
J'avoue que de mon passé, je n'ai pas vraiment de souvenirs. Je me souviens que je suis née prématurément et que ma mère a beaucoup souffert à cause de moi. Je dis ma mère parce que pour moi, mon père n'existe pas. Il vit à la maison mais c'est comme s'il était un fantôme. On ne se parle pas, mis à part pour se disputer, on ne se regarde pas. Il est invisible à mes yeux comme je le suis à ses yeux. Pourquoi ? Me direz-vous. Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Personne ne le sait, même lui, je suis sûre qu'il ne le sait pas. En résumé : un petit bout de vie sans père.
Ma vie amoureuse a commencé au collège. Je t'aimais, je te voyais tous les jours, je t'ai avoué mon amour. Tu m'as dit aussi que tu m'aimais, mais tu m'as fait un coup bas : tu es sorti avec ma copine. Comme disent les Réunionnais : « camarades = camarons ». C'est dans ces moments qu'on distingue les vrais des faux amis. Tous les jours je passais à côté de toi, je ne voulais pas y croire. Tu étais dans ses bras. Je me faisais beaucoup de mal en passant à côté de toi, mais je voulais surmonter tout cela. En te voyant à ses côtés, j'aurais sûrement eu la force de t'oublier. Ne plus penser à tes sourires, tes regards, ton parfum, ne plus penser à TOI. Je n'y suis pas arrivée.
Pendant quatre ans, je t'ai aimé. J'ai refusé les avances des autres pour être dans tes bras, mais je n'y suis pas arrivée. Quatre années de célibat, de larmes. Après que tu as quitté le collège, j'ai été anéantie, mes résultats scolaires se sont effondrés. Ce n'est que pour ma dernière année que j'ai décidé d'arrêter de me morfondre. Je me suis tuée à la tâche pour pouvoir entrer dans un grand lycée : le lycée hôtelier. Difficile mais pas impossible.
Durant une année entière, j'ai joué avec ma vie. Je sortais avec cinq mecs en même temps. Dans ma tête, tous les mecs étaient pareils, donc tous devaient payer ce que tu m'avais fait. Je les faisais souffrir comme tu avais fait avec moi. Ils ont pleuré dans mes bras, anéantis par moi. Ce n'est qu'au mois d'août que je me suis remise en question. Je les ai tous largués pour, cinq mois plus tard, sortir avec quelqu'un de mon lycée. Mais là aussi, grande déception : trop jaloux et possessif, je n'ai pas supporté cela longtemps. Deux semaines et demie plus tard, c'était déjà fini.
Et te revoilà qui refais surface. Tu es sorti avec mon amie et aujourd'hui, lorsque je passe sur les routes, tu me klaxonnes, tu me fais des coups de phares. Tu ne peux pas comprendre que tu m'as anéantie ! Pendant quatre ans je t'ai attendu, rien venant de toi, et aujourd'hui c'est toi qui veux de moi. Mais il est trop tard. Le temps est la cause de ce grand cauchemar que tu vis aujourd'hui. À ton tour de souffrir maintenant, c'est à toi de subir ces grands tourments.
Un nouveau départ
De déception en déception, je commençais à ne plus y croire. Le seul remède pour guérir mes blessures était de travailler et de boire. Pour oublier, je ne sortais plus, je n'avais plus de vie, bientôt plus d'amis. Juste une seule : ma meilleure amie qui, depuis cinq ans, aimait un certain garçon, pleurait pour lui, souffrait pour lui. Elle ne lui a jamais avoué ses sentiments, rêvait de lui chaque nuit comme moi je rêvais de toi.
J'étais prête à tout sacrifier pour oublier tout cela, mais un jour à la plage je l'ai rencontré. Il s'appelait *. Un seul regard nous a suffi. Le soir du réveillon de Noël, je lui ai offert ma virginité. Cette relation, je l'ai vécue dans le secret. Je suis mal tombée : j'ai vécu l'amour fou, mais je devais faire un choix — lui ou ma meilleure amie. Et oui, ma meilleure amie aimait ce garçon depuis cinq ans et voilà ce que je lui ai fait. Vous auriez fait quoi à ma place ? Sacrifier votre amitié ou sacrifier votre amour ? Choix très difficile. J'ai préféré vivre tout cela dans l'ombre, sans que personne ne le sache, comme ça je gardais à la fois mon amour et ma meilleure amie.
Toute chose a une fin
Les gens ! Les langues ! Surtout où je vis : cette île est très petite, les nouvelles vont vite mais les mauvaises encore plus vite. Un soir, ma meilleure amie m'appelle pour me dire que jamais plus elle ne me ferait confiance, que sa vie était gâchée, qu'à cause de moi elle n'aimerait plus jamais. Elle m'a raccroché au nez. J'ai essayé de la contacter mais plus aucune nouvelle.
Le même soir, l'amour de ma vie vient me voir pour m'annoncer qu'il voulait aller en Métropole refaire sa vie. Il hésitait parce que je suis sur cette île avec sa famille, ses amis, sa vie. Il sait que la distance c'est la chose la plus difficile dans une relation, mais là-bas il aurait un travail, un logement, et qu'il sortirait du trou. Je lui ai dit que je ne voulais pas être un frein à sa vie future, que je regretterais si dans quelques années il venait me reprocher que c'est à cause de moi qu'il ne s'est pas tiré de la boue. Je lui ai dit de partir, je lui ai souhaité le meilleur et je l'ai quitté en pleurs.
Vous ne pouvez pas savoir, vous ne pouvez pas comprendre. N'essayez pas de comprendre : chacun sa douleur, chacun sa peine, chacun ses pleurs. Je ne saurai comment vous décrire ce que j'ai ressenti après ses mots. Ça fait mal, c'est tout.
Trois cœurs brisés en une seule soirée. Je venais de perdre ma meilleure amie et l'amour de ma vie. Quelques jours plus tard, je reçois un coup de fil me disant que ma meilleure amie s'était suicidée. Et là, c'en était trop. La fin des fins, le gros trou noir d'où personne ne pouvait remonter. Je me disais : si au moins on pouvait changer le cours des choses. Si au moins les gens n'avaient pas parlé. Si au moins les préjugés avaient cessé à temps. Si au moins je pouvais vivre normalement. Mais nous sommes dans un monde où rien ne peut rester caché longtemps. On a beau cacher ses secrets, mais un jour ou l'autre ils seront dévoilés au grand jour, et ce jour-là, tout votre joli petit monde s'écroulera.
C'est la fin
Je n'attendais plus rien de la vie. J'ai recommencé à détruire mon corps : boulot, alcool, cannabis, tout y passait. Petit à petit, mon cœur se meurtrissait de plus en plus. Plus d'amis, plus d'amour, plus de vie. C'est fini.