Qu'est-ce que le daltonisme ?
Le daltonisme est la forme la plus fréquente de dyschromatopsie. Il s'agit d'une anomalie héréditaire généralement liée au sexe. En Europe, environ 8 % des hommes sont daltoniens, contre seulement 0,4 % des femmes. On distingue trois groupes de daltonismes congénitaux : le daltonisme total, la dichromasie et la trichromasie anormale. Selon le type de trouble dont il est atteint, le daltonien ne perçoit pas certaines couleurs ou éprouve des difficultés à distinguer certaines d'entre elles.
Ces troubles de la vision sont connus sous le nom de « daltonisme » depuis le XVIIIe siècle, en hommage au physicien anglais John Dalton, atteint de ce type de cécité des couleurs et diagnostiqué comme tel par le médecin Thomas Young.
Symptômes et types de daltonisme
L'achromasie (daltonisme total)
Le daltonisme total est rare. Il est également appelé achromasie. La vision est alors entièrement constituée de noir, de blanc et de nuances de gris.
La dichromasie
Dans ce cas, une seule des trois couleurs de base (rouge, vert ou bleu) est absente de la perception visuelle. Selon la couleur manquante, on distingue trois types de daltonisme :
- Tritanopie : cécité au bleu
- Protanopie : cécité au rouge
- Deutéranopie : cécité au vert
Les deux dernières cécités existent souvent ensemble, alors que la tritanopie est très rare.
La trichromasie anormale
Cette anomalie est caractérisée par une vision des couleurs très affaiblie. Les trois couleurs de base sont perçues, mais l'œil est moins sensible à l'une d'entre elles.
- Tritanomalie : faible vision du bleu
- Protanomalie : faible vision du rouge
- Deutéranomalie : faible vision du vert
Représentation du spectre coloré de la lumière blanche, et de celui d'un individu atteint de daltonisme du vert (deutéranopie). Le vert et l'orange sont perçus comme deux gris similaires, donc confondus.

Causes du daltonisme
Le daltonisme résulte d'un dysfonctionnement de la rétine (la partie de l'œil qui convertit la lumière en énergie électrique et la transmet au cerveau). Cette conversion est effectuée par quatre types de photorécepteurs : les cônes « rouges », « verts », « bleus » et les bâtonnets. Les cellules de ces photorécepteurs sont sensibles aux pigments de couleurs. Si l'une de ces cellules fonctionne mal ou est insensible à un pigment, elle ne transmettra pas le « message » correctement au cerveau, qui ne décodera pas la couleur.
Origine génétique
Le daltonisme peut être une maladie congénitale. Dans ce cas, elle est présente dès la naissance et n'évolue pas. Elle s'explique par la présence d'un gène anormal sur le chromosome X.
Il existe un gène ancestral commun à l'origine des pigments, d'où sont issus trois gènes :
- un gène codant pour la rhodopsine (le pigment contenu dans les bâtonnets) ;
- un gène pour le pigment bleu (situé sur le chromosome 7) ;
- un gène codant pour un pigment dont le spectre d'absorption va du rouge au vert.
Les gènes qui codent pour les pigments des cônes L (rouge) et M (vert) sont alignés l'un derrière l'autre sur les bras longs du chromosome X. En général, il existe un gène pour le rouge, et un, deux ou trois gènes pour le pigment vert. Ce nombre variable de pigments verts serait dû à la recombinaison génétique lors de la méiose (division cellulaire), où des risques de recombinaisons partielles entre gènes existent.
Le gène pour le pigment bleu, situé sur le chromosome 7 indépendamment des autres, est un cas très rare.
Pourquoi plus d'hommes atteints ?
Chez la femme, qui possède deux chromosomes X, la présence d'un gène anormal est le plus souvent compensée par un gène normal sur le second chromosome X. La femme peut donc être porteuse du gène du daltonisme et le transmettre à ses enfants, sans être forcément atteinte de ce trouble.
Chez l'homme, qui possède un chromosome X et un chromosome Y, le gène anormal transmis génétiquement ne peut être compensé. C'est pourquoi ce trouble affecte une proportion plus élevée d'hommes.
Conséquences sur la vie quotidienne
Les effets du daltonisme ne sont pas sévères et n'altèrent pas la qualité de vie des personnes atteintes. La plupart arrivent à compenser l'absence de perception des couleurs en développant leur propre système de référence. Cependant, dans certains cas, cette anomalie peut gêner, voire interdire, l'exercice de certaines professions.
Existe-t-il des traitements ?
Le daltonisme n'évolue pas au cours de l'existence : ce trouble ne peut ni s'aggraver ni se résorber. À ce jour, aucun produit ni traitement ne peut corriger définitivement le daltonisme. Diverses solutions ont été proposées (stimulations électriques, cures de vitamines, injections d'iode), mais elles n'ont pas donné de résultats satisfaisants.
En revanche, la lentille X-Chrom, qui suscite encore la controverse, permet à certains daltoniens de mieux interpréter les contrastes afin de mieux identifier les couleurs, sans toutefois leur permettre de les percevoir correctement.
Tests de dépistage du daltonisme
Des tests de dépistage ont été conçus pour mettre rapidement en évidence la présence d'un daltonisme chez un individu.
Le plus fréquemment utilisé est le test d'Ishihara, conçu en 1917 par le Japonais Shinobu Ishihara. Ce test est composé de 38 planches « pseudo-isochromatiques » et permet de dépister les déficiences dichromatiques, sauf la tritanopie et la tritanomalie. Chaque planche est composée d'une mosaïque de points de couleurs différentes, disposés de façon apparemment aléatoire, mais au sein desquels apparaît une forme reconnaissable. Selon le type de daltonisme dont est atteint le sujet, il ne percevra rien ou bien percevra une forme erronée.

Table n°1. Tout le monde peut voir le chiffre 12.

Table n°7. Un individu avec une vision normale peut voir le chiffre 3, tandis qu'avec une déficience rouge-vert, il peut voir le chiffre 5.

Table n°7. Vision d'un individu atteint de deutéranopie (cécité au vert).

Table n°18. Un individu avec une vision normale ou un dichromate très faiblement atteint ne perçoit rien, tandis qu'avec une déficience rouge-vert, l'individu peut voir le chiffre 5.