
Lui, c'est Loïc. Moi, Laureen. Même initiale, L comme un Lien très fort qui nous a rapprochés dès l'enfance. Deux enfants inséparables, qui s'aimaient comme frère et sœur. Jusqu'à 16 ans, on ne s'est jamais quittés. Tout nous unissait : nous n'avions pas de père, pas de frères ni de sœurs, et nos mamans étant amies, on fréquentait la même école, on partait en vacances ensemble et on partageait le même club de sport. Loïc était tout pour moi : un ami, un frère, un père parfois. Et moi, j'étais sa petite sœur, celle qu'il défendait et protégeait envers et contre tous... À l'école, nous étions tout le temps ensemble, je le suivais partout, j'étais son ombre. Je l'aimais comme une sœur peut aimer son frère, je l'admirais et rien ne pouvait nous séparer. Du moins, je le croyais...
Au lycée : quand tout change
Quand nous sommes entrés au lycée, nous n'étions pas dans la même classe. Malgré nos insistances, le directeur n'a pas voulu nous faire changer. J'ai appris, plus tard, que ma maman était à l'origine de cet éloignement. Cela ne nous a pas empêchés de nous voir, Loïc et moi. Je l'attendais après les cours, il faisait pareil pour moi. On rentrait ensemble chez nous, bien après l'heure officielle de fin de cours. On s'arrêtait pour boire un verre dans un pub, on parlait des devoirs, de nos camarades de classe, de nos prochaines vacances...
Quelques semaines après la rentrée, on était assis à une table de notre bar habituel quand je lui ai annoncé qu'un garçon s'intéressait à moi, un certain Nicolas, et qu'il me plaisait bien. Il a paru étonné, puis m'a dit que ce n'était pas quelqu'un de bien, qu'il sortait avec plein de filles à la fois, et que ces filles n'avaient pas la réputation d'être des saintes. J'ai répondu qu'il n'avait pas l'air d'être si nul que ça et qu'il avait été très sympa avec moi. Loïc s'est alors énervé et a quitté le pub. Moi, je suis rentrée chez moi en me demandant comment il pouvait connaître ce Nicolas alors qu'il n'était même pas au lycée...
Loïc ne me parlait plus, il m'évitait, changeait de couloir s'il m'apercevait dans le même que lui, détournait son regard quand je l'observais... Je ne comprenais pas sa réaction. J'avais l'impression de ne plus compter pour lui, d'être « contagieuse ». Je ne l'avais jamais connu aussi jaloux... Je ne savais pas quoi faire. Nicolas me plaisait, et plus je passais du temps avec lui, plus je tombais sous son charme. C'était quelqu'un de bien, ça se sentait. Il était au courant pour Loïc mais ne disait rien de mal à son sujet. Il me répétait sans cesse : « Tu ne croyais quand même pas qu'un garçon aurait pu résister à une si jolie fille ! » Au fil des jours, je tombais amoureuse de lui et il tombait amoureux de moi. Mais je gardais Loïc dans un coin de ma tête et j'étais malheureuse que tout se termine sans aucune explication. Alors, j'ai débarqué chez lui, sans prévenir, comme je l'avais fait des milliers de fois par le passé. Je suis montée dans sa chambre et je l'ai forcé à me parler. Il m'a répondu qu'il ne voulait plus me voir, que j'étais devenue une inconnue, qu'il n'avait plus besoin de moi ni de mon amitié... Je suis restée stoïque pendant quelques secondes. J'ai regardé son visage : il avait l'air tellement malheureux. J'ai éclaté en sanglots, je me suis confondue en excuses et j'ai laissé tomber Nicolas...
Le droit d'aimer qui je veux
Après une bonne discussion, Nicolas avait compris... Rien ne se passerait entre nous. Loïc était le seul qui comptait dans ma vie et personne ne nous éloignerait l'un de l'autre...
Tout a repris comme avant. De nouveau, les deux L étaient inséparables. Je m'efforçais de ne plus penser à Nicolas, mais chaque nuit, je rêvais de lui... Loïc avait retrouvé le sourire, mais c'est moi qui étais malheureuse. Je crois qu'il faisait semblant de ne pas le voir pour éviter d'en parler. Ce petit « jeu » a duré jusqu'à la fin de l'année, jusqu'à cette soirée de fin d'année où Loïc n'a pas pu m'accompagner. J'y ai retrouvé Nicolas. Il était venu seul, comme moi... Il était assis autour d'une table avec des copains à lui. Je l'ai regardé sourire et parler sans qu'il me voie pendant quelques minutes. Puis il s'est retourné et m'a fait face. Il s'est levé et s'est approché de moi. On est sortis et on a parlé toute la nuit... Je l'aimais, j'en étais sûre. Je ne voulais pas tout gâcher entre nous... Si Loïc voulait me garder, il devait comprendre. Mon choix était fait : Nicolas me donnait une autre chance et je voulais la saisir sans penser aux conséquences. J'avais le droit d'aimer...
Le lendemain, j'ai tout raconté à Loïc. Tout. J'aimais Nicolas et je voulais vivre quelque chose avec lui... Loïc n'a pas compris. Quelques jours plus tard, j'ai reçu une lettre de sa part. Il disait qu'il était amoureux de moi et qu'il ne l'avait su que lorsqu'il m'avait vue avec Nicolas. Qu'une force intérieure lui avait « tailladé » le cœur et qu'il ne pouvait vivre à mes côtés en sachant que j'en aimais un autre. Il voulait m'oublier, alors il est parti étudier à l'étranger.
Je ne l'ai jamais revu, et je n'ai jamais eu de nouvelles depuis 5 ans. J'espère qu'il va bien et qu'il est aussi heureux que moi. Il restera toujours quelqu'un de très spécial à mes yeux... Je l'aimerai toute ma vie, comme une sœur aime son grand frère...