
Le clonage humain fait régulièrement la une de l'actualité. Il est essentiel de se forger un avis clair et fondé sur ce procédé que certains scientifiques tentent de réaliser. Voici cinq arguments éthiques et pratiques qui remettent en question cette technologie.
1. Le concept de vie et ses limites incontournables
Le clonage réduit la vie à une simple reproduction technique. Le pratiquer reviendrait à prétendre comprendre la vie dans sa totalité—tant sur le plan physique que spirituel, ce dernier étant transcendant et partiellement inaccessible à la compréhension humaine. Or, aucune génération d'êtres humains ne pourra jamais prétendre à cette certitude absolue.
Pour légitimer le clonage, il faudrait avoir atteint des certitudes parfaites sur la liberté, l'éducation, le sens de la vie, et surtout sur l'ensemble des connaissances relatives à la vie elle-même. Mais comment être certain d'avoir épuisé toutes les composantes du savoir sur la vie ?
On ne saura jamais si on sait tout de la vie.
Le sens de la vie reste aussi inaccessible que le sens de l'univers. Un spermatozoïde et un ovule seuls ne suffisent pas à créer la vie. En considérant l'aspect transcendant de la vie, on découvre que le hasard en est l'une des dimensions les plus importantes—il garantit à chaque nouveau-né une existence particulière et unique. Or, le clonage contredit directement cet aspect fondamental.
2. L'amour et la responsabilité parentale en question
Certaines familles n'arrivent pas à avoir d'enfants. Envisager le clonage comme solution serait un égoïsme magistral. C'est exposer celui qu'on fait naître à au moins le risque d'une vie anormale—ce qui est indécent et profondément hypocrite. La procréation doit coïncider avec l'amour envers sa progéniture.
Comment peut-on prétendre aimer et recourir à une méthode de procréation potentiellement risquée ?
Le risque est doublement général : les réflexions sur le clonage concernent tout enfant cloné, et ce risque universel s'ajoute aux risques particuliers propres à chaque individu. En résumé : quand on souhaite avoir un enfant, on devrait vouloir lui donner un maximum de chances plutôt que de le charger d'un risque théorique.
Où est l'amour dans une telle prise de risque ?
3. L'universalité comme test éthique kantien
Un moyen pertinent d'examiner les questions éthiques consiste à réfléchir à leur transposition à l'universalité—selon la méthode kantienne des « maximes ». Si on applique le clonage de manière universelle et continue, on doit envisager un monde où tous pratiqueraient le clonage. Cette perspective devient immédiatement répugnante : on arriverait à des situations où un clone aurait lui-même son clone, ou où un clone ne saurait plus s'il est le frère, le fils ou le neveu d'un autre.
Inversement, une pratique moralement ou éthiquement correcte ne craint pas d'être transposée à l'universalité. On devrait même souhaiter qu'elle le soit.
4. La technique ne justifie pas tout
Bien que l'humanité progresse techniquement, toutes les techniques ne sont pas bonnes à appliquer. La bombe nucléaire en est l'exemple le plus parlant. Comme l'a remarqué un généticien : « Ce n'est pas parce qu'on a la bombe nucléaire qu'on doit la balancer sur un pays. »
De plus, qualifier le clonage de « technique » est extrêmement réducteur, car il concerne la procréation—c'est-à-dire la création d'êtres humains. En utilisant ce terme, certains scientifiques justifient implicitement l'idée de tests qui, pour les premiers d'entre eux, pourraient s'avérer négatifs.
Nous parlons bien d'êtres humains !
5. Liberté et responsabilité : une confusion dangereuse
Ceux qui invoquent la liberté ou le libéralisme pour légitimer le clonage ignorent probablement qu'il n'existe pas de véritable liberté dans l'erreur. On devient alors esclave de cette erreur et doit en assumer les conséquences. Ce n'est pas affirmer d'emblée que le clonage est une erreur, c'est dire qu'une idée aussi puissante que la liberté ne doit pas servir à légitimer une pratique aussi contestable.
De surcroît, la liberté est toujours en aval d'une réflexion, jamais en amont. En légiférant correctement, on peut être libre car on agit dans le bien. On n'est jamais libre en amont d'une réflexion, car la liberté ne doit pas être un argument—elle doit être une fin.
En conclusion
L'être humain sera grandi et libre lorsqu'il aura abandonné l'idée du clonage, et très certainement pas dans l'inverse.