
Qu’est-ce qu’un enfant à haut potentiel ?
Contrairement aux idées reçues, les enfants surdoués n’ont pas la vie facile : ils sont souvent victimes de leur propre intelligence et de leur grande sensibilité. Ce travail de fin d’année réalisé en cours de psychologie explore les particularités de ces enfants à haut potentiel intellectuel.
Définitions et termes associés
Un enfant est considéré comme surdoué lorsque son rythme de développement intellectuel est très supérieur à la moyenne de son âge, alors que son développement affectif, relationnel et psychomoteur correspond aux normes habituelles.
Il existe principalement trois termes pour désigner cette avance intellectuelle :
- Surdoué
- Intellectuellement précoce (EIP)
- Dyssynchronique
L’appellation « surdoué » est controversée car elle véhicule des connotations affectives fortes et crée une confusion avec les prodiges. De nombreux débats visent à privilégier le terme « intellectuellement précoce », qui est une traduction plus neutre de l’anglais « gifted ».
Comment repérer un enfant précoce ?
Les signes extérieurs à observer
La précocité intellectuelle se manifeste par plusieurs signes distinctifs :
- Une grande curiosité (ils posent continuellement des questions)
- La préférence pour le dialogue avec des adultes plutôt qu’avec des enfants
- Le choix de copains plus âgés qu’eux
- Une hypersensibilité marquée
- Une grande exigence envers eux-mêmes, avec une tendance à l’autocritique
- L’ennui en classe et des difficultés d’intégration scolaire
- Un imaginaire très développé
- Une forte capacité de concentration sur les sujets qui les intéressent
- L’envie d’apprendre à lire très tôt
- Une inattention apparente lorsqu’ils s’ennuient, contrastant avec une grande attention lorsqu’ils sont stimulés
- Un sens de l’humour développé
- Un intérêt pour les jeux complexes et stratégiques
- La tendance à travailler seul
- Un sens critique aiguisé
Deux signes prédominent souvent :
- Une très grande curiosité intellectuelle, décrite par P. Gouillou comme « une véritable envie de faire tourner son cerveau ».
- Une frustration dans les relations avec les enfants de son âge, qui le pousse à s’individualiser et à la solitude.
Le rôle des tests de QI
Le quotient intellectuel (QI) est l’outil d’évaluation quantitative le plus connu, mais aussi le plus débattu. S’il était censé mesurer l’intelligence globale, on s’est aperçu qu’il évalue principalement l’intelligence logique ou mathématique. C’est Alfred Binet qui en est l’inventeur.
Remarque : les tests de QI sont jugés nécessaires par la plupart des spécialistes pour confirmer de façon fiable la précocité d’un enfant.
Comprendre le fonctionnement de l’enfant précoce
Le syndrome de dyssynchronie
Ce syndrome spécifique aux enfants précoces a été théorisé par Jean-Charles Terrassier. Il désigne le décalage entre, d’une part, le développement psychomoteur et affectif normal, et d’autre part, un développement intellectuel beaucoup plus rapide.
En raison de cette dyssynchronie, ils préfèrent souvent la compagnie d’enfants plus âgés ou d’adultes. Cela peut les conduire à l’isolement, ne sachant pas toujours avec qui interagir, et à se replier dans leur propre monde.
L’affectivité et la sensibilité
Les enfants surdoués font preuve d’une hyperémotivité et d’une hypersensibilité exceptionnelles. Ce décalage crée des besoins spécifiques en plus des besoins affectifs classiques :
- Le besoin d’un miroir : Chacun se construit par rapport à l’autre. L’enfant précoce, se sentant trop différent de ses camarades, ne peut pas utiliser ces derniers comme reflet. Il va plutôt tenter de les imiter pour se fondre dans la masse. C’est pourquoi il est conseillé de les mettre en contact avec d’autres enfants à haut potentiel.
- Le besoin de reconnaissance : Comme tout enfant, le surdoué a besoin d’être reconnu. Cependant, le rythme scolaire inadapté et la nécessité de se caler sur les autres empêchent souvent cette reconnaissance. Ce manque, s’il n’est pas comblé, peut entraîner une dépression dès l’enfance.
L’humour
Ils possèdent souvent un sens de l’humour très développé, lié à leurs aptitudes verbales inhabituelles.
La réflexion philosophique et morale
Ils s’intéressent tôt à des sujets philosophiques et s’inquiètent de problèmes moraux ou politiques, tels que l’existence du mal, la guerre ou l’écologie.
Relationnel et vie sociale
L’enfant précoce parle peu aux enfants de son âge, car il ne partage pas les mêmes centres d’intérêt. Il se tourne donc vers les adultes qu’il admire, même si ces relations sont parfois difficiles (certains adultes n’acceptant pas d’être remis en question par un enfant).
Cette situation favorise la solitude et l’isolement, parfois subis, parfois choisis. L’enfant, frustré par ses relations sociales, développe un individualisme fort et vit davantage dans sa tête que dans la réalité.
