Image 1
Sciences

Les intelligences selon les cultures

L'intelligence varie selon les cultures. Découvrez comment Inuits, Chinois et Indiens définissent l'intelligence différemment, et pourquoi les tests de QI occidentaux ne sont pas universels.

As-tu aimé cet article ?

Image 2
Image 2

Une nation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle.

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.

Tout le monde peut être important car tout le monde peut servir à quelque chose.

Notre pouvoir scientifique a dépassé notre pouvoir spirituel. Nous savons guider des missiles mais nous détournons l'homme de sa voie.

Martin Luther King

Dans cet article, je présenterai différents points de vue scientifiques. Plutôt que de réinventer la poudre, je m'appuierai sur les études en psychologie du développement ainsi que sur l'excellent livre de Robert Sternberg, International Handbook of Intelligence. Il existe peu de livres en français sur le sujet.

Cet article n'est pas exhaustif, il a simplement l'ambition de vous donner le goût d'en savoir plus.

Image 6
Image 6

Définition et typologie des cultures

Voici une définition de la culture par Tylor (anthropologue britannique), 1881 : « La culture est un ensemble complexe incluant les savoirs, les croyances, l'art, les mœurs, le droit, les coutumes ainsi que toutes les dispositions ou usages appris par l'homme vivant en société. »

L'anthropologue Geert Hofstede a classé les cultures en termes d'« individualisme – collectivisme » (1980, 1983). Smith et Schwartz (1997) ont approfondi cette compréhension et défini 4 « cultures types » :

  1. Particularisme (Individualité + hiérarchie) : Europe de l'Est et du Centre (Roumanie, Russie, Tchécoslovaquie)
  2. Universalisme (Individualité + égalité) : Europe de l'Ouest et du Nord, États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande
  3. Collectivisme vertical (Collectivisme + hiérarchie) : Asie Pacifique (Japon, Indonésie, Corée du Sud)
  4. Collectivisme horizontal (Collectivisme + égalité) : Europe du Sud

Vous remarquerez qu'il n'est pas dit grand-chose sur les pays d'Afrique. En revanche, vous pouvez imaginer qu'un test d'intelligence développé pour un contexte « individualiste », où la performance est valorisée, est probablement inadéquat pour les peuples issus de pays où le collectivisme prédomine et où la patience ou la lenteur est une vertu !

Les cultures fortement imprégnées par les religions (comme le confucéanisme ou l'islam) se réfèrent aux écritures pour définir l'intelligence.

De nombreux chercheurs considèrent qu'il est difficile d'étudier l'intelligence entre cultures car « c'est la culture qui donne forme à l'esprit », selon des chercheurs comme Tomasello ou Jérôme Bruner.

Le psychologue du développement Howard Gardner considère qu'il existe des « intelligences de base » quelle que soit la culture, et il a cherché à les délimiter.

Le psychologue cogniticien Robert Sternberg a lancé une dynamique entre chercheurs de différents pays pour identifier ce que chaque culture valorise, afin de construire une théorie plus globale.

Image 5
Image 5

Piaget, Vygotsky et les précurseurs de l'intelligence culturelle

Le Suisse Jean Piaget se définit avant tout comme un épistémologue, c'est-à-dire un philosophe qui cherche à comprendre comment se construit la connaissance.

Il a naturellement voulu comprendre les processus mis en place par l'enfant dans la construction de son intelligence. Piaget n'était guère préoccupé par les différences individuelles mises en exergue par les tests de QI, mais par la façon dont les enfants passent d'un raisonnement « magique » à un raisonnement logique adulte.

Des chercheurs d'horizons divers se sont vite emparés de son modèle pour le tester auprès d'autres cultures. Pierre Dasen a beaucoup travaillé sur ce sujet.

Des anthropologues comme Margaret Mead et Franz Boas ont jeté les premières fondations de ces recherches.

Selon le psychologue russe Lev Vygotsky, c'est le langage qui façonne l'intelligence. Comme ce langage repose sur les normes sociales d'une époque et d'un contexte culturel donné, le monde social façonne l'intelligence des individus.

