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Relations

Madame, bonjour

Une lettre poignante adressée à une femme, où l'auteur confie avoir perdu sa capacité d'aimer et lui demande de garder heureuse cette part de lui-même restée auprès d'elle.

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Madame,

Je vous prie à l'avance de m'excuser pour le dérangement et la gêne que pourrait occasionner cette lettre. Il est vrai que ma requête pourrait sembler tout à fait inopportune, cependant je me trouve dos au mur avec pour seule solution de vous écrire cette supplique. Mon but n'est pas de susciter chez vous une quelconque pitié mais simplement de m'en remettre à votre générosité et votre humanité, bien évidemment ceci dans la mesure de vos moyens.

Mon problème, Madame, est des plus simples. En effet, il se trouve qu'au jour d'aujourd'hui je ne puis plus me considérer comme humain. Il est, bien sûr, évident que j'en présente certains symptômes, sans quoi il me serait impossible de vous adresser cette réclamation. De toute évidence il fut un temps où je l'étais, mais il me semble avoir perdu ce qui, à mon sens, faisait de moi un humain à part entière. J'ai oublié comment aimer. Je vois les choses, je me les remémores, je les cite et pourtant il m'est devenu strictement impossible de les ressentir.

Imaginez-vous un lever de soleil, dans lequel vous ne verriez en fait qu'une espèce d'amas de rayons lumineux parvenant à vos rétines, après une longue traversée intergalactique d'environ 8 min, formant sur ce miroir oculaire une espèce de boule de feu orangeâtre effectuant sa transition vers le jaunâtre. Quel en est l'intérêt, Madame, si l'on ne peut y ressentir cette chaleur qui peu à peu vient réchauffer nos joues, si l'on ne peut contempler le passage de l'obscurité à la lumière en se disant qu'un cycle est passé et que tout est toujours à refaire, que finalement le temps tourne, parfois à notre faveur, et que peu importe nos faiblesses et les coups durs, il existe toujours ces miracles de la nature, ces personnes avec qui contempler un tel événement prend tout son sens, ces personnes avec qui l'éternité et l'infini ne sont plus de simples mots, ces personnes nous donnant la sensation, non, la certitude que l'Eden se trouve en chacun de nous et que l'humanité mérite d'être sauvée, enfin toutes ces choses niaises et sans intérêt que ne peuvent ressentir que les amoureux gaga ?

Eh bien Madame je n'en vois pas, et voyez-vous mon problème se trouve en ce fait que je ne crois plus en ces mots. Mon esprit peut se les remémorer en ce sens où je les ai pensés et où je les ai découverts, mais je ne les ressens plus. Alors bien sûr, cette situation ne me plaisant guère je me suis mis à en chercher la cause, et de fil en aiguille, de souvenir en souvenir, je me suis souvenu. En effet, je me suis rendu compte qu'il manquait une chose à mon mécanisme bio-spirituel, à ce mécanisme assurant ce lien entre ma chair, ma raison et mes sentiments aujourd'hui perdus. Et cette chose il me semble que vous la possédez toujours dans cet écrin dans lequel vous l'aviez enfermée.

Je conçois, Madame, que vous l'ayez ouvert depuis longtemps le laissant ainsi libre de me revenir, cependant je ne pense pas qu'il me reviendra un jour. C'est pourquoi ma requête, tant impertinente, est la suivante : je vous prie, Madame, de ne pas oublier cette partie de moi qui, ne pouvant vous quitter, ne peut néanmoins plus faire partie de votre vie sous quelque forme que ce soit, et ainsi, pour elle, de ne jamais cesser de sourire, de rire et d'être heureuse. Je ne m'étendrai pas sur ces détails, il ne m'est en effet plus possible de ressentir les émotions qui, jadis, me permettaient de le faire.

Sans attendre de réponse, Madame, je vous prie d'agréer mes sentiments les plus distingués.

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the_walou
the_walou @the_walou
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