Image 1
Sciences

La création du monde en Egypte

Explorez les mythes fascinants de la création du monde en Égypte ancienne. Découvrez les cosmogonies d'Héliopolis, Hermopolis, Memphis et Thèbes, et les dieux qui ont façonné l'univers.

As-tu aimé cet article ?

À l'époque de l'Égypte ancienne, de nombreuses légendes racontent la création du monde, chacune plongeant ses racines dans un centre religieux différent. Il est donc impossible de parler d'une seule conception cosmogonique égyptienne. L'un des éléments communs aux différentes cosmogonies est l'image, suggérée par la crue du Nil et le retrait de ses eaux, d'un océan primordial et informe — le chaos des origines — d'où émerge la colline primitive. Un dieu qui se crée lui-même procède ensuite à la naissance des premiers dieux qui, à leur tour, conçoivent le reste de l'univers. Dans toutes les légendes cosmogoniques, la création se poursuit — en conformité avec Maât — par phases équilibrées et ordonnées dont la constance gouverne toute chose et dont l'interruption engendre le chaos.

L'Ennéade d'Héliopolis : la cosmogonie solaire

Héliopolis est le centre le plus ancien de culte solaire. Atoum est le soleil, créateur d'Héliopolis. Au départ, il n'y a que Noun, l'océan primordial qui a créé la vie grâce à ses eaux. Il a fait surgir la colline originelle (appelée Benben) sur laquelle apparaît Atoum, identifié à Râ (Atoum-Râ). Ainsi, bien que les conceptions primitives lui accordaient l'exclusivité de la conception du monde, les périodes suivantes lui attribuèrent deux parèdres (conjoints féminins) : les déesses Téfnet (une des 4 faces d'Hathor) et Ioussâs qui auraient matérialisé son désir de créer le monde.

La naissance des premiers dieux

Atoum, en s'unissant à son ombre, crée Chou (le vide ou le souffle lumineux qui anime les créatures) et Tefnout (l'air et l'humidité). Chou et Tefnout eurent deux enfants : Geb (la terre) et Nout (le ciel). Geb pondit un grand œuf d'où sortit l'oiseau Benou (phénix). Dès la première aube, l'oiseau Benou s'envola au-dessus des eaux, battant silencieusement l'air de ses grandes ailes, traînant ses longues pattes derrière lui. L'oiseau atteignit une pyramide de rochers qui émergeait à peine de la surface des eaux. Ouvrant son bec, il poussa un cri sauvage. Le son se répercuta à travers l'océan infini, brisant le silence éternel. Alors que, pour la première fois, la lumière de l'aube pointait parmi les ténèbres, le monde fut soudain empli de la connaissance de ce qui devait et ne devait pas être.

La séparation du Ciel et de la Terre

Nout se coucha sur Geb et s'unit à la Terre. Mais Chou, jaloux, écarta le Ciel et le souleva en l'air, tout en maintenant la Terre sous ses pieds. Les enfants de Nout et de Geb sont les étoiles.

Dans une autre version, Nout et Geb s'étaient mariés sans le dire à Râ, qui ne le leur aurait pas permis. Quand il fut averti de cette union, il se fâcha. Pour les punir, il jeta sur Nout un sort destiné à l'empêcher à jamais d'avoir des enfants. Nout était très triste : à quoi bon se marier si l'on ne peut même pas avoir d'enfants ? Mais Thot prit pitié d'elle. Il joua une partie de dames avec la lune et il gagna. Il rejoua et regagna encore. Après plusieurs parties, comme il gagnait toujours, il tint la lune à sa discrétion. Il se fit donner par elle un soixante-douzième de ses feux et de sa lumière : de quoi fabriquer cinq jours entiers.

Ces cinq jours n'appartenaient à aucun mois, ils étaient en dehors du calendrier (le calendrier des Égyptiens contient douze mois de trente jours, soit 360 jours). À la fin de l'année, on rajoutait cinq jours qui n'appartenaient à aucun mois et qui symbolisaient les cinq jours où Nout eut ses cinq enfants. Ces cinq jours sont appelés épagomènes, de sorte que Nout put, au cours de ces jours-là, mettre au monde cinq enfants, échappant ainsi à l'interdiction de Râ.

Les cinq enfants de Nout : Osiris, Seth, Isis et les autres

Le premier jour naquit Osiris. Au moment de sa naissance, une voix mystérieuse annonça : « Le maître de toute chose est né à la lumière. » Sur toute la Terre entière, on entendit des cris de joie. Mais peu de temps après, la voix annonça que de grands malheurs arriveraient au nouveau-né. Et les cris de joie cédèrent aux lamentations et aux pleurs. Un certain Pamylès, qui s'en allait chercher de l'eau dans un temple, entendit la voix lui ordonner de proclamer qu'Osiris, le grand roi, le bienfaiteur de l'univers, venait de naître. Et pour cette raison, ce Pamylès fut chargé par les dieux de nourrir et d'élever l'enfant en le préparant à une extraordinaire destinée. Râ, lui aussi dans sa résidence lointaine, se réjouit car il avait depuis longtemps pardonné à Nout. Il fit venir son arrière-petit-fils auprès de lui et l'éleva.

Le deuxième jour naquit Haroêris ; le troisième jour ce fut le tour de Seth ; le quatrième jour ce fut Isis qui naquit et enfin, le dernier jour, Nephthys.

L'Ennéade héliopolitaine comprend donc dix dieux si l'on tient compte du fait qu'Atoum-Râ est déjà la fusion de deux entités divines différentes. Haroêris n'entre pas dans l'Ennéade, car il a été assimilé à Osiris.

