
Et voilà comment tout commença, comment il se retrouva seul dans cette chambre, le fameux soir. Il était arrivé très vite. Bryan était retourné à Maubeuge pour revoir toutes les personnes qu'il connaissait, mais il avait changé, endurci par la douleur. Il ne parlait plus et ne pensait qu'à ce moment où il quitterait tout pour partir venger l'amour de sa vie. Un soir, il prépara son sac pour partir à Cambrai. Il avait prévenu Sam pour le jour. Il prit, comme d'habitude, le train pour Cambrai et il arriva dans la matinée. Il pleuvait beaucoup et, lorsqu'il arriva à Cambrai, il se revit en train d'embrasser Jennifer sous la pluie. C'était un gage qu'elle s'était donné dans une liste de choses à faire avant de mourir, et cela avait été un instant très agréable. Mais il ne devait pas penser à ça. Il avait réussi à transformer sa tristesse en colère et c'était mieux comme ça.
Il arriva enfin devant la porte de la maison qu'il crut ne plus jamais revoir et, lorsqu'il toqua, ce fut Samantha qui lui ouvrit. Elle lui fit la bise comme d'habitude :
— Contente de te revoir, c'est enfin le jour.
Il acquiesça d'un signe de tête et Samantha le fit monter. Ses parents n'étaient pas là et, lorsqu'ils furent revenus, Samantha s'empressa de leur raconter tout ce que Bryan lui avait dit de dire. Elle leur expliqua qu'il s'était enfui de chez lui parce qu'il avait besoin de revenir chez Jennifer, comme pour la retrouver. Aussitôt, ils téléphonèrent à ses parents, un peu affolés mais rassurés de savoir où il était. Ils leur dirent qu'ils laisseraient Bryan passer la nuit ici et qu'ils viendraient le rechercher demain matin. Leur plan marchait comme prévu et voilà comment il se retrouva dans cette chambre le fameux soir...
Samantha toqua à la porte et ouvrit lentement. Bryan fit une petite manœuvre sur l'ordinateur de Jennifer qu'il venait d'allumer et plaça les coussins, faisant en sorte qu'ils prennent sa silhouette.
— C'est parti ? demanda Samantha.
— Et oui, tu peux toujours reculer, je peux partir tout seul. Je ne t'en voudrais pas, je comprendrai.
— Tu devrais plutôt comprendre que quoi qu'il arrive, je partirai quand même. C'était la personne la plus importante à mes yeux, comme pour toi, il faut que l'on fasse quelque chose.
Bryan passa devant et descendit lentement les escaliers qu'il avait tant de fois descendus avec Jennifer qui lui disait de ne pas faire de bruit. Ils sortirent de la maison sans faire de bruit et coururent un peu, histoire de ne pas se faire bêtement voir.
— On a une longue route à faire, très longue même, j'espère que tu es prête.
Son sac sur le dos, Bryan sortit son iPod où il avait mis la carte pour aller jusqu'à Hirson. Il avait vu sur Internet qu'à pied, il fallait presque 15 heures pour y arriver ! Il préféra ne rien dire à Samantha pour ne pas la démoraliser. Ils trouveraient bien quelqu'un pour les prendre en stop, quelqu'un de... convenable.
Après deux heures de marche, Bryan n'en pouvait déjà plus lui-même. Mais il devait continuer, c'était obligé. Lui et Sam ne parlaient pas beaucoup, ils n'avaient pas tellement de choses à se dire pour l'instant. Il se mit à pleuvoir doucement au début, puis plus fort d'un seul coup. Il n'y avait rien sur la route et sur le trottoir, il y avait de la forêt. Ils n'avaient nulle part où s'abriter et Samantha n'avait pas pris de parapluie, alors ils acceptèrent d'être autant mouillés sans vraiment bouger. Enfin c'est ce que Bryan crut jusqu'à ce que Samantha se mette à faire des grands signes et des grands cris à un camion qui roulait vers eux :
— Pitié ! Prenez-nous, on est tout mouillés !

Souvenirs, souvenirs...
Le camion ralentit légèrement et s'arrêta devant elle. Un gros homme avec l'air sympathique ouvrit la portière et dit :
— Alors les jeunes, où vous allez par un temps pareil ?
