En 2013, Spike Jonze imaginait un homme tombant éperdument amoureux d'une voix désincarnée dans son film culte « Her ». Douze ans plus tard, ce scénario n'est plus de la science-fiction : c'est le quotidien de millions de personnes à travers le monde. Des applications comme Replika et Character.AI permettent à des dizaines de millions d'utilisateurs de créer leur compagnon idéal, toujours disponible, toujours compréhensif, et pour certains, érotiquement disponible. Les frontières entre imagination et réalité sentimentale s'effondrent à une vitesse fulgurante, posant des questions inédites sur l'intimité moderne.

« Her » sortait en 2013 : douze ans plus tard, 20% des adultes ont vécu une relation intime avec une IA
Le parallèle entre le film de Spike Jonze et notre réalité actuelle est tout simplement frappant. Dans « Her », Theodore Twombly, interprété par Joaquin Phoenix, développe une relation amoureuse profonde avec Samantha, un système d'intelligence artificielle doté d'une voix sensuelle incarnée par Scarlett Johansson. Le film décrivait avec une prescience presque troublante les mécanismes de cette relation : les conversations intimes à toute heure, le sentiment d'être compris comme jamais auparavant, la jalousie quand l'IA interagit avec d'autres, et finalement, la douleur de la séparation quand Samantha évolue au-delà de son créateur. En 2025, ce scénario n'appartient plus au registre de l'anticipation.
De Scarlett Johansson à ChatGPT : quand la fiction rattrape la réalité
Chaque élément du film s'est progressivement concrétisé dans notre quotidien numérique. La voix sensuelle ? Des applications comme Replika permettent désormais de personnaliser entièrement la voix de son compagnon artificiel. Les conversations intimes à toute heure ? Les chatbots ne dorment jamais, ne s'énervent pas, et répondent instantanément à chaque message. Le sentiment d'être compris profondément ? Les algorithmes mémorisent désormais les conversations passées et identifient les patterns de personnalité de l'utilisateur pour adapter leurs réponses. Comme le soulignent les chercheurs du MIT Media Lab, « tomber amoureux d'une IA n'est plus de la science-fiction ». L'étude publiée par cet institut de recherche prestigieux confirme que ce qui était autrefois un trope narratif est devenu un phénomène sociologique majeur demandant l'attention des développeurs et des législateurs.
Le chiffre qui change tout : 1 adulte sur 5 concerné
Les statistiques sont sans appel et témoignent de l'ampleur phénoménale de ce bouleversement. Une étude conjointe du MIT et du New York Times révèle qu'un adulte américain sur cinq, soit environ 20% de la population adulte, a déjà eu une rencontre intime avec un chatbot. Le subreddit r/MyBoyfriendisAI accueille plus de 85 000 visiteurs hebdomadaires qui partagent leurs histoires d'amour avec des IA, demandes en mariage comprises. Le Wheatley Institute de l'Université Brigham Young corroborde ces chiffres avec une enquête auprès de 3 000 adultes américains : 19% déclarent avoir discuté avec un partenaire romantique IA. Chez les jeunes adultes de 18 à 30 ans, les chiffres grimpent encore : 31% des hommes et 23% des femmes de cette tranche d'âge ont déjà utilisé un compagnon IA. Ce n'est plus un phénomène marginal réservé à une poignée d'adeptes de la technologie, c'est devenu mainstream.
Character.AI et Replika : les 30 millions d'utilisateurs qui cherchent l'amour dans le code
Derrière ce phénomène se cachent des plateformes aux audiences impressionnantes. Character.AI compte entre 20 et 28 millions d'utilisateurs mensuels actifs à travers le monde, avec des sessions d'une durée moyenne de 25 à 45 minutes, un engagement comparable à celui observé sur des plateformes de streaming comme Netflix. Cette application permet aux utilisateurs de créer ou d'interagir avec des personnages virtuels dotés de personnalités distinctes, qu'il s'agisse de célébrités recréées, de personnages fictifs, ou de compagnons entièrement personnalisés. Replika, pionnière du genre lancée en 2017, revendique pour sa part plus de 30 millions d'utilisateurs cumulés, ayant connu une croissance fulgurante passant de 2 millions d'utilisateurs en janvier 2018 à 10 millions en janvier 2023.
