
À l'adolescence, une grande question apparaît : « Suis-je désirable ? », « Est-ce que je peux plaire ? »
Cette première question est liée au manque. Un jour, on a été séparé de sa mère. Et lorsqu'on grandit, on a la possibilité de pouvoir à nouveau faire un avec quelqu'un. Ce manque se traduit chez certaines personnes par un coup de foudre : on aime la personne sans même la connaître, quelque chose nous attire chez elle.
Coup de foudre et passion amoureuse : comprendre le mécanisme
Le coup de foudre n'est pas quelque chose de raisonnable, c'est inconscient. Cette passion peut être subite, asexuée, hors normes — on ne maîtrise pas un coup de foudre.
Le coup de foudre est quelque chose d'imaginaire, et la confrontation avec la réalité peut être difficile et douloureuse. En général, quand le fantasme passe à la réalité, on devient jaloux. L'autre doit être tout à nous, on sent son absence comme quelque chose de cruel, comme un déchirement. Cette folle passion amoureuse peut, chez certaines personnes, mener au suicide.
Le moteur de tout cela, c'est l'inconscient. L'inconscient est plus fort que le conscient chez certaines personnes — on ne choisit pas d'être amoureux ou de tomber amoureux.
C'est dans ce moment passionnel que l'autre n'est pas aimé pour lui. On aime l'autre pour ce qu'il représente dans notre imaginaire. Or l'autre ne pourra jamais être le « ça », il ne sera jamais l'objet correspondant exactement à ce qu'il est dans notre inconscient.
L'Amour est une pulsion ravageante qui permet surtout à l'autre d'être lui-même en s'inscrivant dans la réalité de l'autre et pas dans l'imaginaire.

Les trois formes de l'amour : Eros, Philia et Agape
La langue grecque possède trois mots qui désignent l'Amour.
L'Amour Eros : la passion possessive
Dans la tragédie grecque, Eros est le mot qui désigne la passion. C'est une grande dimension de l'Amour décrite en partie ci-dessus. C'est la dimension possessive et jalouse de l'Amour, avec l'idée de ne faire plus qu'un avec l'autre — d'où l'attrait pour l'autre, voire même l'appropriation de l'autre.
L'Amour Philia : l'amitié amoureuse
C'est la dimension de retrait, de sortie, qui permet de se réjouir du bonheur de l'autre. C'est l'Amour amitié qui intègre la frustration, qui aime l'autre séparé de soi.
Cette dimension n'est possible que si on intègre le manque, c'est-à-dire que l'autre n'est pas l'objet qui répond à mon fantasme, qu'il est séparé de moi.
Le désir n'est pas philia, mais il n'est possible que s'il intègre la dimension de retrait, d'attirance. L'Amour humain est un jeu entre l'attrait et le retrait, entre Eros et Philia.
L'Amour n'existe pas sans attirance envers l'autre, mais il n'est réalisable que si le sujet est capable de mettre une distance par rapport à ses pulsions, tout simplement pour intégrer la liberté de la réponse de l'autre — ce qui n'est pas triste, car parfois les personnes allumeuses peuvent s'inscrire dans le besoin par peur d'affronter la réalité.
L'Amour Agape : l'amour divin
C'est la dimension divine de l'Amour éternel. L'Amour Agape n'entre pas dans la grille Besoins/Désirs.
Échec amoureux et désamour : comment l'accepter ?
Le désamour, c'est lorsque l'autre n'est pas aimé autant, celui que j'aime ne m'aime pas, il/elle en aime un(e) autre... L'échec amoureux, c'est quand ça va un moment et puis ça casse.
Comment vivre avec le fait de ne pas se sentir aimé ou aimable aux yeux de quelqu'un ?
Le sentiment amoureux est toujours voué à un certain échec car il est mu par l'inconscient. L'alliance ne pourra advenir que par la dimension Philia. Il faut passer de l'image que j'ai de l'autre à ce qu'il/elle est réellement.
Le fantasme est infidèle car il est pulsion, et la pulsion n'est pas fidèle.
Quelqu'un peut ne pas être attiré par nous de manière pulsionnelle — c'est quelque chose qui vient de l'inconscient. La fidélité, c'est de ne pas répondre à ses pulsions. L'Amour de l'autre, c'est écouter l'autre et voir comment les deux personnes peuvent s'épanouir.
Les fantasmes sont liés à notre préhistoire aimante, et donc on ne peut pas en vouloir à l'autre parce qu'il n'éprouve rien.
Histoire du sentiment amoureux et du mariage
Du XIIe au XVIIIe siècle, deux éléments permettent de comprendre le sentiment amoureux et le mariage :
- Le sentiment amoureux n'existe pas. Le mariage est une institution fondamentale de la société patriarcale — c'est le père qui décide de l'alliance.
- On ne fait pas qu'un avec l'autre, il n'y a que l'homme qui fait le mariage. La femme est soumise. C'est un mariage de l'ordre du besoin, il faut répondre aux fantasmes du père. Symboliquement parlant, la femme n'existe pas.
L'évolution à partir du XVIIIe siècle
Progressivement, le sentiment amoureux va organiser des alliances. En littérature, le dilemme entre la société patriarcale et le sentiment amoureux va apparaître.
En 1948, les femmes obtiennent le droit de vote, mais il faudra attendre les années 70 pour qu'elles aient une place à l'université (socialement parlant).
Malgré le fait que le sentiment amoureux décide des alliances et qu'il y a une égalité entre les hommes et les femmes, 1 mariage sur 2 en ville et 1 sur 3 en campagne éclate.
- Dans notre société, on confond le fantasme et l'Amour.
- Il y a longtemps eu domination homme/femme, et maintenant il y a une identité à trouver hors de la question de la domination — le fantasme ne doit pas tout déterminer.
S'il est clair qu'avant il était difficile de rencontrer l'altérité à cause d'une institution patriarcale, aujourd'hui la culture fantasmatique ambiante ne rend pas la rencontre de l'altérité plus facile (l'entrée dans le désir n'est pas plus évidente).
Voilà. J'espère que mon article vous aura plu.
Bisous,
Némy.