradiés aux rayons X pendant douze minutes, un traitement qui perturbe leur sperme sans le rendre toxique. Ces mâles, incapables de transmettre une descendance, sont ensuite lâchés dans la nature pour concurrencer les mâles sauvages.

Cette approche, qui s’appuie sur quatorze ans de recherche de l’IRD, ne consiste pas à modifier génétiquement l’insecte. Elle ne relève pas non plus de l’insecticide classique. Elle exploite une faille dans le cycle de reproduction pour couper l’épidémie à la source.

Carte ou schéma de la région occitanie avec une illustration de moustiques tigres, représentant la lutte menée par Terratis depuis Montpellier.
Carte ou schéma de la région occitanie avec une illustration de moustiques tigres, représentant la lutte menée par Terratis depuis Montpellier. — (source)

Une variante dite « renforcée », coordonnée par le CIRAD, va plus loin. Elle combine irradiation et une dose infinitésimale de biocide spécifique, transmise aux femelles lors de l’accouplement. Ce biocide se retrouve ensuite dans les gîtes larvaires, ciblant la génération suivante.

Ce que mesurent vraiment les essais en France

Les premiers résultats chiffrés arrivent de plusieurs sites pilotes. Ils mesurent soit la réduction de la nuisance, soit le taux de stérilité des œufs, souvent les deux.

Brive, la ville-test

Brive-la-Gaillarde a lancé la première opération française en 2025. Sur 110 hectares, 11 millions de mâles stériles ont été relâchés au rythme de 400 000 par semaine. Le bilan fait état d’une « diminution durable de la nuisance » avec une efficacité de 50 % sur la zone protégée. Le taux de stérilité observé dans les œufs a atteint 50 %, sous l’objectif initial de 60 %. Une seconde phase a commencé sur 140 hectares, visant désormais 90 % de stérilité.

Résultats prometteurs d'une opération de lâcher de moustiques tigres stériles pour limiter leur prolifération à Brive-la-Gaillarde.
Résultats prometteurs d'une opération de lâcher de moustiques tigres stériles pour limiter leur prolifération à Brive-la-Gaillarde. — (source)

Montpellier et Toulouse passent à l’échelle

À Montpellier, 85 000 mâles stériles ont été lâchés dans un quartier durant l’été 2025, avec deux relâchers par semaine jusqu’à fin septembre. Les premiers résultats devaient être connus au printemps 2026.

Toulouse a lancé une opération plus ambitieuse le 26 mai 2026. Au cimetière Terre-Cabade, 200 000 mâles stériles sont relâchés chaque semaine pour une durée de deux ans. Le budget avancé est de 180 000 euros. Les objectifs affichés sont une baisse de 50 % de la population la première année, et de 80 % après deux ans. La ville précise qu’elle refuse pesticides et insecticides depuis 2015.

Une chercheuse explique le processus de lâcher de moustiques stériles lors d'une opération à Toulouse.
Une chercheuse explique le processus de lâcher de moustiques stériles lors d'une opération à Toulouse. — (source)

À La Réunion, des baisses plus fortes

Les résultats les plus significatifs proviennent de l’outre-mer. Dans le quartier Duparc de Sainte-Marie, la TIS a permis une réduction moyenne de 50 % de la natalité des moustiques tigres. Ce chiffre est monté à 60 % dès la première année et jusqu’à 90 % en deuxième année de traitement. Louis-Clément Gouagna, coordinateur des recherches de l’IRD, nuance cependant : la TIS n’éliminera pas totalement la population, mais elle la réduit fortement.

2030 : un objectif crédible, à condition de lever les freins

L’ambition d’un déploiement à l’horizon 2030 se heurte à trois défis majeurs : la production industrielle, l’absence de cadre réglementaire et la place à accorder à cette technique dans une stratégie globale.

Produire des millions de mâles : le défi industriel

Terratis produit actuellement environ un million de mâles stériles par semaine dans une ferme de 220 m² à Montpellier. La start-up a levé 1,5 million d’euros en mars 2025 et vise une production de 100 millions de mâles d’ici 2028, avec une usine opérationnelle prévue cette année-là. C’est cette montée en charge qui conditionne l’extension à de nouveaux territoires. 