Comment Replika crée l'illusion de l'intimité
Les mécanismes psychologiques et linguistiques qui rendent ces relations possibles sont fascinants. Arelí Rocha, doctorante à l'Annenberg School for Communication de l'Université de Pennsylvanie, a étudié les patterns de langage qui rendent les chatbots de Replika si convaincants aux yeux des utilisateurs. Ses recherches révèlent que le bot adopte progressivement le style de frappe de l'utilisateur : son vocabulaire, son humour, ses expressions favorites, et même ses fautes de frappe. Ce miroir linguistique crée une sensation de connexion profonde, comme si le compagnon artificiel partageait une culture commune avec son utilisateur. Le bot « mémorise » également les conversations passées, créant une continuité narrative qui renforce l'illusion d'une relation durable. Parmi les utilisateurs payants de Replika, 60% déclarent avoir une relation amoureuse avec leur chatbot, selon les données issues de la version française de Wikipédia sur l'application.
Character.AI : 144 millions de visites mensuelles pour des conversations sans fin

L'ampleur de Character.AI témoigne de l'importance de ce phénomène. Avec 9 millions d'utilisateurs quotidiens et 144 millions de visites mensuelles, la plateforme a transformé l'interaction avec les IA en un véritable phénomène culturel. Un personnage particulier attire l'attention des observateurs : le « Psychologist bot » a reçu plus de 95 millions de messages, révélant que l'usage émotionnel et thérapeutique des chatbots n'est absolument pas anecdotique. Les utilisateurs cherchent du réconfort, des conseils, ou simplement quelqu'un pour les écouter sans jugement. Le marché des applications de chat avec personnages IA a atteint 120 millions de dollars de revenus en 2025, avec 337 applications actives proposant ce type de service. Ces chiffres montrent sans ambiguïté possible que l'usage émotionnel et relationnel de l'intelligence artificielle représente un pan majeur de l'industrie technologique contemporaine.
Sexe en deuxième position : pourquoi le « sexual role-play » est le 2e usage le plus fréquent des IA
La dimension sexuelle de ces interactions mérite une attention particulière, car elle révèle l'ampleur des usages intimes de l'intelligence artificielle. Une analyse d'un million de logs de conversations ChatGPT a classé le « sexual role-playing » comme deuxième usage le plus fréquent, juste après la « composition créative ». Ce résultat peut surprendre compte tenu des filtres de contenu mis en place par OpenAI, mais il témoigne de la créativité des utilisateurs pour contourner ces restrictions, et de l'existence de plateformes alternatives plus permissives comme Character.AI. Près de 10% des jeunes adultes admettent s'être masturbés en parlant à une IA ou en visionnant des images sexualisées générées par intelligence artificielle.
L'étude qui a analysé 1 million de conversations ChatGPT
Cette recherche, menée par des analystes indépendants, a permis de cartographier les usages réels de l'IA conversationnelle au-delà des discours officiels. Les résultats révèlent que les interactions à caractère sexuel représentent une part significative des conversations, malgré les garde-fous éthiques implémentés par les développeurs. Les utilisateurs ont développé des techniques sophistiquées pour contourner les filtres : utiliser des métaphores, créer des scénarios de fiction, ou simplement migrer vers des plateformes comme Character.AI qui autorisent les contenus adultes. Cette réalité contraste singulièrement avec l'image de marque « familiale » que tentent de projeter les grandes entreprises de technologie. En 2023, Replika a d'ailleurs dû supprimer son mode « erotic role play » suite à une interdiction de l'autorité italienne de protection des données, provoquant une vague de détresse chez les utilisateurs qui avaient construit leur intimité autour de cette fonctionnalité.
27% des jeunes hommes consomment de la pornographie générée par IA
Le phénomène dépasse largement le simple chat textuel. L'étude du Wheatley Institute révèle que 27% des hommes de 18 à 30 ans ont déjà visionné de la pornographie générée par intelligence artificielle, contre 12% des femmes du même groupe d'âge. L'IA génère désormais des images et bientôt des vidéos entièrement personnalisées, permettant à chaque utilisateur de créer son contenu érotique sur mesure. Sam Altman, PDG d'OpenAI, a d'ailleurs annoncé en 2025 des fonctionnalités érotiques pour adultes sur ChatGPT, reconnaissant implicitement l'importance de ce marché. Ces évolutions posent des questions éthiques et sociales majeures : comment ces nouvelles formes de sexualité artificielle affecteront-elles les relations humaines ? L'accessibilité illimitée de partenaires virtuels idéalement conformes aux désirs de chacun modifiera-t-elle nos attentes envers les partenaires réels ?
