
Si les subversifs criminels accusés de lavage de cerveau se basent, entre autres, sur le fait que l'APA (Association psychologique américaine), dans un mémorandum, a refusé d'endosser des travaux effectués sur le sujet voici des années par l'équipe du Dr Margaret Singer, ainsi que sur le fait que l'Italie a finalement annulé une loi portant sur le « plagio » — l'équivalent du contrôle mental —, ces arguments méritent examen. Les travaux du Pr Singer étaient en effet incomplets. La loi sur le plagio était trop vague pour ne pas risquer des injustices. Il était compréhensible qu'en dépit de leur valeur générale, on ne les endosse pas.
Bien que ces arguments pèsent d'un poids relatif dans la balance en défaveur de la théorie du contrôle mental et du lavage de cerveau, il n'en reste pas moins que les apologistes omettent quelques faits essentiels quant aux possibilités avérées de contrôler plus ou moins complètement les activités, voire les pensées et émotions d'une personne.
Quels sont les moyens reconnus de contrôle de l'être humain ?
L'emprisonnement physique et moral
Emprisonner physiquement une personne ne permettra peut-être pas de lui faire faire strictement tout ce que l'on voudrait, mais la contrainte physique permettra quand même de la pousser à des activités obligatoires. Une autre forme d'emprisonnement peut être utilisée par le biais de pressions diverses : amicales, administratives, financières et matérielles. Ainsi est-on assez facilement « prisonnier » de ses fonctions dans un groupe ou une famille, pour n'envisager de rompre qu'en raison de très solides motifs. « Recommencer à zéro » exige beaucoup de courage et une décision vraiment solide.
L'emprisonnement physique est pratiqué au moins par la scientologie (parfois sous garde armée, ou dans des locaux fermés similaires aux prisons) ; l'emprisonnement moral est bien plus fréquent : on confisque les papiers d'identité d'une personne, on lui laisse trop peu d'argent pour pouvoir rentrer chez elle, on l'implique dans des activités pour lesquelles elle pourrait être poursuivie, on lui fait signer des « contrats » qui — même s'ils n'ont aucune valeur juridique — peuvent la lier au mouvement. On la tient par d'éventuels chantages.
L'hypnose comme méthode de contrôle
L'hypnose, phénomène reconnu depuis fort longtemps, est également capable de contrôler partiellement une bonne partie des activités, pensées, émotions ou sensations d'une personne.
L'hypnose est pratiquée à divers degrés et par diverses méthodes dans la plupart des associations sectaires. Des procédés comme l'audition scientologique, certains prêches des évangélistes (ou d'Hitler !) et bien d'autres méthodes font appel à des formes d'hypnose plus ou moins évidentes.
La persuasion mentale et le « love-bombing »
Certaines formes de persuasion mentale ont ce même pouvoir — il n'est que de constater les changements brusques de comportement de l'être humain tombant amoureux. Il n'y a évidemment rien à reprocher à ce phénomène, mais il pourrait partiellement se comparer assez aisément avec le phénomène d'approche d'un mouvement, d'une philosophie ou d'une religion : brutalement ou graduellement, la personne change de comportement en fonction de sa perception d'un groupe persuasif et séduisant, lequel peut alors devenir apte à subjuguer la volonté habituelle de la personne.
C'est le « love-bombing » et toutes les séductions et promesses des mouvements quant à un avenir meilleur. C'est la sur-validation des qualités qu'on prête à l'adepte au présent. C'est aussi ce que font ces groupes lorsqu'ils déclament une des nombreuses versions de « il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus » ou qu'ils se disent « groupe d'élites ».
Les méthodes d'affaiblissement psychologique
L'usage de certaines méthodes diminue incontestablement l'aptitude analytique, le pouvoir décisionnel et la clarté de compréhension de l'être humain : l'empêcher de dormir, de satisfaire complètement certains besoins naturels comme manger ou uriner, ne pas laisser de temps à quelqu'un pour « réfléchir » — par exemple en lui imposant des horaires de travail élevés, des exercices prenants, des récitations de mantras continuelles, ou d'autres formes d'activité intense presque ininterrompues amèneront celui qui subit ces pressions à ne plus être en mesure de faire le point sur les problèmes de l'existence.
Ceci se rencontre dans chaque groupe coercitif : horaires colossaux (pouvant atteindre 30 heures de travail pour 3 heures de repos), nourriture généralement insuffisante, mal équilibrée et trop vite avalée, interdiction de sortir de « séances » ou « prières et sermons » même en cas de besoin urgent (Moon, scientologie entre autres), récitation plusieurs milliers de fois par jour d'un mantra (Krishna), temps de « méditation » importants (Nouvelle Acropole, Méditation Transcendantale, EST...), etc.
La rupture avec l'environnement antérieur
La rupture avec le milieu fréquenté antérieurement peut aussi influer sur les activités et émotions de quelqu'un. Un simple déménagement aboutira ainsi à des changements dans les habitudes et les activités. Si l'on ajoute un changement de pays, de langue, d'amis et de travail, comme c'est souvent le cas au sein des groupes soupçonnés de contrôle mental, les résultats de la rupture d'environnement seront d'autant plus marqués.
