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Relations

Le destin fait souffrir

À 19 ans, j'ai perdu Hassan, l'amour de ma vie, dans un accident de voiture. Ce récit est celui d'un deuil impossible, entre rejet de sa famille et reconstruction douloureuse.

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Mon copain et moi étions ensemble depuis 5 mois, on se connaissait depuis 2 ans car nous étions dans la même classe ! On s'entendait super bien, on kiffait la même zik, en l'occurrence le rap et le raï ! Je précise qu'il était d'origine marocaine (Rif plus particulièrement) !!!

On était de bons amis, toujours en train de s'embêter, puis le jour où il me fit SA DÉCLARATION arriva ! Nous deux, ça se passait plutôt bien en dehors du lycée... Hé oui, religion oblige de rester discret : les rumeurs vont vite, les familles sont vite au courant par chez nous ; donc on se « cachait ». Bien sûr, quelques-uns nous avaient grillés, mais ils ont été mis à l'amende direct...

Il venait me voir et me chercher chez moi ! Au fil des mois, il devenait de plus en plus sérieux, me disait qu'il voulait que je sois sa femme...

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Des projets d'avenir qui divisent

... Pour devenir sa femme : se convertir !!!

À partir de ce jour, il m'a appris les 5 piliers de l'Islam, tout ce qu'il faudrait que je fasse pour être sa chère épouse... Pour moi, il en était hors de question, je ne comprenais pas qu'il veuille me changer, je considérais ça comme un sacrifice. Je sais que dans ma ville j'étais mal vue : je sortais avec un « arabe », donc pour les autres j'étais une pestiférée, un parasite !

Le jour où j'ai dit à mes parents que j'étais avec un rebeu, c'était le 5 mars 2004, jour du tremblement de terre au Maroc. Ils m'ont répondu : « Tu sors avec qui tu veux : y'a les bons et les mauvais comme partout. » Par contre, ils ne l'ont jamais vu...

1er mai 2004 : le drame qui change tout

Comme tous les soirs, il vint me chercher, on se baladait en voiture, entre les routes de campagne... Mon petit frère et un pote, Nico, devant nous... Puis il me glissa qu'il était crevé car il avait taffé de nuit (c'était les vacances). Et là : CAUCHEMARD.

J'vois la voiture voler, faire des tonneaux, ma tête cognait, cognait... Et tout ce que j'espérais, c'est qu'elle se stabilise, qu'elle ne bouge plus ! Il a raté le virage et à notre droite, c'était un ravin...

J'appelai mon copain : pas de réponse ! Impossible de bouger, je sentais mes os craquer, et le bruit du moteur qui résonnait. En entendant la voiture de Nico, je l'appelais : ancien pompier, il me sortit de la voiture (avec du mal car elle était sur le dos et j'avais la clavicule cassée). Des témoins accoururent, mais les téléphones portables ne passaient pas... Au bout de 15 min, on me rassura : les pompiers allaient arriver. Et Hassan dans tout ça ?

Quand je demandai à Nico comment il allait, il répondit : « Bien. » Puis je l'entendis vomir ! Bla bla bla, les pompiers arrivèrent, le SAMU ! Et là, tout s'écroule !

Un pompier vint demander au médecin un... certificat de décès ! Première larme, premier cri !

On m'expliqua qu'il n'avait pas mis sa ceinture et qu'il avait été éjecté !!!

Le deuil et la reconstruction

La descente aux enfers a commencé : pétage de plomb la nuit et le matin à l'hôpital car les visites étaient interdites ! J'y suis restée 6 jours, avec obligation de parler à la PSY ! D'ailleurs, elle ne voulait même pas me laisser aller à la mosquée alors que c'était la seule cérémonie et l'endroit où je pouvais lui dire au revoir !

Cette histoire — MON histoire — je ne sais pas comment vous l'expliquer, mais je me suis remise de mes blessures fin mai. Et en JUIN : le Bac ! Je vous laisse imaginer, je ne voulais pas remettre les pieds au lycée, ne pas passer mon bac...

Puis mes AMIES, oui mes vraies amies que je remercie encore aujourd'hui, m'ont boostée. C'est grâce à elles !

J'ai passé mon bac et finalement, je l'ai eu...

Le plus dur dans tout ça ? Prendre conscience que la personne qu'on aime nous a quitté !

Quitter à 19 ans, quitter d'un putain d'accident de voiture, quitter à cause de cette ceinture absente ! Quitter à cause du destin !

Sa famille — dans la religion — n'a pas pris de mes nouvelles. Je m'entendais super bien avec sa petite sœur et pour eux, il n'y a pas eu d'accident, ils ont une autre thèse... Mais voilà : je suis une GOUÈRE, une Blanche qui ne croit pas en Dieu « c'est ce que je suis à leurs yeux ! » J'en ai pleuré de tout mon âme. Aujourd'hui encore j'en pleure pour cette raison : sa famille ne veut pas me connaître...

IL S'APPELAIT HASSAN ET AVAIT 19 ANS ET JE NE LUI AI JAMAIS DIT QUE JE L'AIMAIS.

PAIX À SON ÂME

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doodye
doodye @doodye
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