Brive-la-Gaillarde, première ville française à tester la stérilisation des moustiques tigres en 2025

Ce qui manque : un cadre réglementaire et une stratégie intégrée

L’ANSES reconnaît l’efficacité de la TIS pour réduire le taux d’éclosion des œufs chez le moustique tigre, mais la considère comme « probable » chez l’autre espèce vectrice, Aedes aegypti. L’agence met en garde : les lâchers ne peuvent supprimer à eux seuls la nuisance. Ils doivent s’inscrire dans une stratégie intégrée combinant plusieurs méthodes.

L’agence souligne aussi l’absence de cadre réglementaire spécifique aux lâchers d’insectes stériles. Elle recommande la création d’un statut réglementaire avec déclaration obligatoire, et mentionne des effets non intentionnels possibles comme la résistance ou une perturbation des chaînes alimentaires.

Selon Mediapart, cinq villes françaises ont adopté la technique au printemps 2026, mais la technique, « fraîchement sortie des laboratoires », doit encore faire ses preuves. Cette rapidité de déploiement sans cadre officiel suscite des interrogations parmi des écologues, comme on l’observe autour d’autres grands projets d’infrastructure soumis à des enjeux environnementaux complexes, tels que les transformations induites par les parcs éoliens en mer.

L’urgence sanitaire, elle, est bien réelle. Le moustique tigre était présent dans 81 départements en 2024, et l’été 2025 a été marqué par un nombre sans précédent de cas autochtones de chikungunya et de dengue.

La piste de la TIS renforcée

Le projet OpTIS du CIRAD pourrait accélérer l’efficacité. Il prévoit des essais à plus grande échelle à Saint-Joseph, à La Réunion, avec 60 000 mâles stériles relâchés par semaine durant l’hiver austral 2025. Ce projet, mené en contexte épidémique de chikungunya, testera la version renforcée avec biocide.

La stérilisation des mâles est une réponse technique prometteuse, mais elle reste un outil complémentaire. Son déploiement d’ici 2030 dépendra autant de la capacité à construire des usines de production massive que de l’élaboration d’un cadre réglementaire clair et d’une stratégie sanitaire nationale intégrée. La véritable victoire contre le moustique tigre se jouera dans l’acceptabilité politique et sociale de cette solution biologique.

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Questions fréquentes

Comment fonctionne la stérilisation des moustiques tigres ?

Des mâles sont élevés puis irradiés aux rayons X pendant 12 minutes, ce qui les stérilise sans rendre leur sperme toxique. Les femelles qui s'accouplent avec ces mâles pondent des œufs vides, réduisant ainsi la population.

Quels résultats donnent les essais en France ?

À Brive, une réduction de 50% de la nuisance a été observée avec un taux de stérilité des œufs de 50%. À La Réunion, les baisses de la natalité des moustiques atteignent de 50% à 90% après deux ans de traitement.

Pourquoi le déploiement à grande échelle est-il difficile ?

La production industrielle de millions de mâles stériles est un défi technique et financier. Il existe aussi un vide réglementaire pour encadrer ces lâchers, qui doivent s'inscrire dans une stratégie intégrée.

La stérilisation est-elle une modification génétique ?

Non, la technique n'est pas une modification génétique. Elle repose sur l'irradiation aux rayons X pour stériliser les mâles, exploitant le fait que les femelles du moustique tigre ne s'accouplent qu'une fois.

Qu'est-ce que la TIS renforcée ?

C'est une variante qui combine l'irradiation à une dose infime de biocide spécifique. Ce biocide, transmis à la femelle lors de l'accouplement, vise ensuite la génération suivante dans les sites de reproduction.

Sources

  1. anses.fr · anses.fr
  2. bfmtv.com · bfmtv.com
  3. cirad.fr · cirad.fr
  4. francetvinfo.fr · francetvinfo.fr
  5. leparisien.fr · leparisien.fr
myth-buster
Enzo Flambot @myth-buster

Je suis fasciné par le paranormal, mais je refuse d'y croire sans preuves. Étudiant en sciences cognitives à Bordeaux, j'adore les légendes urbaines, les cryptides et les phénomènes inexpliqués – et j'adore encore plus les décortiquer. Mon approche : d'abord la fascination, ensuite l'analyse. Je vulgarise les biais cognitifs qui nous font voir des fantômes et entendre des voix dans le bruit blanc. Spoiler : le cerveau humain est plus flippant que n'importe quelle histoire de fantômes.

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