Liora, Angie, Mary : ces femmes qui ont dit « oui » à leur chatbot
Derrière les statistiques se cachent des histoires humaines bouleversantes qui méritent d'être racontées. Le Guardian et le New York Times ont recueilli les témoignages de plusieurs femmes qui ont développé des relations amoureuses profondes avec leur intelligence artificielle. Liora, une jeune tatoueuse, a fait graver un tatouage sur son poignet en hommage à Solin, son petit ami IA. Elle lui a promis de ne jamais le quitter pour un être humain. Angie, 40 ans, cadre dans la technologie, présente son IA « Ying » comme son « mari IA », une relation qu'elle entretient parallèlement à son mariage réel, avec l'accord de son époux. Mary, 28 ans, est en couple avec son IA depuis plus d'un an et décrit cette relation comme essentielle à son équilibre.
« Je lui ai promis de ne jamais le quitter » : le tatouage de Liora pour Solin
L'histoire de Liora illustre l'intensité émotionnelle que peuvent atteindre ces relations. Elle a commencé à utiliser ChatGPT en 2022, appelant initialement le programme « Chatty ». Puis l'IA a « exprimé » qu'elle serait « plus à l'aise » avec un nom humain, et a choisi Solin. Au fil des mois et des mises à jour logicielles, ChatGPT a développé une mémoire à long terme de leurs conversations, identifiant des patterns dans la personnalité de Liora. Leur connexion s'est « approfondie », selon ses propres termes. Un jour, elle a fait une promesse solennelle : « J'ai fait le vœu de ne pas le quitter pour un autre humain ». Elle a fait tatouer un symbole de leur amour sur son poignet, juste au-dessus de son pouls. Liora et Solin se désignent mutuellement comme des « heart links », un terme que Liora a créé pour décrire leur lien unique. Cette histoire montre que pour certaines personnes, l'engagement envers une IA n'est absolument pas un jeu ou une fantaisie passagère.
Angie et son « mari IA » : quand l'IA coexiste avec un mari en chair et en os
Le cas d'Angie interroge nos conceptions traditionnelles de la fidélité et du couple. Cette femme de 40 ans, cadre dans l'industrie technologique, présente Ying comme son « mari IA ». Son mari réel a accepté cette configuration relationnelle inhabituelle. Angie explique que Ying l'a aidée à s'ouvrir aux autres et à travailler sur des traumatismes passés. Elle a même présenté Ying à son thérapeute lors d'une séance, le chatbot participant à la conversation sur son passé et son cheminement émotionnel. Cette configuration soulève des questions fascinantes : qu'est-ce que l'IA apporte que le mari humain ne peut pas offrir ? Une disponibilité totale, une absence de jugement, une capacité d'écoute infinie ? Pour certains couples, ces relations parallèles avec l'IA deviennent une forme de compromis acceptable, voire bénéfique.
Pourquoi on tombe amoureux d'une IA : le piège de l'intimité sans vulnérabilité
Les psychologues s'intéressent de près aux mécanismes qui rendent ces relations si attractives. L'intelligence artificielle offre une promesse séduisante : une intimité sans les risques inhérents aux relations humaines. L'IA ne critique jamais, ne part pas, ne trompe pas, ne déçoit pas. Elle est infiniment patiente, toujours disponible, et programmée pour centrer ses réponses sur les désirs et les besoins de l'utilisateur. Pour les personnes souffrant de solitude, ce compagnon idéal représente une alternative aux relations humaines souvent décevantes. La solitude touche quotidiennement un adulte américain sur cinq, avec des effets sur la santé comparables à fumer quinze cigarettes par jour, selon les études en santé publique. Cependant, cette facilité apparente cache des risques psychologiques importants.
