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Relations

Loin des yeux n'est pas loin du coeur

L'amour à distance est un défi quotidien. Entre sacrifices financiers, dépendance affective et idéalisation : faut-il renoncer ou se battre pour cette relation qui sort de l'ordinaire ?

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800 kilomètres. 7 à 9 heures de train. Tous les mois, pendant un an, quelques jours de bonheur. L'euphorie des débuts, comme ils disent. Ensuite, les choses se corsent : la fac, l'appartement, la liberté... le piège. La distance n'aide pas ; on a besoin d'affection, d'attention, d'amour dans ces moments où tout est flou, tout est nouveau, si excitant mais si effrayant.

À ce moment-là, quand on pèse le pour et le contre, on se rend compte qu'il y a beaucoup plus de contre que de pour. Quand on pense avec sa tête, cette fameuse « raison » qu'il est si difficile de suivre. Mais quand on pense avec le reste... Le cœur, les tripes, la vie et son frisson quoi... Alors l'amour reprend le dessus et le bonheur (le vrai cette fois) peut pointer le bout de son nez. Mais chapeau à ceux qui y parviennent. Prendre le pari fou de s'écouter, ça nécessite du courage, et pas qu'un peu.

Amour à distance : entre rêve et réalité

Rien ne pourra jamais altérer quoi que ce soit à notre amour. Tous ces cons qui prédisent notre échec, on leur prouvera qu'ils ont tort jusqu'au cou. On s'aime, on se désire, on vit l'un par l'autre... La distance n'est qu'un petit obstacle logistique qui met même un peu plus de piment dans l'affaire, on se dit qu'on a de la chance de vivre cette histoire si forte qui sort de l'ordinaire... De la chance.

Mais à force de ne pas voir l'autre, de ne pas lui parler, de ne pas lire dans ses yeux, et même de ne pas s'en envoyer plein la figure de temps en temps (car à distance ce serait du gâchis... qui finit par en être quand même) ; à force même de ne pas assouvir ses désirs, car garçon ou fille, la pression est la même, on finit par ne voir de plus en plus que les inconvénients, qui pourtant ne font pas le poids face au ressenti.

Et on se laisse prendre au piège de la dépendance... On n'aime plus l'autre, mais une idée, l'idée qu'on se fait de ce que nous, on a besoin, ce qui nous rassure... Alors qu'il faudrait chacun avoir sa vie de son côté, et essayer d'en faire un résultat commun.

C'est dur d'être seul. C'est dur de ne rien pouvoir déléguer à l'autre, parce que ma vie, ce n'est pas la sienne. C'est dur de fusionner uniquement — ni dans la tête ni dans le cœur — mais dans une espèce de dimension supérieure qui fait que quoi qu'il arrive, l'âme sœur, c'est lui ; l'âme sœur, c'est elle. Mais cette dimension-là ne fait pas tout... Et cette dépendance à l'autre bouffe tout, jusqu'à l'amour, le vrai, qui existe.

Il finit par se retrouver voilé par tant de choses, tant d'obstacles, parce qu'il finit par faire plus de mal que de bien. Mais sans, on est encore plus mal qu'avec. Le choix est cruel... Partir, se rejoindre ? Absurde, ou terrifiant, tout quitter pour quelqu'un qu'on aime, et comme on ne peut jamais être sûr de rien... Oublier ? Ce qui revient à se voiler la face, malgré les tentatives. Quand l'autre devient « ton autre », s'en passer devient tellement inconcevable... Et se forcer à le faire parce que « c'est mieux » (mais qui le sait vraiment) est impossible à admettre, même si finalement, c'est ce qu'on fait et qui nous ronge de l'intérieur.

Les obstacles concrets d'une relation à distance

Avant la rencontre, un compte en banque de jeune ni vide ni plein. Quelques mois après, un découvert permanent. La première année, on ne voit pas où est le problème. Mais dès que la distance commence à lasser, ça commence à prendre de plus en plus d'importance. Trop de sacrifices ; beaucoup d'argent, d'énergie, de temps... Et l'amour ? « Oui, mais... ». On pourrait faire attention ? « On se verrait pas assez ». Alors on continue ? « On peut pas continuer comme ça, c'est trop fatiguant ».

