
Tout a commencé en troisième, nous avions alors 14 et 15 ans. Un coup de foudre diront certains, je pense plutôt à l'arrivée du destin. De cette rencontre est née une idylle de quatre années de bonheur, trop courtes à mon goût. Pendant ces 4 ans, notre couple a traversé tous les stades : de la joie d'aimer à la haine de l'autre, des gestes les plus romantiques aux coups de gueule sévères. Pour moi, c'était de ma faute ; pour elle, les torts étaient partagés. Cette tension tenait peut-être au fait d'avoir vécu ensemble à un moment de l'existence où l'on évolue le plus. La différence de notre évolution adolescente a mis un terme à notre complicité. Elle voulait sortir, découvrir le monde, « s'éclater », alors que moi je ne voyais qu'elle et ne pouvais vivre qu'à travers elle.
La rupture brutale et la descente aux enfers
Un soir, elle a décidé de m'emmener manger à l'extérieur, dans un petit resto sympa. Ce souhait de passer un moment en tête-à-tête en dehors du foyer familial révélait en fait son intention de mettre un terme à notre union. Tout s'est terminé en terminale, nous avions alors 18 et 19 ans. Après cette séparation brutale, je suis passé par toutes les étapes, de la chute au désespoir. Je suis descendu bas, très bas même.
J'ai alors tout plaqué. J'étais sportif de haut niveau : j'ai abandonné le sport dès le lendemain de notre séparation. J'ai aussi abandonné ma terminale, l'année du bac. Pendant deux mois, je suis resté enfermé dans notre chambre — elle était retournée chez ses parents. Je n'en sortais que pour grignoter quelque chose. J'ai alors tenté de mettre fin à mes jours plusieurs fois, ce qui m'a conduit à consulter un psychiatre. Les profs, ma mère ont tenté de me raisonner, en vain.
Se reconstruire et partir voyager
Le psy a su progressivement me faire prendre conscience que je brûlais ma vie. Doucement, je suis sorti de mon désarroi. J'ai pu passer mon bac et reprendre le sport tout en gardant intact l'amour que j'avais pour elle. J'ai commencé à comprendre que je voulais vivre pour entretenir cet amour, pour qu'il reste quelque chose de ces 4 années. J'avais besoin de réfléchir, de me retrouver seul.
Alors je suis parti, un seul sac sur le dos. D'abord en Allemagne, puis en Italie, aux Pays-Bas, en Grèce. Je dormais de squat en squat, je me suis, tout seul, exclu socialement. Et enfin, j'ai compris. J'ai compris que la vie vaut la peine d'être vécue pour l'amour que je porte. Progressivement, j'ai refait surface en pensant constamment à elle, sans savoir ce qu'elle devenait.
Le retour de l'être aimé
J'ai rencontré une personne avec qui je me suis installé à l'âge de 21 ans. Et même si je vis depuis un an avec elle, mon premier amour vit encore en moi. Un coup de fil m'a prouvé que j'avais bien fait de vivre. La fille, devenue jeune femme aujourd'hui, a repris contact avec moi soudainement.
Nous nous sommes revus, nous avons ri, pleuré, parlé de tout ce temps perdu. Au final, elle m'a annoncé qu'elle vivait avec quelqu'un — à défaut de m'avoir — et qu'elle quittait la région pour s'installer à 800 km de Paris. Mais avant, elle voulait me voir pour m'annoncer une chose : « Je ne t'ai pas oublié, je t'ai toujours aimé et je t'aime encore. »
Un nouveau départ pour notre amour
Le bonheur peut alors effleurer ma vie. Certes, elle part — elle veut mener à bien son projet de construire sa vie ailleurs — mais nous savons que notre amour vit encore, 7 ans plus tard. Un nouveau projet s'est ajouté au sien : celui que je la rejoigne une fois qu'elle se sera bien installée là-bas. C'est une sorte de redécouverte de nos vies après 3 ans d'absence. L'amour a survécu.
Tout recommence, nous avons maintenant 21 et 22 ans. Je suis en licence de sociologie et elle est responsable de vente. Notre nouvelle union prendra le temps qu'il faudra, mais nous savons dès maintenant que nous sommes faits pour vivre ensemble.
S'il faut une conclusion à notre histoire, elle se résume en un seul mot : VIVRE. Vivre pour son amour. Même si, au plus bas de l'existence, les solutions paraissent dérisoires pour s'en sortir, laissons tout simplement couler la vie : elle peut nous réserver d'agréables surprises.