
Le retour aux sensations du passé
Évidemment, j'aurais mieux fait de choisir un moment ou un endroit bien plus singulier pour ces choses, mais j'ai fait avec les moyens du bord. Passée l'émotion du doute, je lance mon salut avec une légère hésitation. Elle répond du même ton, et c'est alors que je prends la discussion à ma manière, toutefois sans me précipiter.
Je ne voulais ressembler à ces hommes qui, s'étant trouvés moches dans leur enfance, se trouvent par la suite tellement étonnés d'arriver à séduire une jolie fille qu'ils la demandent en mariage un peu vite.
Une confession tactique
L'étape suivante consistait à articuler avec tact et séduction, mais sans pour autant m'enrober dans l'embarras. Je savais qu'elle ne me considérait que comme un simple ami, l'égal d'un frère, d'ailleurs c'est cette situation qui me gênait tant.
Alors, je lui ai avoué toutes ces sensations que je gardais depuis ce premier regard posé sur elle, mais avec un petit recul. Peut-être par crainte qu'elle ne soit pas intéressée, seulement c'était le cas : ça se glissait nettement de ses paroles quand elle parlait d'amitié et de ses vertus.
Cependant, j'ai su garder le choix pour moi en me montrant arrogant et courtois dans ma confession. En prétendant que seule son amitié m'intéressait, que je ne cherchais aucunement un avenir à deux, seulement une pure amitié. Une éthique conforme à une religion sans Dieu ni jugement dernier, sans diable non plus, mais où le silence est possible.
L'amitié et le jeu de la séduction
Quoique je savais que c'était une traversée que je prenais pour me garder de l'espoir, puisque l'amitié n'exclut jamais le jeu de la séduction, et même, dans certains cas, le désir et l'amour.
Depuis, nous étions les mêmes amis qu'auparavant. Seulement, on ne choisit pas toujours sa destinée. Mon arrogance et ma façon de vivre au singulier m'ont coûté la perte de son amitié. Mais je me suis montré digne de ce choix voué par mon destin.
Une vengeance aveugle
J'ai laissé passer le temps, sans songer à l'oublier : oublier quelqu'un, c'est y penser, alors j'ai préféré pardonner tout à mon passé.
Mais voilà que 30 ans se sont écoulés. Moi, homme marié, et je t'ai, toi, comme unique fille. Elle surgit encore dans ma vie. Je suppose même que tu l'as connue de près. Je voulais me venger d'une séduction du passé. Mais voilà que je cause une perte bien plus aveugle à mes yeux. Car je croyais que, quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu... J'avais tort, seulement je n'étais pas le seul dans ce spectacle...