Déjà l'éternel problème d'avoir de l'argent ou de ne pas en avoir nous revient de plein fouet dans la figure, c'est soit riche, soit souffre. L'amour est là, bien présent, plus que jamais même, mais la gestion ne suit pas.

Les autres, à présent. Jusqu'à ce que l'on tienne, les réflexions et jugements de toute sorte, on s'en fout. Et même, ça renforce notre amour, encore plus... Mais dès qu'un grain de sable quel qu'il soit s'est engouffré dans l'engrenage a priori parfait, cela prend des proportions énormes et c'est toute l'installation qui est ébranlée. Déjà l'argent qui manque, les autres qui n'y croient pas... Ils ont peut-être raison...

L'âge, les circonstances... Trop jeunes ? Trop jeune pour s'engager dans une telle histoire, trop jeune pour s'investir pour quelqu'un d'autre alors qu'on est à une période de la vie où on est incapable de s'investir pour soi-même... On ne s'occupe plus de notre vie, puisque notre vie, c'est lui, c'est elle. C'est faux. Ça ne peut pas être vrai.

On finit par aduler un « Nous », comme une troisième personne au nom de laquelle on fait tout, et non seulement on s'oublie soi, mais on finit par oublier l'autre... Et la seule « personne » en laquelle on croit n'existe pas. Idéaliser quelque chose qu'on connaît, ça en revient parfois à le détruire. Et c'est tellement sournois que pour rattraper le coup, il faut avoir une force mentale exceptionnelle... Parce qu'on a tellement perdu (de temps, d'énergie, d'argent, de plein de choses), qu'au final ça a l'air plus important que ce qu'on gagne... Ce qui est pourtant inégalable, inestimable, et chacun le sait...

Faut-il se battre pour sauver son couple à distance ?

Quand on a réussi à aimer quelqu'un uniquement par le mental, pour ce qu'il est, ce qu'il représente, quand on a vécu aussi bien la fusion mentale que physique, quand absolument rien ne vient noircir le tableau à part des inconvénients matériels, il paraît tellement absurde d'y renoncer...

Renoncer à l'intemporel par manque de temps, renoncer à l'inestimable par manque d'argent, renoncer à ce qui nous donne une énergie folle par manque de forces... C'est renoncer au bonheur par manque de bien-être... On ne peut en rien juger ce choix. Mais il est tellement révoltant quand on sait ce qu'on va perdre, quand on en est conscient...

Quand on a, avec les erreurs, avec le temps, compris que tout ce qu'on a tant abîmé par manque d'expérience, et aussi par fatalité (on n'a pas choisi les circonstances), quand on a jaugé la valeur de ce qu'on risque de perdre, on se rend compte que c'est un trésor absolument inestimable. Que si on ne se bat pas corps et âme — et c'est d'ailleurs cette dernière qui compte le plus — alors on risque de passer à côté d'un bonheur certain. Un bonheur garanti. Pas « le » bonheur, qui est capable de dire où il se trouve ? Notre bonheur...

Alors, on a beau dire que quand on aime on ne compte pas, c'est justement ça qui finit par empêcher d'aimer. L'amour ne suffit pas quand il est si grand, quand il est si fort, si imposant. Il lui faut des béquilles pour ne pas s'écrouler. Des efforts, une sagesse énorme... Qu'on n'a pas à mon âge. Il faut lui apprendre à voler de ses propres ailes à cet amour.

Mais si les circonstances ou le moment n'étaient pas les bons, ce n'est pas pour autant que c'était une erreur, ce n'est pas pour autant qu'il « faut » oublier... Quand on a connu — que ce soit à 16, 20, 30 ou 50 ans — la dimension supérieure qu'est l'amour, celle que « la raison ignore », ce qui fait que l'on n'a plus peur de rien, alors on se doit à soi-même de ne pas abandonner et de se battre pour ça. Tout vient à point à qui sait attendre.

Et la plus belle preuve, c'est attendre. Se contenter du minimum, non merci. Ça n'a rien à voir avec de la folie ou de l'inconscience. C'est du respect de soi.

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tadipotoz
tadipotoz @tadipotoz
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