
Chaque science se développe suivant une courbe naturelle. D'abord accablée par le fardeau de croyances préscientifiques erronées, elle pose ses problèmes de travers et ses progrès sont lents. C'est la raison pour laquelle la physique et la chimie, sciences plus simples et plus uniformes, ont connu une croissance relativement régulière.
Origines et essor historique de la biologie
Pour la biologie, il en va autrement. Le mot « biologie » est imaginé au début du XIXe siècle. En tant que science, son évolution s'accélère dès la première moitié du siècle avec la théorie cellulaire de Schwann et Schleiden, qui fournit un dénominateur commun à toutes les formes de vie. Viennent ensuite la théorie de l'évolution proposée par Chambers et Matthews, à laquelle Darwin ne tarde pas à offrir l'hypothèse d'un mécanisme. Peu après arrivent les travaux de Mendel, passés inaperçus à l'époque, mais qui préludent à l'étude de l'hérédité. S'y ajoutent la découverte du microscope achromatique, du microscope apochromatique, mais aussi et surtout du microscope électronique.
Révolution biologique : greffes, clonage et manipulations génétiques
De plus en plus, la cadence s'accélère. En effet, partant des greffes de rein, des greffes de cœur, et demain des greffes de cerveau, du contrôle de l'activité mentale, des manipulations du code génétique, des « bébés-éprouvettes » et récemment des « bébés clonés », les progrès spectaculaires de la biologie et de ses applications pratiques permettent de parler de révolution biologique.
Il serait insensé de laisser l'avenir décider de notre sort. Bientôt, l'homme agira sur lui-même comme il agit sur la matière et, au seuil de ces prodigieuses interventions, il importe de savoir si une modification de plus en plus profonde de l'homme ne lui apportera que des avantages, ou si les « ingénieurs de la génétique » ne sont pas en train de jouer, à nos dépens, les apprentis sorciers.
Cela me pousse à me demander ce que va devenir l'homme entre les mains de l'homme.
Les transformations de la reproduction humaine
La biologie a déjà commencé à transformer l'un des domaines les plus importants de la vie : le processus de reproduction des êtres vivants. Grâce aux techniques de conservation de la semence, il pourrait déjà exister des enfants conçus longtemps après la mort de leur père, et un jour une femme pourra donner un enfant à son arrière-grand-père. Des recherches actuellement en cours permettent à la femme de concevoir sans l'intervention de l'homme, ou même à un enfant de venir au monde sans avoir connu le confort de l'utérus maternel, ou encore de voir son sexe changé avant sa naissance. Se pose donc la question des « usines à bébés », avec déjà l'existence de placenta artificiel.
Gérontologie et manipulations génétiques
Du côté de la vieillesse, les spécialistes de la gérontologie prévoient à la fois une prolongation de la durée d'existence et la préservation d'une certaine forme de vitalité jusqu'à un âge avancé. Quelques-uns envisagent même l'immortalité. Les neurologues et d'autres savants explorent le cerveau et parlent d'agir sur l'humeur et les sentiments. Les biochimistes ont même sérieusement proposé d'essayer de synthétiser la vie à partir de matières inertes.
Au cours des dernières années, les nouvelles méthodes de contraception et d'insémination artificielle, assorties de conservation prolongée de spermatozoïdes, ont fait l'objet de commentaires très étendus et de controverses.
Quelles limites éthiques pour la révolution biologique ?
Jusqu'où doit-on aller dans cette voie ? A-t-on le droit de laisser ces spécialistes faire ? Ces derniers sont-ils conscients des conséquences sociales et éthiques pouvant découler de ces « progrès » ?
L'homme au cœur, aux poumons et à d'autres organes greffés ou transplantés restera-t-il un homme en tant que tel ? Évidemment non. Et lorsqu'il devient impossible de distinguer le robot de l'être humain, nous serons ramenés à des craintes moins logiques et la question « qui es-tu ? » ne comportera plus de sens. Si cet « autrui » se révèle plus fort, doté d'organes d'exécution plus vigoureux, souhaitons qu'il ne se produise pas une erreur de commande ou de programmation.
Le monde est toujours en guerre de positionnement, d'intérêt économique, de religion entre autres, sans se rendre compte qu'il a manqué sa cible : la biologie.