Pendant ce temps-là, chez Jennifer, les parents de Bryan venaient d'arriver.
— Où est-il ? demanda sa mère.
— Dans la chambre de Jennifer, il dort encore. Montons pour l'appeler.
Les quatre parents montèrent les uns derrière les autres et ouvrirent lentement la porte de la chambre. Ils entendirent une forte respiration, un léger ronflement et virent la silhouette bombée sous les couvertures. Sa mère s'approcha mais, quand elle leva les couvertures, elle vit les coussins qui formaient sa silhouette.
— Mais qu'est-ce que... ?
La mère de Jennifer s'approcha de l'ordinateur posé sur le bureau et dit :
— Un bruitage !
Samantha et Bryan étaient déjà loin grâce au camion de Chuck. Chuck était le routier qui les avait pris en stop, il allait vers Hirson justement. Il ne lui parlait pas beaucoup car Samantha s'était déjà endormie et glissait de plus en plus vers le volant. Bryan repensa à la raison qui faisait qu'il était encore en vie, la raison qui l'avait fait partir de chez lui, entraînant Samantha au passage : Jennifer. Il s'endormit peu à peu à son tour et se mit alors, pour son plus grand bonheur, à rêver et à repenser à la manière dont tous les deux, ils s'étaient rencontrés...
Il attendait la rentrée avec un peu d'impatience. L'été avait été plutôt maussade, rien de très particulier alors il voulait vite arriver à cette entrée en Première ES ! Enfin, il ne serait plus les « petits secondes qui savent pas où s'orienter ». Sa ligne était toute tracée pour deux ans. Et bien sûr, il y aurait tous les petits changements croustillants comme le nouvel emploi du temps, la nouvelle classe et aussi les nouvelles filles, les petites secondes, enfin pas si petites. Il ne connaîtrait personne dans sa nouvelle classe car il avait carrément changé de section cette année. La rentrée approcha. Il partit ce jour-là au lycée avec ses meilleurs amis Guillaume et Marc et ce fut une rentrée assez affreuse. Certes, il s'attendait à ne connaître personne dans sa classe, mais à ce point ! Il n'avait jamais adressé la parole à personne. En sortant de cette première après-midi, il se sentit un peu désespéré à l'idée de se retrouver tout seul, séparé de ses amis. En rentrant chez lui, il passa devant la maison qui venait d'être achetée. Les nouveaux venus étaient déjà installés mais il ne les avait presque jamais vus. Au moment où il passa devant chez elle, un homme et sa copine entraient dans la cour alors qu'une fille aux cheveux bruns disait bonjour à une certaine Alice. Il rentra chez lui sans vraiment s'en soucier et pria le ciel pour que demain soit une bonne matinée avec sa nouvelle classe. Mais ce ne fut pas vraiment le cas. Sa classe avait l'air gentille, mais il n'osait pas parler, à personne. Il était trop timide et cela lui fit du bien de retrouver ses amis lors de la récréation. Lorsqu'il les rejoignit, ils étaient déjà en train de trier entre les nouvelles filles qui venaient d'arriver. Il se joignit à leur travail. Comme d'habitude, il y en avait des pas mal et des moins bien. L'année dernière, la nouveauté avait été deux handicapés qui étaient rentrés au lycée. Bryan connaissait bien l'un des deux et lui parlait lorsqu'il pouvait. Cette année, c'était deux jumelles. Elles montèrent toutes les deux les escaliers qui menaient à l'étage où étaient Bryan, Guillaume et Marc. Tout le monde tournait la tête en les voyant. Bryan entendait déjà dans sa tête tout le monde dire « Hey des jumelles ! ». Il se retourna en disant :
— J'aimerais pas avoir un frère jumeau ici. Si c'est pour être regardé par tout le monde comme des bêtes... Les pauvres, c'est vraiment débile mais au moins elles sont deux dans leur classe, c'est mieux que d'être tout seul comme moi.
— Elles sont pas terribles en plus, répliqua Guillaume.
— T'ES FOU !! répondit Bryan.
Il avait crié un peu trop fort et cette fois, c'était lui que tout le monde regardait.
— Désolé, dit-il tout doucement.
