
Ma trop tendre amie, trop bel assaut de mon cœur, trop doux tourment de mes nuits.
Dans l'exil où vous me condamnez, dans le soin cruel que vous mettez à me fuir, mon cœur meurtri, blessé, cherche son assassin.
Accordez-lui, Madame, ne serait-ce que d'un regard, la précieuse dignité dont vous l'avez privé. Soulagez l'insoutenable douleur qui l'accable, il suffirait d'un mot, d'un sourire, que sais-je... Ou consentez alors à abréger enfin d'inutiles souffrances.
Car il n'est pire bourreau que celui auquel vous me livrez sans indulgence aucune. Votre silence, Madame, traitement trop cruel, plonge un cœur torturé vers une agonie certaine. Et l'espoir, dernier souffle vital, enchaîne mon âme à cette existence que seule l'incertitude saurait encore justifier.
Quel est cet empressement ? Cette hâte inexplicable de reprendre ce que vous m'aviez donné ? Cette douce brûlure, cette douloureuse passion dans laquelle vous avez précipité mon cœur, la morsure de votre regard, sans laquelle je ne saurais vivre désormais.
Et cette froide indifférence, quand mes lèvres cherchent encore la fièvre des vôtres, glace jusqu'aux plus profonds recoins de mon être.
Madame, qu'avez-vous fait de cet être ? Il ne connaissait alors que d'inertes ardeurs, que prudentes fureurs, et ainsi, sans un mot de plus, sans baiser ni adieu, vous me renvoyez à cet être sans saveur, tiède et insipide.
Me faut-il accepter ce triste châtiment ? Quand tout en moi aspire à le rejeter, mon espoir est-il encore coupable ? Peut-on exiger de moi un bonheur que vous ne partageriez pas ? Car il n'est de vie, Madame, sous un autre astre que celui de votre amour dévoué et fidèle.
Pardonnez, dans le désespoir qui m'habite, la lettre d'un amant délaissé, où la retenue manque. Il n'est hélas de retenue dans l'état où je me trouve.
Je ne pourrais souffrir plus longtemps ce trop pesant silence, il ajoute à ma peine de trop lourdes illusions. Mes nuits sont d'une longueur que je ne leur connaissais pas, mon cœur est las et fatigué.
L'infini éclat de votre sourire, la vibrante musique de votre voix, l'azur étourdissant de votre regard, la clarté satinée de votre peau m'apparaissent trop lointains pour m'y accrocher encore.
Aussi, Madame, sur l'affligeant chagrin de ces mots, je vous confie le fol espoir de vous voir me revenir. S'il est vain, il me faut finir cette lettre sur un adieu, car la vie n'a alors que peu d'attrait.
N'y voyez ni rancœur, ni ressentiment, seulement l'expression de l'amour irraisonné que je vous porte, bien au-delà de la peine qui m'asservit.
Adieu Madame, Dieu vous rende le bonheur que vous avez su m'offrir.