

Depuis, il a mûrement consommé toute ma réserve de patience. Mais maman, je veux lui donner mon dernier morceau de temps. Je veux lui céder ma dernière part d'espoir fou. Celle que ma constance et mon attente ont conçue sous l'ombre de mon désir. Il vit son dernier règne de sursis. Mon affection parle plus fort que ma raison. Elle lui accorde à nouveau un délai illégitime, alors que tout autour de moi rit l'absurdité de mon état. Ne me regarde pas comme ça, ne me demande pas de t'expliquer des choses qui me dépassent. Une fois ce délai écoulé, la vie n'aura plus de nuances. Ce jour-là, à bout de souffle mais la tête haute, je prendrai les couleurs de cette sombre vérité. Mais laisse-moi remettre ce mal à un peu plus tard. Laisse-moi le faire, peut-être qu'il se souviendra, peut-être qu'il rentrera. Je te promets qu'après, je me déciderai enfin à admettre ma défaite. Je me rétracterai sur mes espoirs, sans me retourner et sans discuter. Je ramasserai toutes ses affaires qui traînent et où je n'arrête pas de me prendre les pieds. Mais laisse-moi l'attendre un peu. Rien qu'un tout petit peu. Laisse-moi dormir bercée de mes délicieux mensonges quelques jours encore. Je veux dormir encore un peu dans ses bras. Même si tu ne le vois pas, mon cœur le voit. Laisse-moi vivre encore comme s'il rentrait ce soir. Je veux comme tous les matins regarder le calendrier et me dire qu'après tout, un mois ce n'est pas grand-chose. Je veux regarder le miroir et me maquiller de ce sourire hypocrite, sourire en écoutant la chanson qu'il me fredonnait tout bas et guetter encore quelque temps la sonnerie de mon téléphone. Peut-être qu'il m'appellera et que j'entendrai sa voix. Il m'a promis de rentrer maman. Non, il ne m'a pas mentie. Il ne peut pas me mentir à moi. Il est incapable de me faire ça… Il ne peut pas être un lâche maman. Mon homme n'est pas un lâche. S'il ne m'aimait plus il me l'aurait dit. Il ne serait pas parti en m'embrassant comme s'il rentrait le soir. Non, il ne m'a pas quittée sans me prévenir. Dis-moi qu'il ne l'a pas fait. Pourquoi ne m'as-tu pas dit que les gens peuvent être aussi menteurs et perfides ? Dis-moi qu'il reviendra… Laisse-moi éviter de croiser son manque. Je veux encore me raconter qu'il est toujours mien, je veux encore remettre à demain ce que j'aurais dû faire hier. Laisse-moi m'enivrer d'artifices pour mieux avaler ma haine. Est-ce possible que je n'aie pas su le retenir ? Est-il vraiment parti sans faire de bruit ? N'ai-je même pas le droit à une rupture ?
