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Sciences

Homme/Femme : les mains disent tout

Comment les scientifiques déterminent-ils le sexe des artistes préhistoriques ? Grâce à l'indice de Manning, qui révèle que mains masculine et féminine ont des proportions différentes.

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L'art pariétal est, avec certaines formes de statuaire (les Vénus préhistoriques), l'unique forme d'activité artistique que nous puissions connaître de la préhistoire. Il est vrai qu'en pensant à « art préhistorique », l'image qui vient à l'esprit est avant tout celle de dessins peints sur les parois de grottes, représentant le plus souvent des animaux, parfois aussi des hommes, occasionnellement coloriés...

Mais il existe aussi un art pariétal très connu : celui que l'on nomme « mains négatives », c'est-à-dire l'image du contour de mains.

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Qu'est-ce qu'une main négative ?

La main négative est un procédé artistique simple qui, avec les peintures d'animaux et d'humains, orne le plus fréquemment les grottes préhistoriques.

Le principe est simple : l'individu pose sa main à plat sur la paroi de la grotte, et en enduit le pourtour avec des pigments colorés. Une fois la main retirée, la marque sur le mur représente parfaitement le contour du membre.

On comprend alors aisément le terme de « mains négatives », puisque ce qui est représenté sur le mur n'est pas une main, mais l'extérieur de la main, son pourtour.

L'art pariétal était-il sexué ?

Les paléontologues et anthropologues qui ont étudié les « mains négatives » se sont demandés si l'activité artistique préhistorique était sexuée, c'est-à-dire si elle était typiquement masculine ou féminine, mais en aucun cas mixte.

Leur première hypothèse fut celle de l'art masculin, supposant que toutes les « mains négatives » étaient des mains d'hommes.

Puis, un chercheur britannique du nom de John Manning découvrit une morphologie particulière des mains, qui permit aux paléontologues de différencier, dans cet ensemble de « mains négatives », celles qui étaient féminines de celles qui étaient masculines.

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Comment fonctionne l'indice de Manning ?

Manning découvrit une différence morphologique capitale entre les mains d'hommes et les mains de femmes. Cette différence se situe au niveau des doigts, et plus particulièrement au niveau de l'index et de l'annulaire.

Pour différencier les deux sexes, un petit calcul simple s'impose : il faut mesurer la longueur de l'index (du bout du doigt jusqu'à l'articulation qui relie le doigt à la main), puis la diviser par la longueur de l'annulaire.

Deux types de résultats sont attendus :

  • Si le rapport index/annulaire tourne autour de 1, l'individu étudié est de sexe féminin.
  • Pour un homme, ce rapport tourne autour de 0,96.

En d'autres termes : les femmes ont l'index et l'annulaire à peu près de la même longueur, alors que les hommes ont l'index plus court que l'annulaire.

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Pourquoi cette différence entre hommes et femmes ?

L'explication de cette différence réside dans les hormones propres à chaque sexe : l'œstrogène pour la femme, et la testostérone pour l'homme.

Manning a découvert que la testostérone avait un impact important sur la croissance de l'annulaire au cours du développement fœtal, alors que l'œstrogène avait plus d'influence sur la croissance de l'index.

Ceci explique le dimorphisme des mains masculines et féminines.

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Que révèlent les mains des grottes préhistoriques ?

L'indice de Manning a permis une avancée majeure dans l'étude de l'art pariétal. Les paléontologues ont découvert que les « mains négatives » étaient, indifféremment, des mains masculines et féminines, prouvant que l'activité artistique préhistorique n'était pas sexuée, mais bien mixte.

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Les limites de l'indice de Manning

L'utilisation de cet indice a cependant des limites.

Je n'ai pas les connaissances requises pour toutes les exposer dans cet article, c'est pourquoi je ne parlerai que de la limite liée au développement hormonal chez l'enfant.

On sait que la croissance des doigts est influencée par la testostérone chez l'homme, et par l'œstrogène chez la femme.

Or, d'un point de vue strictement hormonal, on observe une différence notable entre les deux sexes : dès son développement fœtal, l'individu masculin possède un taux de testostérone qui restera constant jusqu'à la fin de sa vie. La croissance de l'annulaire est donc complète dès sa naissance.

En revanche, chez l'individu féminin, le taux d'œstrogène est très faible au stade fœtal et durant l'enfance, et ne commence à s'élever réellement qu'à partir de la puberté. Chez les petites filles donc, la croissance de l'index n'est pas « terminée » durant une période qui s'étend entre 9 et 12 ans (âge moyen de la puberté).

Cela pourrait – pourquoi pas ? – expliquer les « mains négatives » des parois de grottes auxquelles les paléontologues n'ont pas réussi à attribuer un sexe.

Mais tout cela n'est qu'une hypothèse, que la science ira détruisant ou consolidant.

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zeromantik
zeromantik @zeromantik
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