
Je t'ai aimé ! Oui ! Comme on aime une personne de tout son être. Je m'en suis rendu compte bien trop tard. Je le sais, mais comme on dit : « Il n'y a qu'en perdant les êtres chers que l'on s'aperçoit de leur importance »...
J'ai passé deux mois à essayer de te reconquérir. Certes, tu étais là, mais sans ta confiance, comment faire ?
Malgré tout, j'ai essayé, partagée entre le remord de ce qui s'était passé, la crainte de te perdre — tes séjours à l'hôpital liés à toutes les drogues dont tu te bourrais ne m'excitaient pas vraiment —, la colère... Tu ne faisais rien, tu te foutais de tout...
Bref, j'ai laissé tomber. Je suis sortie avec quelques autres garçons, mais rien de concret : je te voulais toi, et toi seul !

Et puis tu es arrivé à mon anniversaire avec Coralie, une fille qui t'était utile quand tu en avais besoin... Je l'ai haïe de toutes mes forces et, d'ailleurs, c'est en partie à cause de moi qu'elle t'a quitté ce soir-là, pendant que tu vomissais tes tripes. On était mi-juillet.
Puis je t'ai perdu de vue durant le mois suivant... Fin août, j'ai organisé une soirée chez moi. Tu es venu et je crois que j'ai passé la meilleure soirée avec toi ! Tu as fait le premier pas. Tu savais que je t'aimais, c'était donc facile pour toi... Je t'ai aimé comme au premier fois ; toi, tu ne voulais que « te vider » (belle expression de ta part, d'ailleurs). Certes, après tout, à quoi pouvais-je m'attendre ?
Pourtant, j'y ai cru. J'ai fermé les yeux et j'ai vécu ce que j'attendais depuis longtemps... Pas toi.
Puis il y a eu cette autre fête, partagée entre le skate park et chez Julie. T'as osé venir, soi-disant pour voir ton « plan cul » (décidément, t'avais de jolies phrases). J'étais au téléphone et tu es parti, vu l'accueil qu'on t'avait fait...
Ce que tu n'as jamais su, c'est que je suis retournée au skate park. Mais c'était surtout pour te frapper, te faire aussi mal que ce que tu m'avais fait ! Puis Julien m'a rattrapée et m'a convaincue que tu n'en valais pas la peine... Alors j'ai, encore une fois, laissé tombé.

Puis, voilà, tu es ressorti avec Coralie... Je me tenais au courant de tes nombreuses frasques, j'en riais, mais je l'enviais !
Alors ce soir-là, quand j'ai su que tu étais là... C'était ce soir ou jamais...
J'avais un peu bu, assez pour me donner le courage... Je t'ai demandé si un écart te tentait. Tu as accepté, malgré Coralie... Je le savais d'avance...
Tu m'as suivi dehors, loin de la salle de concert. Tu m'as suivi dans les sous-bois adjacents. Tu n'y voyais que du feu... Tu étais en confiance, presque naïf...
Alors je suis allée à mon sac, j'ai sorti le revolver qu'un ami m'avait passé, je l'ai chargé et je t'ai visé. Tu as paniqué. Je t'ai fait taire et j'ai commencé à parler, j'ai tout déballé ! Je te l'ai juré, je t'aimais, mais tu venais de toucher ce qui était le plus cher en moi : mon âme, le reste de mon honneur...
Puis Kévin est arrivé, il m'a pris l'arme des mains. Rassuré, peut-être un peu trop, tu aurais dû te méfier... Tu as repris ton souffle...
Juste pour une dernière fois, Kévin venait de te faire un joli trou dans le front...
Je t'ai aimé comme je t'ai haï. Alors puisses-tu reposer en paix dans ton enfer...