
Juste derrière elle, une femme complètement voilée remorquait une poussette avec un deuxième enfant, le bébé de la femme en noir à la cigarette. Elles allaient ainsi leur chemin d'un pas rapide, une paire bien mal assortie. L'une toute de chair offerte aux regards, et l'autre fermée, le corps entièrement caché par le tchador foncé.
En la croisant de plus près, j'ai réussi à capter, avec bonheur, son magnifique regard aux mille et une nuances, plus un tout petit morceau de la peau juvénile du visage. Et les enfants ? Ni l'une ni l'autre ne semblaient leur accorder d'attention. Deux femmes, deux mondes aux illusions bien structurées. La mère tendue vers un but : succès ? Argent ? Beauté ? Pouvoir ? Bonheur ? Son corps, objet sexuel comme viatique. La toute jeune femme en tchador, belle au bois dormant, captive d'un rêve rassurant où elle et ses enfants – et les enfants de ses enfants... etc... – seraient toujours protégés par Dieu et ses représentants masculins en terre impie. Ni l'une ni l'autre ne voient qu'elles n'ont aucun territoire à elles.
Rue du chat qui fume : la douceur du couple
Un après-midi gris où les pavés sont luisants de pluie. Un couple de personnes très âgées se soutenant mutuellement. De la douceur et de la clarté de leurs deux regards, de l'accord entre eux. Ils avancent précautionneusement à cause des pavés glissants. En même temps, je les sens confiants car le quartier est bienveillant pour les personnes âgées. Ici, on déambule à pied ou à vélo, on s'appelle d'un bout à l'autre de la rue. Un lieu où les comportements sont civilisés par nécessité. Tous les gens du quartier se connaissent. Les gens de l'îlot sourient au couple de vieillards paisible et harmonieux.
Quelque part, ce duo nous réaccorde avec le temps qui fuit. Tout à coup, nous nous sentons intensément présents et vivants.
Rue de l'espoir : une famille moderne
Deux guerriers de notre modernité compétitive : une amazone et un chevalier. Contrairement à la mythologie, ils ne se font pas la guerre entre eux, sinon celle qui commence dans un lit et s'achève en soupirs de bonheur. Le reste du temps, ils forment une équipe à deux débordante de vitalité et de confiance. Échanger quelques mots avec eux est plus efficace pour l'humeur que n'importe quelle thérapie ou pratique religieuse. Ils sont... la joie de vivre. Ils se sont trouvés tous les deux. Les gens disent : c'est exceptionnel, ils ont eu trop de chance.
La réalité est bien différente. Ce n'est pas un coup de foudre magique qui est à l'origine de tout ce bonheur. Il est français, elle est allemande. Ils travaillent beaucoup, lui chez Monoprix, elle chez Siemens. Ils ont tous les deux des équipes nombreuses à manager comme on dit aujourd'hui. Quand ils ont décidé de vivre ensemble, il avait 35 ans et elle 39. Aujourd'hui, ils sont les parents de deux petites têtes blondes : un garçon et une fille animés d'une exubérance confiante qui les fait causer avec tous les gens du quartier.
Cette famille "formidable" vit selon un tempo accéléré, boulot beaucoup pour les parents. Départs et retours sur les chapeaux de roue tous les jours pour les enfants qui sont à l'école maternelle. Ils font penser à la famille du dessin animé "Les Indestructibles". Les deux petites têtes blondes suivent avec enthousiasme le train de l'énergie parentale. On dirait qu'ils ont juste à se laisser porter par la puissance fantastique du chevalier et de l'amazone. Bien sûr, ils adorent imiter leurs parents. À l'école, ils sont tout le temps joyeux, les autres les suivent... Déjà.