Image 4
Image 4

Les recherches de Pierre Dasen sur l'intelligence

Les travaux du Suisse Pierre Dasen reposent sur le modèle de Jean Piaget, qui avait mis en place des expériences visant à comprendre les capacités de l'enfant à appréhender certains concepts « physiques », comme la conservation de l'objet ou la conservation des liquides.

Pierre Dasen a réalisé des études comparatives sur 5 populations :
- les Inuits du Canada
- les Aborigènes d'Australie
- les Ébrié de Côte d'Ivoire
- les Baoulé de Côte d'Ivoire
- les Kikuyu du Kenya

Il observe un développement différencié des notions de conservation des quantités :
- très précoce chez les populations d'agriculteurs sédentaires (Baoulé et Kikuyu), ce qui s'explique par une familiarité précoce avec la transformation de la matière
- précoce chez les Ébrié, également sédentaires mais vivant pour moitié de l'agriculture, pour moitié de la pêche
- beaucoup moins précoce chez les Inuits et les Aborigènes, qui vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette

Ces développements différenciés s'expliquent par des pratiques différentes et donc des apprentissages valorisés différents.

Dasen conclut que « ces compétences cognitives sont universellement partagées mais ne sont pas nécessairement activées aux mêmes âges du fait des pratiques culturelles. Mais elles peuvent être activées par l'apprentissage. »

On constate donc un décalage temporel, souvent de 3 ans, selon les compétences observées.

Image 3
Image 3

L'intelligence chez les Inuits : le concept d'Ihuma

À l'origine, les Copper Inuits sont une population nomade, vivant de la chasse et de la pêche en milieu arctique.

Question de Pamela Stern, anthropologue : la sédentarisation et la scolarisation vont-elles modifier les modes de vie et les valeurs de ces Inuits ?

Comment les Copper Inuits se représentent-ils l'intelligence ?

L'Ihuma n'est pas inné mais est acquis par l'enfant au cours de son développement : l'enfant saura ensuite « comprendre ». Cette faculté peut prendre différentes formes et n'est pas associée à une mesure ou un jugement de valeur entre individus. L'objectif de l'éducation est de posséder l'Ihuma pour permettre une vie réussie.

Les valeurs transmises par l'éducation (liées à l'environnement hostile) : patience, équilibre émotionnel, capacité à exprimer des émotions positives, mais aussi habiletés physiques et innovation.

L'Ihuma est défini comme la faculté intellectuelle qui permet à l'individu de répondre correctement aux attentes de son environnement physique et social :
- Agir de manière rationnelle et socialement acceptée : patience, tolérance, absence d'agressivité, bonne humeur sans frivolité
- Pouvoir résoudre les petits et les grands problèmes

Les comportements manifestant l'intelligence chez les Inuits :
- savoir réparer
- apprendre à un bébé à marcher
- travailler régulièrement
- savoir pêcher
- permettre aux autres de se sentir bien
- savoir éviter les conflits

Image 8
Image 8

La vision chinoise de l'intelligence

Il existe une tradition très ancienne des tests d'intelligence en Chine. Yan Zhitui, un éducateur et philosophe qui a vécu entre 531 et 591 avant Jésus-Christ, avait mis en place ce type de test appelé « Shi Er » (Prédiction de l'enfant). Le « tangram » est un outil utilisé dans la compréhension de ces processus.

Les Chinois ont introduit les batteries de tests de QI au XXe siècle. Sous l'impulsion de l'Américain Robert Sternberg, Yang et Sternberg ont publié un article sur « comment les Chinois voient l'intelligence ». Cette étude fait écho à une autre publiée par Zhang et Wu en 1994.

Yang et Sternberg ont identifié 5 facettes de l'intelligence selon les Chinois :
- A) Les capacités cognitives générales
- B) L'intelligence interpersonnelle
- C) L'intelligence intrapersonnelle
- D) L'ambition intellectuelle à se promouvoir
- E) L'ambition intellectuelle à s'effacer

Image 7
Image 7

L'intelligence en Inde : la Buddhi et le karma

L'intelligence est décrite comme Buddhi. Ce terme provient de « Budh » qui signifie « être conscient de », et « ti », suffixe indiquant une action, un état ou un fait (Baral & Das in Sternberg, 2004).

