
Poser une telle question revient tout d'abord à définir la fidélité. Le réflexe du dictionnaire ne nous servira pas à grand-chose puisqu'il se borne à nous parler de constance des sentiments et d'engagements à tenir. Rangeons donc notre pavé et tentons de définir ce mot de façon à ce qu'il ait un sens humain.
Constatons tout d'abord qu'il s'agit d'une notion totalement culturelle, c'est-à-dire que l'on attribue à l'Homme. En effet, même si l'on observe des comportements de fidélité chez certaines espèces du règne animal, il ne s'agit pas d'un choix de l'animal — qui en est incapable — mais bien d'un agencement naturel. Chez l'Homme, le simple fait que la fidélité pose autant de problèmes dans les sociétés (adultères et autres « trahisons »…) est une preuve que la fidélité n'est pas naturelle : elle a été imposée par de vieilles convenances qu'il serait peut-être temps de remettre en question.
Le paradoxe de la fidélité en amour
Schématisons grossièrement une vie amoureuse telle qu'elle devrait être selon ces « convenances » : l'amour avant la puberté est un jeu d'enfant, l'amour pendant la puberté est le fruit de pulsions hormonales et l'amour à l'âge adulte… il ne peut y en avoir qu'un et c'est avec celui-ci qu'il faut s'engager civilement (et accessoirement religieusement) pour vivre et vieillir ensemble. Je ne sais pas vous, mais moi, cela me fait sourire.
Mais restons objectifs : certains vous diront qu'ils vivent le grand amour et qu'il n'est aucunement question pour eux d'aller voir ailleurs. Voilà une situation magnifique, mais pourquoi y accoler forcément la notion de fidélité et, par conséquent, celle de perte de liberté ? Je ne vois pas le rapport !
De la même façon, vous verrez des gens — qui ne s'en vanteront pas — tromper leur conjoint. Là aussi, il y a un problème : malgré les interdictions, l'adultère est là et « il faut » le condamner ! Mais le plus gros problème est ailleurs : tout commence par une attirance pour quelqu'un d'autre que le conjoint. Devant cette situation, la convenance oblige à détourner les yeux et passer son chemin. Pour ceux qui ne la respecteraient pas : il faut agir en cachette ! Et c'est ici que commence la trahison : la notion de fidélité a transformé un sentiment amoureux en mensonge capital !
Mais serait-il aussi difficile que cela d'en faire abstraction et, avant de tomber dans le piège de la trahison, tout simplement de partager avec son conjoint ses pulsions sexuelles et amoureuses ? La complicité, c'est tellement plus beau que la honte !
Faut-il repenser la fidélité dans le couple moderne ?
On entend souvent dire qu'un homme qui trompe sa femme le fait à un certain âge pour se prouver à lui-même qu'il est encore capable de séduire… Si l'on adhère à ce genre d'analyse, on attribue ni plus ni moins une sorte de légitimité à l'adultère et donc à la fidélité une sorte de valeur utopique et obsolète !
Dans le même registre, on se lamente de l'augmentation du nombre de divorces d'année en année : n'est-il pas temps de repenser notre façon de voir la vie amoureuse ? Je crois tout simplement que notre société est en train de subir des changements importants et qu'il est sans doute naïf de penser que le mariage tel que nous le connaissons restera tel qu'il est. D'ailleurs, si je puis me permettre, le PACS est déjà un premier pas vers ce changement de mœurs.