
Première partie : je pleure
Ce que tu écris est très beau. Alors pourquoi veux-tu que j'écrive ? Pourquoi me lis-tu ?
Ce que j'écris n'est pas beau. Mon langage est impuissant. Je t'aime, et il n'y a pas 50 façons de t'aimer. Tu es le premier que j'aime et tu seras le dernier. Pour être franche, cet amour ne me rend pas heureuse. Je pleure comme Rimbaud : plus que tous les enfants du monde. Je pleure comme les héros d'Homère. Je me balade dans ma cellule, je regarde mes murs et je pleure : ils sont si blancs. Je pleure et je tombe. Dès que je me mets à marcher trop vite ou à vouloir monter sur les arbres ou les tours, je tombe. C'est amusant de me voir le cul par terre et les bras levés au ciel, mon dieu ! Qu'est-ce que je peux être égocentrique... Pourquoi me lis-tu ? Tu ne vois toujours pas que la chasse aux papillons n'est pas drôle, ou tu es de ceux qui mettent des lunettes de soleil pour dissimuler qu'ils n'ont qu'un œil ?
Sache qu'avec un tel parcours on ne ramasse que des larmes. Même quand je ne pleure pas, je pleure. Tout le monde s'accorde à dire que je suis dure. Et pourtant, je suis tendre.
Deuxième partie : j'ai peur
C'est dangereux de t'aimer ainsi. C'est dangereux d'aimer une voix qui sort de loin et qui entre en moi, qui se range en moi, qui me connaît. J'ai peur de ta voix. J'ai peur de toi. Tu es le premier homme à me faire peur. Aussi j'ai peur de t'effrayer car je suis folle, même si je mesure chaque pas avant de le faire. J'ai peur que tu te moques de ma folie, de mon amour, de l'enfant raisonnable. J'ai peur que tu me trouves ridicule. J'ai peur de tout. Mais quand je réussis à bouger, mon corps peut s'ouvrir comme une commode. Bien évidemment, je tremble de peur de trouver un jour que tous mes tiroirs sont vides. Que tous tes mots sont partis, même les moins intéressants, comme « chaussette », « culotte » ou « foulard »...
Troisième partie : je me rassure
La division en parties est inutile. C'est toujours aussi obscur.
Quatrième partie : je m'immole
Tais-toi maintenant. Sois courageuse. Interroge-toi. Qu'est-ce que Dieu va dire de nous ? T'as-tu déjà posé la question ? C'est moi qui suis là, si ça te sert à quelque chose, j'y reste. Attends, ne pars pas si vite, je vais te confier un truc, approche-toi, donne-moi ton oreille, plus près stp, mais enlève-moi ces cheveux... C'est bien comme ça... Concentre-toi... Je ne suis venue que pour ça.