Cette rupture est imposée dans de nombreux cas (« déconnection » en scientologie, expatriation fréquente chez Moon, les scientologues, etc.). Tous les mouvements religieux ou pseudo-religieux souffrent aussi de la tendance à décrire le danger qu'il y aurait à ne pas les croire ou ne pas suivre leurs règles de vie.
L'imposition de règles de vie
L'imposition plus ou moins graduelle de règles d'existence supposées apporter de grands bienfaits à quelqu'un accentuera encore le contrôle exercé : les parents imposent par exemple un certain cadre de comportement aux enfants, les patrons aux employés, les États à leurs citoyens : ceci engendre aussi des comportements sociaux et individuels.
Tous les mouvements imposent des règles de vie, de moralité — ou parfois, d'immoralité — à leurs adeptes.
Le mensonge comme outil de manipulation
Le mensonge appliqué avec persuasion peut souvent mener l'être humain à des décisions qu'il n'aurait pas prises s'il n'avait été volontairement trompé par autrui.
Le mensonge aux nouveaux est pratiqué de bonne foi (adeptes convaincus) ou de mauvaise foi (adeptes ayant une longue expérience du mouvement, mais qui ne peuvent risquer d'être exclus ou reniés, car ils attendent encore quelque chose du groupe, ou adeptes de haut niveau qui sont au pouvoir et savent que les buts du mouvement diffèrent fortement de ce qu'on dit aux novices).
Comment réagissent les apologistes face aux accusations ?
Voici ce que recommandait par exemple l'honorable Caccavale lors de la grande conférence CESNUR Italie de 1998 :
- ne pas dresser de listes de mouvements supposés dangereux ;
- équilibrer les rapports d'anciens membres devenus hostiles par ceux de membres encore fidèles à leur groupe.
Équilibrons donc les dires des uns par les dires des autres. Cela ne sera pas facile, car dans certains mouvements, la très grande majorité des adeptes n'a fait que passer. Ainsi, les estimations chiffrées que nous avons faites démontrent qu'environ 99 % des gens ayant été membres de la scientologie en sont partis, plus ou moins rapidement — certains au bout d'une demi-journée, d'autres après plus de vingt ans.
Pour « équilibrer » les témoignages des uns par ceux des autres, il faudrait donc utiliser, par exemple, 99 % de témoignages de gens ayant abandonné la scientologie pour un pour cent de témoignages d'adeptes. Cela donne une idée du résultat probable.
Comparaison des témoignages : adeptes vs anciens membres
Il existe une seconde méthode : comparer les témoignages de ceux qui sont encore adeptes. Ils ont des témoignages presque identiques, que l'on dirait appris par cœur. Ceci démontrerait une absence d'esprit critique chez les membres, alors que si l'on compare les témoignages de ceux qui sont partis entre eux, on trouvera une large diversité d'opinions : par exemple, des déçus, des gens n'ayant rien obtenu, des gens pas assez renseignés (ceux qui ne savent pas à quoi s'en tenir, n'ayant pas eu le temps de juger du fond), des gens qui croient que telle ou telle partie des enseignements est bonne — mais qui ont quand même quitté —, ou des gens qui pratiquent une forme dissidente des enseignements qu'ils ont reçus.
On peut donc déduire que les témoignages de ceux qui sont partis sont beaucoup plus fiables et personnels que ceux des membres actuels.
Qui sont les « apostats » et pourquoi leur témoignage compte
Les apologistes stigmatisent ceux qu'ils nomment des « apostats », en déclarant que leurs témoignages seraient sans valeur. Ces « apostats » sont en réalité ceux qui se décident à parler de leur passé, généralement des gens dotés d'une solide expérience du mouvement qu'ils ont quêté et bien décidés à en faire connaître les dangers et les exactions.
Peu de gens font effectivement partie de cette catégorie, car cela exige non seulement de faire face à un groupe parfois puissant, à ses risques et périls (chantages, exactions diverses, diffamation peuvent être entrepris par le groupe contre « l'apostat »), mais cela demande aussi un esprit critique prononcé et beaucoup de temps et parfois d'argent.
Ceci explique le petit nombre d'anciens prêts à témoigner contre le mouvement qu'ils ont fréquenté. Et ceci impose aussi l'idée qu'ils sont mieux au courant que la plupart, sans quoi ils ne pourraient être pris au sérieux ni par les médias, ni par leurs interlocuteurs privés.
Leurs dires se recoupent très largement, ce qui prouverait leur valeur, car, contrairement aux témoignages d'adeptes, ils sont émis par des gens ne se connaissant pas et ayant souvent fréquenté des branches très éloignées du même mouvement. J'estime quant à moi que les témoignages les plus fiables sont ceux des critiques bien renseignés, des « apostats », selon Introvigne. Dans ces domaines, il n'est pas du tout facile d'être crédible et d'apporter des preuves internes et externes à un mouvement.