Elles étaient déjà passées à l'étage suivant et il n'y fit plus tellement attention.
— Sinon, vous avez vu une qui vous plaît vous ? Moi non, de toute façon pour ne jamais oser leur parler, ça sert à rien.

La première rencontre avec Jennifer
La sonnerie retentit et Bryan dit au revoir à ses amis avant de monter à l'étage au-dessus. Il avait cours d'anglais cette fois-ci. Le cours commença et alors, pour son plus grand malheur, la prof lui demanda d'aller chercher un rétroprojecteur dans une autre salle. Il DÉTESTAIT ça ! Devoir rentrer dans une autre classe et passer pour un alien avec tout le monde qui le regarde un peu comme les jumelles de tout à l'heure, mais il fallait y aller. Histoire de rater un peu plus de cours, il alla vers les portes plus loin dans le couloir lorsqu'il les vit, les deux filles qui avaient l'air un peu perdues. Sa poitrine lui fit un drôle d'effet et, si elles ne l'avaient pas déjà vu, il se serait caché. Il fit mine de continuer sa route en essayant de ne pas les regarder alors qu'elles semblaient se disputer.
— Allez vas-y toi !
— Non toi, allez demande.
— Bon d'accord.
Bryan était sûr qu'elle allait lui parler.
— Excuse-moi, mais on est perdues. On croyait que c'était ici l'étage B car on a monté un escalier.
— C'est le piège ici, tout le monde tombe dans le panneau un jour ou l'autre. Ici, on est à l'étage C et le B, c'est celui avec le hall d'entrée et quand vous descendez un escalier, vous arrivez à l'étage A. Vous avez quoi comme salle ?
— B14, répondirent-elles toutes les deux.
— Bon bah venez avec moi, cela me fera une excuse pour avoir raté encore plus de cours.
Elles rigolèrent légèrement. C'étaient les premières filles avec qui il parlait sans les connaître et sans être gêné, mais il avait l'impression de les avoir déjà vues. En marchant vers leur bonne salle, il commença à parler :
— Je m'appelle Bryan et vous ?
— Moi c'est Samantha et elle c'est Jennifer, répondit la plus grande des deux qui l'avait accosté.
— On est jumelles, dit Jennifer.
Bryan rigola légèrement en disant :
— Oui, je l'avais remarqué.
Samantha se tapa le front tandis que Jennifer riait aussi de ce qu'elle venait de dire :
— Ça doit être ennuyant pour vous que tout le monde vous regarde tout le temps comme ça.
— Ça a des avantages, il y a des mecs parmi « tout le monde », dit Samantha.
— Ouais mais bon, moi ça m'énerve plutôt, rétorqua Jennifer.
— Oui, je te comprends, j'en aurais déjà marre moi.
Ils arrivèrent devant la salle :
— Voilà c'est là et je vais pas croire ce que je vais dire mais euh... bon cours !
Elles le remercièrent mais le professeur avait ouvert la porte en entendant leurs voix.
— Qui êtes-vous ? demanda-t-il.
— On s'est trompés de salle, on est aussi en seconde SES.
— Alors entrez et lui ?
— C'est un gentil garçon qui nous a aidés à retrouver la bonne salle, dit Jennifer en souriant.
Bryan était content du mot « gentil » mais il aperçut à l'intérieur de la salle une de ses amies, Coralie, qui écrivait quelque chose dans son agenda. Alors, revenu à la réalité, il se redit à l'intérieur de sa tête plusieurs fois « elle me trouve gentil, GENTIL ! Elle a pas dit moche, gentil ! » et il ne répondit pas au professeur qui lui disait merci. Samantha le tira de sa rêverie :
— Bon Bryan, merci et passe une bonne année !
— Ouais bonne chance, répondit sa sœur.
Ils entrèrent tous dans la classe sauf lui et Jennifer lui adressa un joli sourire avant que le professeur ne ferme la porte à son bonheur.
Bryan retourna dans sa salle un peu chamboulé par l'effet qu'avait eu cette rencontre sur lui et, lorsqu'il entra dans la salle :
— Mais où est le rétroprojecteur ? demanda son professeur.
Ça allait être une année difficile, il le sentait bien !
À SUIVRE...