Thot et Hermopolis : l'Ogdoade créatrice

D'après les textes sacrés, Hermopolis est le lieu de création du monde, événement reconstitué rituellement dans un espace sacré (« le plateau des Tamaris ») situé dans la kôm. À Hermopolis, on élabore trois cosmogonies.

La première voit à l'origine de la création l'Ogdoade, composée de quatre couples (Noun et Naounet associés aux eaux primitives, Houh et Haouhet à l'infini, Kouk et Kaouket à l'obscurité et Amon et Amaounet à l'invisible) qui avaient l'apparence de serpents et de grenouilles. Ces dieux créèrent un œuf qu'ils déposèrent sur la colline primordiale, à Hermopolis même ; de cet œuf naquit le soleil qui créa et organisa le monde.

La deuxième cosmogonie ressemble à la première. Une colline primordiale surgit de l'océan. Le démiurge Thot donne un œuf, surveillé par l'Ogdoade, qui éclôt et engendre le soleil qui, immédiatement, se lève dans le ciel. Puis suit, à long intervalle, tout le reste de la création.

Une autre tradition d'Hermopolis utilise les eaux primitives, sur lesquelles flotte un bouton de lotus. Les pétales s'entrouvrent afin de révéler un soleil enfant, Harsomtous, sur la première fleur dont les rayons bénéfiques inondent l'univers.

Neith de Saïs : la déesse créatrice

Avec le développement de la cosmogonie et de la mythologie, Neith personnifie l'océan primordial et, plus tard à partir du Nouvel Empire, le démiurge qui, sorti des eaux comme un être asexué, crée l'univers avec sept mots ou sept flèches. En tant que créatrice de Râ, Neith peut prendre l'aspect d'une vache céleste. Remplaçant ainsi les anciennes déesses-vaches Hésat et Météyer, elle crée également le dieu crocodile Sobek, le maître des marais. Lorsque Râ sortit de sa coquille, il fut ébloui par la lumière et des larmes coulèrent de son œil. De ces larmes naquirent les hommes.

Les autres divinités créatrices d'Égypte ancienne

Hérishef d'Héracléopolis

Son nom signifie « celui qui est sur son lac ». Considéré comme un démiurge local, il est (avec le dieu Min de Coptos) une divinité qui exalte surtout la fécondité et la fertilité.

Montou d'Ermant

Considéré comme un démiurge local près de Thèbes, son culte se pratiqua jusqu'à la période de l'Ancien Empire où il fut progressivement évincé au profit de celui d'Amon, le dieu omniprésent et invisible.

Météyer d'Esna

Très ancienne figure de la vache primordiale flottant sur les eaux du Noun où elle incarne la vie sortie des eaux primitives. Comme la déesse Neith qui lui succéda dans ses fonctions, elle a également donné naissance au soleil, puis elle l'a protégé en le plaçant entre ses cornes recourbées en forme de lyre.

Nekhbet d'Elkab

Identique à la déesse Neith, la démiurge d'Elkab a engendré son monde au moyen de sept paroles ou de sept flèches.

Khnoum d'Éléphantine : le potier divin

Khnoum est lui aussi un démiurge créateur. Pour les hommes, il modelait le corps et le ka (force vitale et créatrice de l'individu, son double qui détermine sa personnalité) de l'enfant à naître sur sa roue de potier. Puis il déposait l'enfant dans le ventre de sa mère, comme une graine. C'est ainsi, à l'origine du monde, qu'il créa les dieux. C'est pour cela qu'on l'appelle « Père des pères, mère des mères ». À ses côtés, Héquet, la déesse grenouille, place le signe de la vie ankh au nez de l'enfant modelé.

Ptah de Memphis : création par la parole

Parmi les diverses cosmogonies, celle de Ptah est peut-être la plus approfondie. Le créateur Ptah conçoit l'idée de la création dans son cœur et la met ensuite en pratique en prononçant le verbe. La création par le moyen d'expression apparaît dans plusieurs autres textes. Dans d'autres versions, Ptah est accompagné de huit dieux primordiaux (Tatenen, la première terre émergeant du chaos ; Atoum dont l'intelligence divine est Horus et dont la parole est Thot ; quatre autres dieux aux noms actuellement incertains), avec lesquels il crée l'univers par la pensée (Horus) et la parole (Thot). Chaque battement de son cœur, chaque son de l'univers est une manifestation de son pouvoir. On lui donna le surnom populaire de « Sculpteur de la Terre » car, à l'image de Khnoum, il crée en se servant de la roue du potier.

Amon de Thèbes : le dieu invisible

L'Ogdoade originaire de Thèbes est portée par les eaux, de Thèbes à Hermopolis ; là, ils créent le soleil puis reviennent mourir auprès de la montagne thébaine à Médinet-Habou. Le principe dominant de la cosmogonie thébaine est Amon, présenté sous trois formes :

  1. Kématef, « celui qui a fait son temps » (dieu serpent que l'on assimile à l'Amon de Karnak)
  2. Irta, « qui fait la terre » (deuxième dieu serpent que l'on assimile à l'Amon de Louxor), succède à son père Kématef ; c'est l'Amon Irta qui va tous les dix jours porter des offrandes funéraires aux huit dieux primordiaux enterrés à Médinet-Habou
  3. Amon, membre de l'Ogdoade
As-tu aimé cet article ?
nebetbastet
nebetbastet @nebetbastet
6 articles 0 abonnés

Commentaires (4)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires