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Relations

Le sentiment virtuel

Ordure, une araignée dépressive, tisse sa toile virtuelle pour échapper à la tyrannie du réel. Une fable déjantée sur l'amour et la multiplication des identités.

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Une araignée oisive et dépressive navigue sur la Toile et, au fil du temps, tisse ses mots avec adresse. Mais ne vous méprenez pas : cette araignée est un mâle. Il s'appelle Ordure et fait des études pour devenir Poubelle, car tout le monde sait — et ceux qui ne le savent pas le soupçonnent — que ce fut Monsieur Poubelle, maire de Paris il y a très longtemps, qui donna son patronyme à ce récipient fort nécessaire. Demandez-vous pourquoi, j'ai d'autres conneries à foutre.

Au début, Ordure était satisfait de sa combinaison d'ADN, mais la tyrannie du réel se révéla castratrice avec le temps. Comme je vous l'ai déjà dit, il s'écoulait inexorablement. Notre cher Ordure décida alors de se multiplier par 3, puis par 10, puis par 70, et ainsi de suite jusqu'en 2005, où nous avons assisté à l'origine des mouches à merde. On savait un peu partout — à Nantes la grise, à Marseille, à Lyon, à Paradis, même à Gênes — que les Italiens, dont Carlo Giuliani, ont les artères comme des élastiques impériaux et baisent debout derrière les portes, et que ce genre d'insectes se reproduit à l'image des trains à grande vitesse. Ce fut tragique, ce baiser. Comme un accident sur les rails.

Pourquoi ? Parce que les araignées n'embrassent pas avec la bouche mais avec tout leur corps, commençant par la moelle. Le lecteur naïf s'imagine qu'un insecte n'a pas de neurones parce qu'il en a trop : mythes et idées reçues ! Les mouches soupirent pour la Toile parce qu'elles sont oisives, dépressives, nostalgiques du temps où Pénélope n'était pas la femme d'un héros à la verge irremplaçable et douce, mais l'une des leurs.

La nuit, cette tisseuse irréductible respirait un air d'amour mystique et tout recommençait le lendemain. Depuis la naissance du phénix, mouches merdiques et ordures multipliées à l'infini sont d'accord pour sacrifier leurs lèvres. Au nom de qui ? Au nom d'Hermès, dont les sandales pourpres portent des ailes qui permettent d'aller loin. Où ? Là-haut, au domaine de Tibax, celui qui dessine avec sa bite des œuvres intitulées, par exemple : « Tu es mon laquais », alors qu'on voit toutes sortes d'objets bizarres disposés chaotiquement sur la feuille, sauf un laquais. Il n'est donc pas étrange que son épitaphe au Père-Lachaise n'attire pas les visiteurs. Sur le morceau de marbre impoli et noir, on peut lire : « Il se promenait avec son PC pour montrer au monde qu'il n'était pas un escargot. »

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ida
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