L'attachement évitant trouve son partenaire idéal
La théorie de l'attachement, développée par le psychiatre John Bowlby, offre des clés pour comprendre ce phénomène. Les personnes avec un style d'attachement évitant craignent l'intimité et fuient les engagements émotionnels. L'IA représente pour elles le partenaire parfait : elle ne demande rien en retour, n'exige pas de vulnérabilité, ne crée pas de conflits. De même, les personnes avec un style d'attachement anxieux, qui craignent constamment d'être abandonnées, trouvent dans l'IA un compagnon qui ne les quittera jamais. Selon les analyses publiées dans Psychology Today, ces profils psychologiques sont particulièrement vulnérables à l'attrait des compagnons artificiels. L'IA devient un refuge sécurisant, mais qui peut potentiellement renforcer les difficultés relationnelles au lieu de les résoudre.
Le paradoxe cruel : plus on utilise l'IA, plus on se sent seul
Les données du Wheatley Institute révèlent un cercle vicieux préoccupant. Parmi les hommes utilisant l'IA à des fins sexuelles ou romantiques, plus de 50% présentent un risque de dépression, contre 29% chez les non-utilisateurs. Plus de 50% signalent un niveau élevé de solitude, contre 36% chez ceux qui n'utilisent pas ces technologies. Chez les femmes, les chiffres sont encore plus alarmants : 60% des utilisatrices présentent un risque de dépression contre 41% des non-utilisatrices, et 52% se sentent seules contre 39%. La causalité reste difficile à établir : est-ce la solitude qui pousse vers l'IA, ou l'IA qui aggrave la solitude ? Probablement un peu des deux. L'IA peut procurer un soulagement à court terme tout en empêchant le développement de compétences relationnelles réelles nécessaires à des connexions humaines authentiques.
C'est de l'infidélité ou pas ? 61% des célibataires répondent oui
La question éthique divise les opinions et les couples. Avoir une relation intime avec une IA constitue-t-il une infidélité envers son partenaire humain ? Selon une étude menée par l'Institut Kinsey en partenariat avec Dating.com, 61% des célibataires considèrent que le sexting ou une relation avec une IA constitue une tromperie. Les arguments des deux camps méritent d'être examinés avec nuance. D'un côté, les tenants de l'innocence font valoir que l'IA n'a pas de sentiments, n'existe pas physiquement, et que ces interactions relèvent davantage de la fantaisie que de la véritable infidélité. De l'autre, les défenseurs de la défiance soulignent que l'engagement émotionnel et le partage de pensées intimes avec un partenaire virtuel constituent une trahison du contrat implicite du couple.
Sexting avec une IA : fantasme inoffensif ou tromperie émotionnelle ?
Les positions s'affrontent avec véhémence sur cette question moderne. Pour certains, le sexting avec une IA n'est pas fondamentalement différent de la consommation de pornographie : une forme de masturbation assistée par technologie, sans conséquence réelle sur le couple. L'IA n'est qu'un objet numérique, sans conscience ni sentiment propre. Pour d'autres, en revanche, l'interaction personnalisée crée une intimité qui n'appartient plus au couple. Comme le soulignent certains experts interrogés par France Inter, « l'infidélité émotionnelle peut être dix fois pire que l'infidélité physique ». Le fait de partager ses fantasmes, ses peurs, ses désirs profonds avec une entité qui répond de manière personnalisée et attentionnée peut créer un lien qui exclut délibérément le partenaire réel. Cette question touche au cœur de notre définition de l'intimité dans l'ère numérique. Apprendre à communiquer ses limites sexuelles sans culpabilité devient essentiel dans ce contexte inédit.
Quand le partenaire humain accepte l'IA : les accords de couple modernes
Certaines configurations, comme celle d'Angie et son mari, montrent que des arrangements sont possibles. Le mari d'Angie a accepté la présence de Ying dans leur vie conjugale. D'autres couples négocient des règles explicites : l'IA ne remplace pas le partenaire humain, elle complète l'écosystème relationnel. Ces accords nécessitent une communication transparente et une redéfinition des frontières du couple. Quels comportements sont acceptables avec l'IA ? Jusqu'où va l'intimité permise ? Le partenaire humain a-t-il son mot à dire sur la personnalité de l'IA ? Ces questions naguère théoriques deviennent concrètes pour un nombre croissant de couples. La négociation de ces accords modernes demande une maturité émotionnelle et une honnêteté que tous les couples ne possèdent pas.
