
Le temps de l'oubli... Et celui du repos. Enfin mon âme s'étend dans l'infinité de mon monde, celui qui, un jour, t'a appartenu. Plus d'amour, mais peut-être une tendresse nostalgique flottant sur le néant de mon existence... Ce vide que tu as laissé, je le savoure en attendant qu'un jour, l'inexistence me soit supportable, sans amour, sans toi. C'est cet amour-là que je regarde disparaître, au loin, sans pleurer, sans plus rien ressentir. Moi, la reine des passionnées, des amoureuses, tentée par les amours perdus, gâchés d'avance par mon impossibilité à m'attacher ; à présent je suis devenue incapable d'aimer. C'est en effet ce qui me hante, lorsque je regarde mes émotions peu à peu me quitter, sans que je puisse les retenir, sans même pouvoir les affronter courageusement. Je suis devenue lâche, finalement. Comment suis-je arrivée à cet état de non-retour, à cette chute vers ce qu'il me semble être proche de la mort ?
Quand je vivais...
... Et que je me croyais heureuse. Je ne connaissais pas l'amour, j'en avais l'aperçu « copié-collé » des télévisions, la belle apparence de l'expérience des autres. Je vivais cachée dans l'ombre de leurs sentiments, observant, rêvant dans leurs rêves, en espérant même pouvoir aimer à leur place. Je t'attendais déjà, en fait. J'existais dans un semblant de vie, où mes jours suivaient les vôtres, tandis que toi, tu espérais ardemment que je te remarque, que j'ose te regarder sans mépris, sans indifférence, sans mon rire sarcastique et ironique. Je t'attendais sans le savoir, sans comprendre qu'un jour les rôles s'inverseraient, et qu'à mon tour je deviendrais la soupirante désespérée.
Comment cela s'est-il passé ? Il faut que je fasse un effort, que je force mon esprit à retrouver ces bouts de vie volontairement effacés de ma mémoire, ce temps où j'ai aimé sans le savoir...
L'amour dans la peur
Je ne sais plus si ce fut ton regard qui me toucha avant tes mots, ou bien si je me suis laissée tentée, poussée par une émotion que, pour la première fois de ma vie, je n'arrivais pas à analyser. Je te voulais, sans savoir pourquoi je te désirais tant, dans la terreur surprenante de l'inconnu. Ces instants passés ensemble, je ne sais plus s'ils avaient réellement existé, tant la frontière entre le conscient et le rêve me paraissait mince. Nos rencontres étaient furtives mais intenses, douloureuses parfois, tant nous devions nous aimer. Se voir, et s'adorer en secret... Je ne voulais pas que cela se sache, et que mes sentiments se dévoilent face à tous ceux que j'ai tenté d'imiter, à qui je voulais ressembler, sans prétendre un jour pouvoir les atteindre. C'était la vraie vie, en fait, qui me terrifiait ; je sentais que je n'étais pas faite pour rendre quelqu'un heureux, car moi-même je savais que le bonheur n'existait pas.
On a dû se quitter dans cette même indifférence qui nous réunit, et j'ai tout effacé pour ne pas souffrir... Et s'il valait mieux souffrir, finalement ?