Comme la pensée occidentale, les Indiens supposent l'idée d'une génétique et d'un environnement favorable. Ceci est le fruit de leurs actions, qu'ils appellent « karma ». La philosophie hindouiste considère que nous avons tous eu des vies antérieures et que le fruit de nos actions est le karma, ce qui explique les différences individuelles comme l'intelligence.

Selon les écritures sacrées de la Bhagavad Gîtâ, voici quelques définitions de la Buddhi :
1. La Buddhi est au-dessus de l'esprit, qui est lui-même au-dessus des sens
2. La Buddhi est sujette à la confusion, à l'erreur et à la distorsion, spécialement lorsqu'elle dépend des sens. Le désir, la colère, la luxure obscurcissent la connaissance
3. La Buddhi est quelque chose que certaines personnes ont, d'autres pas (comme la sagesse ou le discernement)
4. La Buddhi est une entité cognitive, plutôt qu'un mode de pensée
5. La Buddhi est aussi affective et calcul. Raison, volonté, émotions, cognition, jugement, décision : tout cela fait partie de la Buddhi

Image 9
Image 9

Conclusion

Comme vous pouvez le constater, il n'est pas simple d'étudier l'intelligence selon les différentes visions du monde. En revanche, c'est très enrichissant et cela nous invite à voir plus loin que nos propres civilisations.

Image 1
Image 1

Livres et lectures conseillés

Sternberg, R. J. (2004). International Handbook of Intelligence. Cambridge, UK : Cambridge University Press.
Le livre de référence sur le sujet, sous la direction du plus grand spécialiste actuel de l'intelligence, Robert Sternberg : 15 approches culturelles différentes de la recherche scientifique.

Bril, B., & Lehalle, H. (1988). Le développement psychologique est-il universel ? Paris : Presses Universitaires de France.
Blandine Bril est connue pour ses recherches sur les différences culturelles. Même si ce livre n'est pas dédié à l'intelligence, il vous donnera une solide fondation sur la psychologie interculturelle.

Eysenck, M. W. (2004). Psychology: An International Perspective. Hove : Psychology Press.
Un excellent ouvrage pour s'initier à tous les aspects de la psychologie étudiée dans les universités. Le psychologue Michael Eysenck est un excellent vulgarisateur.

Shiraev, E., & Levy, D. (2001). Introduction to Cross-Cultural Psychology: Critical Thinking and Contemporary Applications. Needham Heights, MA : Allyn & Bacon.
Un bon ouvrage d'introduction sur la psychologie interculturelle.

Lynn, R. (1991). Race differences in intelligence: A global perspective. Mankind Quarterly, 31, 254-296.
Un article scientifique sur une évaluation du QI pour plusieurs pays.

Mbuyi-Mizeka, A. (2001). L'intelligence cognitive du jeune enfant d'Afrique noire. Paris : L'Harmattan.
Des points de repère sur les travaux de l'intelligence en Afrique noire.

Revues scientifiques conseillées

Si vous accédez à une bibliothèque universitaire de fac de psychologie, je vous conseille de plonger votre curiosité dans les revues suivantes :
- Journal of Cross-Cultural Psychology
- International Journal of Behavioral Development
- EthnoPsy
- Journal International de Psychologie
- Intelligence (non dédiée à la culture mais à l'intelligence)

Trouver des ressources sur Internet

Si la bibliothèque reste l'endroit privilégié, il est possible de trouver de bonnes sources sur Internet :
- Amazon.com : beaucoup d'ouvrages, notamment des livres d'occasion en anglais
- Fetchbook.info : pour retrouver rapidement la meilleure offre sur un livre
- Google : cherchez en fonction des noms de chercheurs scientifiques cités dans cet article

Pour ceux qui ont un budget plus conséquent, vous pouvez vous abonner à PsycINFO, la base de données de la recherche en psychologie scientifique.

As-tu aimé cet article ?
cyrille999
cyrille999 @cyrille999
12 articles 0 abonnés

Commentaires (5)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...