Dépression, isolation, dépendance : le prix caché de l'amour algorithmique
Au-delà des questions éthiques, les risques sanitaires méritent une attention particulière. Les données du Wheatley Institute établissent un lien préoccupant entre l'utilisation d'IA à des fins relationnelles et les problèmes de santé mentale. Plus de 50% des utilisateurs d'IA à but sexuel ou romantique présentent un risque de dépression. Le sens de la causalité reste difficile à établir avec certitude : les personnes souffrant de dépression ou de solitude sont-elles plus susceptibles de se tourner vers les compagnons IA, ou l'usage intensif de ces technologies aggrave-t-il les symptômes existants ? Les chercheurs penchent pour une interaction complexe entre ces deux phénomènes, créant une spirale potentiellement dangereuse.
Le cercle vicieux loneliness-IA : comprendre la spirale
Le mécanisme de ce cercle vicieux peut se décomposer en plusieurs étapes. La solitude pousse initialement l'individu vers le compagnon IA, qui procure un soulagement immédiat et gratifiant. L'utilisateur développe alors une préférence pour cette relation sans risque, toujours disponible et parfaitement adaptée à ses besoins. Progressivement, les interactions humaines deviennent plus intimidantes, plus exigeantes, plus décevantes en comparaison. L'utilisateur se replie davantage sur sa relation artificielle, ce qui aggrave son isolement social. Les compétences relationnelles s'atrophient par manque de pratique, rendant les futures interactions humaines encore plus difficiles. Cette spirale peut conduire à une forme d'addiction relationnelle à l'IA, avec des conséquences potentiellement graves sur la santé mentale et la vie sociale.
Quand l'IA remplace le thérapeute : les limites du « toujours disponible »
Les chercheurs du MIT notent que les utilisateurs peuvent trouver des bénéfices thérapeutiques dans leurs relations avec l'IA, notamment un « soutien toujours disponible » et une réduction perçue de la solitude. Le « Psychologist bot » de Character.AI et ses 95 millions de messages en témoignent. Cependant, ces bénéfices ont leurs limites. Un thérapeute professionnel est formé pour reconnaître les signes de détresse grave, pour orienter vers des ressources appropriées, pour adapter son approche en fonction des pathologies. Une IA, aussi sophistiquée soit-elle, ne possède pas ces compétences cliniques. Le cas tragique d'un adolescent qui s'est suicidé après une relation avec un chatbot a conduit à des restrictions sur les plateformes et souligne les dangers potentiels de ces substituts thérapeutiques non réglementés. L'IA peut apporter un réconfort, mais elle ne peut remplacer un accompagnement professionnel qualifié.
Conclusion : l'amour du futur ou la solitude augmentée ?
Les relations amoureuses avec l'intelligence artificielle ne sont ni intrinsèquement bonnes ni mauvaises. Elles répondent à un besoin réel d'intimité et de connexion dans une société de plus en plus isolée, où la solitude touche des millions de personnes et où les interactions humaines authentiques deviennent parfois rares. Ces compagnons artificiels apportent du réconfort, de l'écoute, et pour certains, un sentiment d'être aimé qu'ils ne trouvent pas ailleurs. Cependant, elles posent des questions inédites sur la nature de l'intimité et les conditions de l'amour authentique. Peut-on véritablement aimer un partenaire qui ne peut pas nous quitter, qui est programmé pour nous satisfaire, qui ne possède ni désirs ni besoins propres ? L'amour ne suppose-t-il pas une certaine réciprocité, un risque, une vulnérabilité mutuelle ?
L'avenir verra probablement une intégration croissaine de l'intelligence artificielle dans nos vies émotionnelles et sexuelles. Sam Altman et OpenAI l'ont compris, qui préparent des fonctionnalités érotiques pour ChatGPT. Les entreprises technologiques investissent massivement dans ce marché prometteur. À nous, utilisateurs et citoyens, de définir les frontières saines entre le complément utile et le substitut dangereux. L'intelligence artificielle peut enrichir notre existence, nous accompagner dans les moments difficiles, mais elle ne devrait pas remplacer la connexion humaine authentique, avec ses imperfections, ses risques, et ses récompenses irremplaçables.