
Une rencontre inattendue au collège
Quatrième, c'est le jour de la rentrée. Pfff, encore une année à passer seule dans ce collège. J'ai horreur de ces gamins stupides. Solitude, isolement... Si j'avais su...
Un mois s'est écoulé. La classe est remplie de gamins futiles, néanmoins une fille me semble intéressante. Ses longs cheveux bruns coulent en cascades sur ses épaules, elle a de grands yeux rieurs verts, sa peau mate contraste avec le froid glacial de la saison. Elle est fine comme les femmes que j'admire sur les catalogues de mode. Qui est-elle ? Ses yeux pétillent, mais parfois il me semble entrevoir des rayons de tristesse qui fusent comme pour un appel à l'aide. Je n'aime pas la tristesse, ce n'est pas juste. Je veux que les gens soient heureux. Comment faire ?
Un après-midi d'octobre, je la trouve blottie contre un arbre, déversant toutes les larmes de son corps. Par réflexe, je la prends dans mes bras et la console jusqu'à ce que ses yeux redeviennent emplis de leur brillance caractéristique. Qu'avait-elle ? Je n'ai pas osé lui demander, mais depuis ce jour, je savais que nous resterions amies, unies pour la vie...
Sa mère souffrait d'une maladie incurable. Elle était condamnée depuis plusieurs années, mais son cas empirait de plus en plus. Il ne lui restait plus qu'un ou deux ans devant elle... Tristesse...
Une amitié fusionnelle à 13 ans
Un lien indestructible nous liait. Je passais tout mon temps avec ma meilleure amie, Amélie, liées pour la vie...
Quatrième, âge des billes, des discussions débiles... Nous, on était bien loin de tout ça. Regret ? Au lieu de ressembler à des filles de 13-14 ans, on était des ados de 16-17 ans... Enfance sautée...
Nos semaines défilaient et se ressemblaient. Du lundi au vendredi, c'était repos au bahut. On attendait avec impatience le vendredi midi : enfin le week-end ! Je passais tous mes week-ends chez Amélie, je ne rentrais chez moi que les soirs de semaine de cours.
La maison était à nous. Personne ne venait jamais les week-ends. Nous n'avions que treize ans, et pourtant on gérait déjà la maison à notre guise : ménage, courses, repas, rien n'était oublié.
Soirées alcool et drogue : l'escalade
Les vendredi après-midi étaient consacrés aux filles. On se posait au sous-sol et ingurgitait les bouteilles achetées peu de temps avant. Douce senteur d'alcool, doux vertiges, après-midi joyeux...
La fin de l'après-midi se ponctuait par la réalisation de pizzas, gâteaux... Repas du soir. Car chaque vendredi soir se retrouvait toute la joyeuse bande de cinq à dix mecs. On était les seules filles...
Vite, six heures trente. Il est temps de se maquiller et de s'habiller, car le week-end commence. Bref, au revoir aux copines et cavalcade à la salle de bain. Trousse maquillage, ok. Fringues, ok. C'est bon !
Sept heures. Nos petits amis de 18-20 ans arrivent du boulot, suivis des amis. Ok, c'est l'heure de l'apéro. L'alcool coule à flot, les bouteilles remplissent la poubelle, les esprits commencent à délirer. La fumée envahit les salles, les paquets de clopes se vident. Au premier étage, des couples se forment...
Dix heures. Ok, on passe à table. Pizza, whisky pour tous...
Onze heures. C'est parti pour la tournée des boîtes. Première boîte : alcool, danse, les corps se frottent, les lèvres se frôlent. Deuxième boîte : les corps se collent, les verres s'empilent...
Cinq heures du matin. Retour de la bande dans la maison. On met de la musique pour que la fête continue !!! Les bouteilles d'alcool se vident, la drogue finit son travail. Les esprits sont partis. On ne marche plus, on rampe. Les corps ne tiennent plus droit. Huit heures : tout le monde s'écroule là où il se trouve — sol, table, escalier, moquette pour les chanceux...
Quatorze heures. Je me réveille. Au petit déjeuner, ce sera aspirine et verre d'eau... La plupart des gars sont allés bosser ou continuer leur nuit chez eux. Je me retrouve seule avec Amélie.
Après-midi paisible dans la piscine. Bronzage, cocktails, bataille d'eau, musique. C'est samedi... Sept heures : nos copains arrivent, tous à l'eau, joyeuses batailles, éclats de rire... Ce soir, on est plus nombreux que prévu, alors les courses de nourriture sont relayées au second plan au profit de l'alcool et du shit... Ce soir, il n'y aura pas de boîte : on fait l'anni à Cédric, et ces fêtes-là sont encore pires que d'habitude car on ne sort pas de la maison. L'alcool coule beaucoup plus, la drogue est mélangée à la boisson. Tous les corps se frottent, c'est la fête !!!!! On danse, on transe, bain de minuit, éveil des envies...
Cinq heures du matin. Plus un bruit. Tout le monde s'est écroulé, impossible de résister.
Dimanche matin, midi. On se réveille à plusieurs dans le même lit. Les habits jonchent le sol. Oulala, j'ai un de ces mal de tête ! Vive l'aspirine !
Bon, il faut que j'appelle mes parents pour qu'ils ne viennent pas me chercher tout de suite. Ils peuvent pas me voir avec cette tête. Bon, je répète ma phrase pendant une heure, mes joues sont endolories par l'alcool. Bon ok, c'est bon, ils m'ont cru. Adorables naïfs...
Cacher la vérité à ses parents
Tout mon corps semble endormi. L'alcool m'a anesthésié. J'ai dû me cogner quelque part, j'ai un bleu sur la jambe... Je ne me rappelle plus de la soirée à partir de trois heures du matin. D'ailleurs, personne ne se rappelle : on était tous dans le même état. Bon, aujourd'hui, c'est diète : eau, aspirine, café, et bien sûr banane pour éponger.
Quinze heures. Je dois me peindre le visage. Mes parents arrivent dans une heure ! Superposition des couches de fond de teint, maquillages étalés aux pinceaux... Bon, j'ai l'air présentable. Le plus dur sera de contrôler mes yeux pour ne pas qu'ils virent dans tous les sens. Dans la voiture, c'est atroce. J'ai envie de dormir, mes yeux tombent. Regarder par la vitre, ne pas parler. Enfin, je suis chez moi. Je dis que je suis fatiguée d'avoir bossé et je monte me coucher...
Lundi matin : gueule de bois comme d'habitude, mais bientôt le week-end...
Pourquoi cette descente aux enfers ?
Pourquoi une telle attitude ? Je ne sais pas. On s'exilait sur notre nuage où tout allait bien. L'alcool nous aidait à affronter la triste réalité qui se présentait à nous : sa mère allait mourir. Et puis on a perdu les pédales et on s'est laissé aller...
Durant une année, ces semaines se sont ressemblées. Mais lorsque sa mère nous a quitté, la séparation a été brutale. On s'est séparées l'une de l'autre, car nos visages nous renvoyaient un mauvais souvenir, celui de la personne perdue. Et même les soirées ne pouvaient plus l'effacer...
On n'avait que 14 ans et pourtant très peu de gens ont vécu cela. Enfance ratée...