
Ma chère petite maman,
Au monde, tu es la seule que j’ai aimée au point d’être capable de tout. Au point de supporter cette vie de merde jusqu’à maintenant, malgré la souffrance et les larmes. J’ai toujours été à tes côtés, inlassablement, te protégeant comme je le pouvais, même lorsque j'étais moi-même brisée.
Lorsque papa t'a quittée, laissant derrière lui un vide immense, j’ai été celle qui t’a soutenue pour que tu ne t’effondres pas. Au moment où tu t’es mise à boire pour oublier, oubliant que j'étais là, j’ai tout fait pour t’aider à arrêter, remplaçant l'alcool par ma présence. Lorsque tu étais malade, je restais à ton chevet jour et nuit, veillant sur ton sommeil. Le jour où tu as ramené cet homme à la maison, lui ouvrant notre intimité sans la moindre méfiance, j’ai avalé mes peurs et j’ai fait semblant d’être d’accord, juste pour te voir sourire.
Alors pourquoi, toi, tu n’as rien fait pour moi ? Bordel, je suis ta fille ! Ta propre chair ! Je ne te demandais pas la lune, ni des cadeaux coûteux. Je te demandais juste de jouer ton rôle de mère, de me protéger… ou simplement d’être humaine.
Lorsque cet homme a commencé à être violent avec moi, lorsque ses mains ont commencé à me frapper, tu n’as rien fait pour me protéger. Tu as détourné le regard. Je croyais de tout mon cœur que tu ne savais pas. Que tu étais aveugle à ma douleur. Ou que tu ne réalisais pas la gravité de ce qui se passait sous ton toit. Alors je subissais sans broncher, en me taisant pour te préserver, espérant qu’un jour tu réagirais, qu'un instinct maternel s'éveillerait enfin. Mais la vérité, c’est que tu t’en fichais. Tu ne m’aimais pas suffisamment pour t’inquiéter, pas même assez pour m'écouter quand je pleurais en silence.
Alors le jour où cet homme a commencé à me violer, brisant ce qu'il restait de mon innocence, encore une fois, tu ne t’es pas souciée de moi. De la douleur et de la honte qu’il m’infligeait chaque soir. Il a recommencé encore, et encore, transformant ma maison en prison.
J’ai tellement mal à chaque fois. Mais tu savais… tu savais tout, et tu as laissé faire. Aujourd’hui, je le réalise avec une clarté glaçante.
Alors adieu maman. Je m’en vais pour tenter de guérir, si tant est que cela soit encore possible. Et je ne reviendrai sans doute jamais. Tout comme je n’oublierai jamais ton silence. Je t’aime, malgré tout, même si cet amour n'est plus suffisant pour me garder en vie ici.
Marine