
Un corps d'athlète, musclé, bronzé et imberbe, ce charme indescriptible et cette chaîne en argent qui font que je me retrouve là : sur une plage surpeuplée par 35°C à l'ombre, en train de baver sur ce bel inconnu qui doit avoir approximativement cinq ans de plus que moi, un job et une nana. Je l'ai remarqué dès mon arrivée : lui au beau milieu de l'eau en train de faire quelques brasses et dévoiler ce buste à tomber. Et moi qui essaie de me contrôler, quasi-hystérique, me retenant pour ne pas le montrer du doigt afin de guider ma copine qui ne l'aperçoit toujours pas ! Non mais c'est pas possible d'être myope à ce point quand même ! Et en plus elle me répond bof, j'hallucine !
De toute façon, il faudra bien que je passe devant lui, je suis en nage et une baignade s'impose ; je dois être en train de fumer, autant par le climat extérieur que par la nervosité qui m'agite. Il faut que je me calme ! Je respire, inspiration, expiration, inspiration, c'est parti. Je me plonge dans l'eau glacée, en soignant mon effet de style bien sûr ! Cette première entrevue se passe fort bien, je ne lui ai pas sauté dessus !
Mais je n'ose quand même plus le regarder de peur qu'il remarque mon attirance à son égard, je ne suis qu'une gamine et il est tellement, tellement beau ! Ce n'est pas à moi d'aller le voir, je ne peux que lui suggérer « tu me plais », mais de ça aussi j'ai trop peur, peur qu'il pense « non mais pour qui elle se prend ! ». Je ne suis pas jolie, simplement fille. Je ne peux plus le regarder alors je fais tout pour qu'il me regarde : longueurs de bord de mer, parties enflammées de raquettes et fous rires outrageux.
Stratégies de séduction : jouer l'indifférence
Mon souhait : le séduire à distance (ridicule je sais !). Je prends des poses avantageuses comme si c'était naturel et que je ne le faisais pas pour lui, je donne l'impression qu'il m'est transparent et me plonge dans divers magazines girly en jetant de temps à autre quelques regards en coin derrière mes lunettes de soleil totalement opaques. Ah ça, je bénis le mec (ou la nana) qui a inventé les lunettes noires ! Tous les étés, p'tits tours d'horizon ni vue ni connue des plus beaux spécimens mâles de la plage et plus si affinités !
Le truc ? Prendre le style totalement détaché : « moi, les mecs j'en ai en claquant des doigts alors à mes pieds ou basta ! ». Les mecs, plus tu les jettes, plus ils s'accrochent ! Le plus important ? Montrer qui domine. C'est ça qui est cool à être une fille : on te propose, tu choisis ! Bien sûr celles qui n'ont aucune proposition, et bien il aurait mieux valu qu'elles soient des mecs. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise moi !
L'art d'être mystérieuse
Je crois qu'avec les hommes il faut savoir se montrer mystérieuse : les yeux charbonneux, le regard incendiaire et les voilà qui fondent. Mieux vaut oublier le rose fluo sur les paupières et le maillot assorti parce qu'alors là, il n'y a même plus de mystère, vous êtes une simple banalité mise à nue : une bimbo adepte de son visage pot de peinture en manque de mec et qui va se jeter sur le premier (ou les premiers) abrutis du coin.
La réalité : un Bordelais inaccessible
Bref, revenons à nos moutons. Après plusieurs semaines à le pister, discrétos bien sûr !, je me rends compte qu'il s'agit d'un Bordelais et malheureusement pour moi il ne vient que le week-end. Alors pendant deux jours j'essaie d'en prendre plein les yeux, oui mais voilà, ma timidité maladive me force à ne pas le regarder, je ne peux donc pas lui faire mon regard de tueuse genre « je te veux ».
Pour me consoler, je passe mes soirées et mes nuits à fantasmer. Je me dresse le portrait du mec idéal et le bel inconnu de la plage endosse forcément ce rôle ; je fais divers projets d'avenir avec ce mâle qui ne connaît même pas mon existence. Peu importe, dans mes rêves il est à moi !
Le dernier week-end : entre espoir et déception
Voilà mon quatrième week-end qui arrive et mon départ pour Paname imminent. Le samedi, je continue à admirer cet homme dont je suis certaine qu'il n'attend que moi et sera l'homme de ma vie, le père de mes enfants... Le pauvre, s'il savait.
En rentrant chez moi j'ai une évidence : il faut que je lui glisse mon numéro, il le faut, ça sera quand même mon mari eh ! Me voilà donc seule sur la plage et qui se trouve juste derrière moi ??? Le bel inconnu, son short blanc, sa chaîne en argent, ses muscles, sa gueule d'amour et... et sa copiiiiiiiiine !! Tous mes espoirs s'écroulent alors, tous mes plans s'effondrent et ma boîte de chewing-gum sur laquelle était joliment tracé mon numéro se retrouve projetée une poignée de mètres plus loin dans une mer d'huile, calme, trop calme !