Les différents profils d’enfants surdoués
Les différences liées au niveau de QI
Le pourcentage d’enfants surdoués est estimé entre 2,5 % et 5 % de la population (à partir d’un QI de 125). Toutefois, il existe une grande disparité entre un enfant ayant un QI de 130 et un autre avec un QI de 170.
Comme l’a souligné Miraca Gross dans son ouvrage Exceptionally Gifted Children :
« L’enfant profondément surdoué ayant un QI de 190 diffère de ses camarades de classe modérément surdoués de QI de 130, autant que ces derniers d’un enfant handicapé intellectuel au QI de 70. »
Deux approches permettent de comprendre ces différences (selon J.-C. Terrassier et P. Gouillou) :
- L’approche « continue » : les symptômes sont les mêmes, mais leur intensité augmente avec le QI.
- L’approche « discontinue » : l’augmentation quantitative du QI entraîne des sauts qualitatifs. Un QI plus élevé permettrait non pas de penser plus vite, mais de penser différemment.
Le profil créatif
À QI égal, les approches de la vie varient. Le surdoué créatif est souvent plus ouvert, expansif et moins respectueux des normes. Il souffre généralement moins de son statut d’enfant précoce que le profil classique. Cependant, l’absence de test de créativité standardisé rend ce classement subjectif et dépendant de l’éducation.
Surdoués et talentueux : la distinction
Il est important de distinguer :
- Les surdoués : performance exceptionnelle dans divers domaines intellectuels.
- Les talentueux : excellence dans un domaine unique et spécifique (exemple : Mozart, qui savait lire et composer la musique avant de savoir lire ou écrire).
Cas particuliers
Les surdoués avec troubles de l’apprentissage
Il en existe trois catégories :
- Les surdoués en échec scolaire (l’anecdote d’Einstein, mauvais en mathématiques à l’école, est célèbre).
- Les « indécelables » : leur précocité masque leurs difficultés scolaires, rendant la détection complexe.
- Les enfants handicapés mais également surdoués (cas de certains autistes, comme le personnage de Rainman).
Les surdoués souffrant d’hyperactivité
Ce sont des enfants incapables de fixer leur attention durablement. Souvent mal compris, ils sont parfois médiqués (sédatifs) parce que leur entourage se sent dépassé.
L’évolution et le quotidien de l’enfant précoce
L’enfant précoce au sein de la famille
Le rôle des parents
L’enfant précoce possède des besoins affectifs accrus dus à son hypersensibilité. Le rôle des parents est crucial :
- Répondre à ses questions et stimuler son intellect.
- L’aider à ne pas se sentir frustré par l’absence de « miroir » (camarades similaires).
- Lui offrir des activités adaptées (musées, découvertes technologiques).
- L’aider à trouver son équilibre émotionnel.
Synthèse : les parents doivent répondre aux besoins d’affection, stimuler l’enfant à se dépasser et l’aider à bien vivre sa précocité.
La place de l’enfant dans la fratrie
Il est essentiel que l’enfant surdoué ne monopolise pas toute l’attention parentale, au risque de frustrer les autres enfants de la famille.
Différents cas de figure
- Enfant unique : C’est souvent un avantage, car les parents peuvent concentrer toute leur attention éducative sur lui.
- Plusieurs enfants surdoués : Cela demande plus d’efforts aux parents. L’entente est souvent meilleure car les enfants se comprennent et s’entraident, mais le risque de rivalité entre eux est accru.
Le rapport aux parents et la maturité
Les relations des enfants précoces avec leurs parents sont d’une finesse extrême. L’enfant peut adapter son comportement : agir comme un enfant de 9 ans avec son père, mais comme un adolescent de 15 ans (son âge mental) avec sa mère.
Cette polymorphie peut déstabiliser les parents, qui ne considèrent plus toujours leur enfant comme son âge chronologique l’y autoriserait. Cependant, il ne faut pas oublier que malgré sa maturité intellectuelle, l’enfant reste fragile émotionnellement et a besoin de protection affective.
La gestion de la culpabilité
La culpabilité chez les parents
Lorsque la précocité est détectée tardivement, les parents peuvent se sentir coupables de ne pas avoir su identifier le potentiel de leur enfant plus tôt. Ils ont alors parfois tendance à vouloir « rattraper le temps perdu », risquant d’écraser l’enfant sous une attention excessive.
La culpabilité chez l’enfant
Elle concerne surtout les enfants détectés à l’adolescence. En se remettant en question, ils prennent conscience des dysfonctionnements passés. Ceux qui sont en échec scolaire ne comprennent souvent pas cette inadéquation entre leur potentiel et leurs résultats.
L’enfant précoce en société
Hypersensibilité et vie de groupe
L’hypersensibilité peut nuire à l’enfant en groupe : une seule dispute ou réflexion désagréable peut provoquer un repli sur soi. Ces enfants supportent mal l’échec et les difficultés à se faire des amis, ce qui peut impacter leur confiance en eux à l’âge adulte. Néanmoins, lorsqu’ils nouent des amitiés, ils leur accordent une grande valeur.
Les relations avec les autres enfants
Le surdoué préfère souvent la compagnie des adultes. Pourtant, il est capable d’une grande empathie et peut s’adapter aux autres par mimétisme pour se fondre dans un groupe. Cette stratégie de survie sociale, si elle ne permet pas toujours de développer sa propre personnalité, montre son intelligence sociale.
