
C'était un matin de septembre, dans la salle de cours des 3ème C. Notre prof de maths nous expliquait je ne sais plus trop quoi, et là, elle est entrée. Le premier truc que j'ai remarqué chez elle, c'est qu'elle était terriblement lugubre avec toutes ses fringues trop grandes pour elle, tout en noir. Au début, elle m'a parue ridicule, puis petit à petit je me suis sentie attirée vers elle, comme deux aimants.
Je suis donc allée la voir. On était juste toutes les deux. Puis, il y a eu Laura, Jordan, Pascal et Jean-Paul sur la fin. Cora et moi, on adorait littéralement Marilyn Manson. Il était un dieu, même mieux : un père. Alors on s'est détachées du groupe : ils étaient trop politiquement corrects pour nous.

C'est à partir de là que, jusqu'au 14 janvier 2003, on a commencé notre descente aux enfers. Mais à l'époque, on croyait que c'était le paradis. Tout a commencé par les « rituelles » réunions aux toilettes du second étage. C'était notre lieu. Là, on parlait de la mort, de nos emmerdes et surtout de Marilyn Manson. Un jour, j'ai acheté un cahier, notre cahier, une sorte de journal intime en commun, et on a commencé à le noircir. Mais pas pendant longtemps.
Car le mardi 14 janvier (le jour de l'anniversaire de ma mère), en cours d'éducation civique, on s'est fait prendre. Et dedans, il y avait des insultes à professeurs. En fait, il y avait des insultes pour la Terre entière.

Pendant une longue semaine, on a attendu le « jugement ». Puis, un vendredi, en cours de physique, M. Bouin est rentré et a dit texto : « Mlles Legrain et Gaunt, veuillez me suivre. » On l'a donc suivi. Et à partir de là, Cora est devenue muette. Il a fallu que je me batte pour deux. Mais je n'ai sans doute pas été assez forte, car depuis, sa mère nous a interdit de nous voir, de nous appeler, de nous parler. Elle nous a tout interdit. Mes parents n'ont rien dit car ils étaient déjà au courant.
Vous venez de lire le récit de ma pitoyable vie.
À bientôt !