Votre chien utilise-t-il toujours la même patte pour attraper une friandise ou poser la première patte dans l'escalier ? Des chercheurs italiens ont mis au point un protocole standardisé pour répondre à la question. Voici comment le reproduire chez vous.

Une équipe de l'Université de Bari Aldo Moro (Italie) décrit en juin 2026 dans la revue Royal Society Open Science un test nommé "Doginburgh Inventory", adapté de l'Edinburgh Handedness Inventory, un outil classique pour mesurer la latéralité manuelle chez l'humain. Son but : déterminer si un chien préfère la patte gauche ou la droite.
Les auteurs justifient ce nouvel outil par une limite des travaux antérieurs. Comme ils l'écrivent dans la revue, la plupart des études n'évaluaient la préférence de patte qu'à partir d'un seul test, et celles qui en utilisaient plusieurs les analysaient séparément. Or la préférence d'un chien peut varier selon la tâche. L'inventaire intègre donc quatre épreuves, deux de manipulation et deux de locomotion, afin d'obtenir un profil global avec des catégories intermédiaires ("forte" ou "faible") plutôt qu'une simple étiquette gaucher/droitier.
Les quatre épreuves à réaliser
Les épreuves de manipulation :
- Le test du Kong : un jouet Kong rempli de friandises est proposé au chien ; on note la patte utilisée.
- Le test de la friandise sous un meuble : une friandise est glissée sous un meuble, hors de portée de la gueule ; on observe la patte que le chien glisse pour tenter de l'atteindre.
Les épreuves de locomotion :
- Le premier pas dans un escalier ; on note quelle patte le chien pose en premier pour monter.
- Le premier pas en descente : en laisse, on observe quelle patte le chien pose en premier pour descendre d'une plateforme ou d'une marche.
Ces quatre situations ont été choisies parce qu'elles sont reproductibles à la maison et reposent sur la nourriture ou le mouvement. Le choix n'est pas anodin : dans l'article, les auteurs déconseillent les tests utilisés dans les décennies précédentes, comme retirer un ruban adhésif collé sur le nez ou les yeux, ou une couverture posée sur la tête. Ces procédures peuvent stresser l'animal, contrairement aux approches basées sur la nourriture.
Comment calculer le score de latéralité
Pour chaque épreuve, il faut répéter l'exercice plusieurs fois et compter les usages de la patte droite (R) et de la patte gauche (L). La formule est la suivante : (R - L) / (R + L), le tout multiplié par 100. Le résultat, compris entre -100 et +100, est classé dans cinq catégories :
- -100 à -60 : "absolument gaucher" ;
- -60 à -20 : "gaucher" ;
- -20 à +20 : neutre ;
- +20 à +60 : "droitier" ;
- +60 à +100 : "absolument droitier".
Exemple : si sur dix essais votre chien utilise huit fois la patte droite et deux fois la gauche, le calcul donne (8 - 2) / (8 + 2) × 100 = 60, soit un chien "absolument droitier" pour cette épreuve.
Le score global et la constance
Le Doginburgh Inventory ne s'arrête pas à la moyenne des quatre épreuves. Pour obtenir un score global, les chercheurs additionnent séparément les scores positifs (patte droite) et négatifs (patte gauche), recalculent (R - L) / (R + L) × 100, puis multiplient le résultat par un facteur de constance : le nombre d'épreuves dans lesquelles le chien a montré une préférence, divisé par quatre. Le score final se situe entre -100 et +100.
Ce facteur de constance est important : il permet de faire la différence entre un chien qui utilise toujours la même patte quelle que soit la situation et un chien dont la préférence change selon la tâche. Dans les deux cas, le score calculé sans ce facteur pourrait être identique, mais le profil ne l'est pas.
Ce que montre l'étude
Pour construire l'inventaire, les chercheurs ont évalué des dizaines de chiens avec ces quatre épreuves. Résultat : environ 79 % des chiens testés ont montré une préférence pour une patte, dont environ 49 % pour la gauche et 30 % pour la droite. Environ 21 % n'ont montré aucune préférence.
Le résultat le plus frappant est ailleurs : les performances des chiens dans les quatre épreuves n'étaient pas statistiquement corrélées entre elles. Autrement dit, savoir qu'un chien utilise sa patte droite pour attraper une friandise ne dit rien sur la patte qu'il utilisera pour descendre d'une marche. Cette absence de corrélation montre une faiblesse des études plus anciennes, qui n'utilisaient qu'une seule tâche : leurs résultats dépendaient fortement de l'épreuve choisie.
Ces observations rejoignent celles d'une méta-analyse publiée en 2019 par Sebastian Ocklenburg et ses collègues, qui, en regroupant de nombreuses études, avait montré qu'environ 68 % des chiens ont une préférence nette pour la patte gauche ou droite, les 32 % restants utilisant leurs deux pattes de façon équivalente. Surtout, contrairement aux humains (environ 90 % de droitiers), les chiens ne présentent pas de biais de population : il y a à peu près autant de gauchers que de droitiers.
L'article publié dans Royal Society Open Science rapporte également des différences liées au sexe : les femelles préfèrent davantage la patte droite et les mâles la gauche, un schéma qui reflète ce qui est observé chez l'humain, où l'on compte plus de gauchers chez les hommes.
Ce qu'il faut retenir
Le Doginburgh Inventory est avant tout un outil de recherche, mais il se prête volontiers à une version maison : quelques friandises, un escalier, une marche et un peu de patience suffisent. L'essentiel est de multiplier les essais et de noter les résultats épreuve par épreuve. Et de ne pas forcer l'animal : si le chien se désintéresse, on arrête et on reprend plus tard.
Enfin, pas de conclusion hâtive. La préférence de patte est une mesure individuelle, qui varie selon les situations. Le test ne révèle pas un profil gravé dans le marbre, mais une tendance - et surtout, il rappelle que chaque chien est différent.