La scolarité des enfants à haut potentiel
Les enjeux de la scolarisation
L’école est un lieu de culture et de dépassement de soi. Pour un enfant précoce, elle n’est bénéfique que si le cadre est adapté : écoles spécialisées ou enseignants appliquant un programme différencié.
Le constat est cependant mitigé : il existe peu d’écoles spécialisées et les enseignants, souvent débordés par la prise en charge des élèves en difficulté, peinent parfois à adapter leur pédagogie aux surdoués.
Le rôle crucial des enseignants
L’enseignant joue un rôle de médiateur, notamment lors des conflits. Pour aider un enfant précoce, il doit veiller à ce qu’il ne s’ennuie pas et lui proposer des tâches stimulantes à son niveau.
Malheureusement, certains enseignants peuvent se sentir menacés par un élève qui corrige leurs erreurs ou qui remet en question leur autorité, ce qui peut conduire à un rejet de l’enfant et à un repli sur lui-même.
Les différentes options scolaires
L’enseignement classique
Dans l’enseignement normal, il existe parfois des classes spécifiques pour surdoués ou des classes mixtes, à condition que la demande parentale soit forte. Ces classes nécessitent des enseignants spécialement formés et souvent du personnel supplémentaire.
Les écoles spécialisées pour surdoués
Ces établissements offrent un cadre stimulant où l’enfant côtoie d’autres enfants partageant les mêmes caractéristiques. Cependant, cette solution est polémique ; certains craignent la création de « ghettos » qui isoleraient ces enfants du monde réel.
Les écoles alternatives
Ces écoles, moins strictes, n’ont pas d’horaires fixes et laissent l’enfant découvrir le monde à son propre rythme. Elles favorisent l’autonomie mais rendent souvent la réintégration dans un système scolaire traditionnel (avec horaires, notes, devoirs) très difficile.
Note personnelle : Après avoir fréquenté une école alternative (sans notes ni devoirs) jusqu’en 6e primaire, l’adaptation à l’enseignement secondaire traditionnel s’est révélée très dure. Si l’apprentissage y est souvent meilleur, le choc du retour à la norme est réel.
L’instruction en famille (IEF)
C’est souvent la solution choisie par défaut face au manque de structures adaptées. Si elle permet un enseignement sur mesure, elle a l’inconvénient majeur d’isoler l’enfant socialement, l’école étant un lieu privilégié de socialisation. Elle peut toutefois fonctionner si tous les enfants de la famille sont concernés.
Les défis et les risques
L’échec scolaire
Il est paradoxal de constater que des enfants très intelligents puissent être en échec scolaire. Les causes principales sont le manque de stimulation et les blocages psychologiques liés à des ruptures affectives.
C’est un cercle vicieux : l’ennui mène à l’inattention, aux mauvaises notes, puis au redoublement. L’enfant s’éloigne alors des enfants de son âge mental, perd confiance en lui, sombre dans la dépression et fournit encore moins d’efforts.
La baisse des capacités intellectuelles
Une chute du QI, bien que rare, peut survenir :
- Raison post-traumatique : une blessure physique au cerveau peut réduire les capacités cognitives.
- Raison psychologique : l’« automutilation intellectuelle ». Un enfant non reconnu et frustré peut, inconsciemment, freiner ses capacités pour ressembler aux autres et être accepté.
Les risques de dépression et de troubles psychiatriques
Les enfants précoces sont statistiquement plus sujets à la dépression. De plus, certains de leurs traits de caractère peuvent être confondus avec des symptômes de maladies psychiatriques :
- L’impression d’étrangeté ressentie par l’entourage est un symptôme de la schizophrénie, mais aussi une réaction courante face à un enfant au fonctionnement atypique.
- Les sautes d’humeur, caractéristiques du trouble bipolaire, peuvent aussi être la conséquence de la souffrance liée au manque de reconnaissance et aux tentatives d’adaptation sociale.
Bibliographie
- CHAUVIN R. Les surdoués, Stock, Paris, 1975
- GERIN S. Et s’il était surdoué ?, Enfants, Allemagne, Marabout, 2000
- GOIANNE-d’EAUBONNE E. Votre enfant est-il intellectuellement doué ? Traité sur la précocité intellectuelle, L’harmattan, 1997
- OLERON P. L’intelligence, point des connaissances actuelles, Paris, 1974
- TERRASSIER J.-C. Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante, E.S.F., Québec, 1994
- TERRASSIER J.-C. et GOUILLOU P. Guide pratique de l’enfant surdoué, comment réussir en étant surdoué ?, E.S.F., Paris, 1998
- WINNER E. Surdoués mythes et réalités, Aubier, Paris, 1997
Conclusion
En conclusion, il est clair que l’intelligence ne met pas à l’abri des difficultés. Être un enfant surdoué, ou parent d’un enfant surdoué, n’est pas une facilité. La recherche documentaire a été complexe et l’absence de témoignages directs dans mon entourage a limité la portée de ce travail, qui aurait pu être approfondi davantage.