
Voilà, je suis amoureuse. C'est un moment fort. Tout ce qui pouvait me sortir de cette galère, c'était bien lui. Depuis longtemps, on s'aime. Disputes, amour, joie, tristesse... tout se passe entre nous sans aucun secret. Mais voilà, cela devait arriver un jour ou l'autre. Cette fille, là, qui reste là, à lui parler chaque fois que je suis partie. Je la vois avec lui tous les jours, tous les soirs, dans mes rêves. Je ne suis pas de nature jalouse, au contraire : c'est bien de s'épanouir et d'avoir des amis. Oui, mais pas elle. Je n'ai pas envie.
Je n'ai pas le droit de dire ce qu'il doit faire ou pas, je le sais. Mais là, ça devient insupportable. Ils discutent souvent ensemble : au bahut, sur Internet, dans la rue avec les potes. Et moi, je suis là, plantée comme une potiche à les regarder faire.

C'est étrange, ce sentiment en moi. De la colère, de la tristesse et de la confusion. Une envie de tuer me submerge. Sur qui ? Pourquoi ? Je ne le sais pas très bien encore. La mort tourne autour de mon cœur, cela fait très mal. Bizarre, ce soir je ne vais pas très bien. C'est peut-être parce qu'il lui a téléphoné, je ne sais pas.
J'ai mal dormi hier soir. Tout ce qui m'a fait mal avant remonte maintenant à la surface. J'ai mal, horriblement mal. De plus, tous ces choix que je suis obligée de faire : partir ou rester, rêver ou travailler. Aïe, j'ai mal, c'est reparti.
J'en ai assez. Je m'isole de tout ce brouhaha de copains en écoutant de la musique. On est dehors, ils discutent encore ensemble, ils rigolent, se touchent... Aïe, arrête, arrête, pars, je ne veux plus te voir. Aïe, non, je t'ai dit de partir, tu me fais mal. Arrête de toucher mon cœur et mon âme. Non, je ne pleurerai pas. PARS... Ouf, il est parti. Je rouvre les yeux. Ils sont encore là, tous ces « amis » et eux. Comme si je n'en avais pas déjà assez, il faut qu'ils en rajoutent, et moi aussi.
Ma décision n'est pas encore prise et cela énerve mon entourage. Peur de me voir louper mon rêve, mais aussi peur de l'avenir. Ce sentiment est parti pendant deux jours, mais là, il revient. Il recommence à toucher mon cœur. Je lui ai passé un coup de fil, il me parle de différents trucs, et puis d'elle. Je m'en fiche. AÏE, ça fait de plus en plus mal. Mais va-t'en, va-t'en, je ne veux plus te voir, t'avoir au fond de moi. AÏE, AÏE... Il s'attaque à mon esprit.
Ce jour-là, je dessine. C'est un jour d'hiver, le vent froid touche mon visage. Je dessine un ange. Je suis devant ma fenêtre, la petite chaleur du soleil m'aide à garder mes esprits. Je dessine, cela m'occupe, je ne pense plus à rien.

Il pleut. Bizarre, pourtant c'est l'hiver. J'ai de plus en plus mal. Les larmes me rongent la gorge, j'ai envie de pleurer mais je ne peux pas, ou plutôt je ne veux pas. Il continue à me faire mal, de plus en plus. Il attaque mon cœur, mon âme et mon amour-propre. Je m'isole dans ma chambre, j'écoute de la musique comme toujours. Je ne veux plus voir la réalité en face, ça fait trop mal. À la télé, des guerres. À la radio, des manifestations. Sur Internet, « eux » et divers malheurs comme le sida, la famine... J'en ai assez.
Ce sentiment me ronge. Mais vas-tu t'en aller, oui ou non ? Pars, pars, va loin, mais pas chez moi, j'ai déjà assez de problèmes comme ça.
Ce soir je l'ai au téléphone. Je lui parle d'elle et il me dit en hurlant qu'il en a marre de moi et de ce foutu sentiment. Je n'ai pas le temps de dire un autre mot que le bip du téléphone résonne à mon oreille. Tu es content de toi, je suppose ? Je t'avais dit de partir, mais ça se voit, je te porte dans mes yeux : cette colère, cette tristesse, cette douleur.
Il me l'a dit, ça y est, je ne suis plus avec lui. Pour elle, il m'a laissée. De plus, ma décision a été prise par quelqu'un d'autre. Je pars, loin de tout. De toute façon, plus rien ne me retient ici. Je n'ai plus personne. Si, peut-être ma famille, mais ils m'ont oubliée à cause de lui. AÏE, AÏE, ça fait mal. J'ai mal à la gorge, ça me brûle. J'ai envie de pleurer, mais je ne pleure pas, je ne veux toujours pas.
Ce soir, je suis seule chez moi. Ils sont tous partis, je ne voulais pas venir. Un rasoir... tiens, il n'a pas de lame, il est changeable. Eh bien, je vais prendre une douche et me raser, j'en ai bien besoin. L'eau coule. Le rouge se mêle à cette eau invisible si précieuse. Non, je ne suis pas indisposée, je me suis juste coupée en me rasant, le long du bras. J'avais posé le rasoir dessus sans le faire exprès, j'ai glissé et la lame a pénétré dans ma peau si blanche.
Sentiment, es-tu content ? Tu es enfin parti de moi. Je n'ai plus mal, je ne pense plus à rien, je n'entends plus l'eau tomber. Plus de bruit. La paix.
De vos souvenirs, ce qu'il reste de moi ne sont que mon image et ma tombe. Je suis enfin partie, peut-être pas là où je le voulais, mais au moins là, je n'aurai plus aucun sentiment.